FFF: pour une loi protégeant les lanceurs d'alertes sur les discriminations

A l'écoute des informations ce matin, on pouvait avoir l'impression que dans l'affaire de la FFF, on retombait dans les travers qu'on entend depuis un certain temps à droite, à l'extrême-droite, et parfois à gauche: quelque soit le problème, les coupables sont toujours les arabes.

A l'écoute des informations ce matin, on pouvait avoir l'impression que dans l'affaire de la FFF, on retombait dans les travers qu'on entend depuis un certain temps à droite, à l'extrême-droite, et parfois à gauche: quelque soit le problème, les coupables sont toujours les arabes. En l'occurence, le problème n'était plus les discriminations envisagées par les responsables de la FFF - et peut-être déjà mises en place - dans la formation des élites du football, mais la découverte de celui qui avait effectué l'enregistrement, Mohamed Belkacemi, dont on apprend sur Médiapart que les dirigeants du football l'appelle d'un bien paternaliste (condescendant ? colonial ?) «Momo».

Va-t-on sanctionner celui qui a dénoncé l'infraction plutôt que les délinquants comment semblait le suggérer (le souhaiter ?) une journaliste sur France-Inter ce matin à la Ministre des sports ? C'était l'impression qu'on pouvait avoir ce matin en écoutant les radios. D'où cette proposition : ne faut-il pas un statut pour protéger les "lanceurs d'alerte" sur les discriminations, comme la Fondation Sciences citoyennes le demande pour les lanceurs d'alterte scientifiques ? Qu'est-ce qu'un lanceur d'alterte ? Selon Wikipédia, c'est "une personne ou un groupe qui découvre des éléments qu'il considère comme menaçants pour l'homme, pour la société ou l'environnement et qui décide de les porter à la connaissance d'instances officielles, d'associations ou de médias, parfois contre l'avis de sa hiérarchie. À la différence du délateur, le lanceur d'alerte n'est pas dans une logique d'accusation visant quelqu'un en particulier mais divulgue un état de fait, une menace dommageable pour le bien commun, l'intérêt public." Le terme a été popularisé en France par André Cicolella, scientifique qui a dénoncé le scandale des ethers de Glycole.

Parce que cette alerte se fait souvent contre leurs propres employeurs, les lanceurs d'altertes sont souvent menacés par leur hiérarchie. C'est pourquoi la Fondation Sciences Citoyennes a proposé un statut pour les protéger (http://sciencescitoyennes.org/projet-de-loi-lanceurs-d%E2%80%99alerte/ ) et sur son site, elle appelle souvent par voie de communiqués et de pétitions à les soutenir.

Quel rapport avec les discriminations ? On le voit bien dans le cas de l'affaire de la FFF : quelqu'un à l'intérieur, découvre des éléments qu'il considére comme menaçant pour la société et décide de les faire connaître aux instances officielles ou aux médias, contre l'avis de sa hiérarchie, pour le bien commun, l'intérêt public. Et la première réaction qui vient à des commentateurs est la question d'une sanction à son égard : sanctionné pour avoir fait connaître le scandale. Or, dans les cas de discrimination organisée - mise en place de fichiers ethniques par exemple - le secret est - illégalité oblige - toujours de mise. Dans le cas de la FFF, le verbatim de Médipart est éloquent. A plusieurs reprises, il est question que se fasse "mais pas officiellement", "il ne faut pas que ce soit dit. Ça reste vraiment que de l'action propre. Bon voilà, on fait attention. On a les listes" (François Blanquart), Lyon et Marseille sont évoqués comme le faisant déjà de manière officieuse...

Combien de lanceurs d'alerte contre des discriminations au sein de leur structures ont-ils ainsi été sanctionnés ? La presse s'est par exemple fait l'écho des sanctions qu'a subit, Sihem Souid, cette femme policière auteure d'un ouvrage dénonçant la loi du silence et les dérives racistes au sein de la police aux frontières (PAF) dans son livre, « Omerta dans la police » : racisme, homophobie, sexisme, etc. Elle a été susendue de son poste pour manquement à son obligation de réserve, étant dorénavant adjointe administrative à la préfecture de police de Paris.

Si l'on estime que les discriminations sont réellement un scandale dans une société démocratique, ne faut-il pas se donner les moyens légaux pour protéger ceux qui prennent le risque de les dénoncer ?

 

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