Comme citoyen et protestant, le 10 novembre contre l'islamophobie

Ce que subit aujourd'hui l'Islam en France a comme racine une passion française de l'uniformité qu'ont subit avant lui le protestantisme, le judaïsme, les langues régionales.

Invoquant des passions étrangères – l’Iran, l’Arabie Saoudite, Daech, la guerre civile en Algérie, la Turquie... – une partie de l’opinion s’inquiète de l’Islam en France. Membre du petit reste d’une tradition religieuse qui a subit nos propres passions nationales, je m'inquiète du sort fait aujourd'hui à l’Islam dans notre pays.

Passion nationale, celle des guerres de religions. Passion nationale, celle qui réduisit à aujourd'hui 1 à 3 % de la population, une religion, le protestantisme, qui avait réunit jusqu’à 20 % des français d’alors. Quel est le nom de cette passion ? L’unité devenue fantasme d'uniformité. Le judaïsme, les langues régionales, les cultures ultra-marines eurent et ont toujours à le subir. Elle prend, à des siècles d’écart, des formes tristement parallèles. Caractérisation comme religion de l’étranger, pression sur l’existence des lieux de cultes, fermeture des 3/4, incitation à la « discrétion », interdictions professionnelles… 150 ans de pression qui aboutissent en 1685 à la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV. La question coloniale commence tôt en France...


L'histoire des protestants ne leur donne pas de privilèges,  mais fait devoir d’alerte et de s'engager. Alerter donc sur le racisme anti-musulman quotidien, les agressions que subissent chaque jour les femmes qui portent le voile, les discriminations au logement et à l’embauche, des boites de nuit aux piscines (à Grenoble par exemple), etc. Alerter sur la parole raciste qui se déverse aujourd'hui sans frein et qui entraîne des attaques insupportables comme l’attentat terroriste de Bayonne.


Ces injustices font violence non seulement à des personnes mais à un contrat républicain pour laquelle la minorité protestante s'est batue et continue à se battre. Celui d’une laïcité de 1905 qui – en séparant l’État français de l’Église catholique – donnait enfin un statut de liberté à part entière aux religions minoritaires – à défaut d’un même statut puisque l’Église catholique obtenait une loi uniquement pour elle en 1920. Celui d’une égalité des droits qui peine toujours à se réaliser, comme on le voit avec le vote tardif du mariage pour tous et de l'ouverture de la PMA, avec le scandale permanent de la politique vis-à-vis des étrangers ou les discriminations raciales, religieuses et territoriales que subissent une grande partie des habitants de notre pays.

Celui d’une Fraternité qui doit se renouveler dans notre société de plus en plus multi-culturelle et qui aura besoin de toutes ses ressources de partage pour faire face à la crise climatique. Comment ne pas être choqué que ni le Président de la République, ni le Premier Ministre ne se déplacent à Bayonne ? Vous l’auriez fait s’il s’était agit d’un temple. Ce manque de Fraternité est une faute grave.

Aujourd’hui, oui, des forces religieuses dans l’Islam - financées par des pays avec lesquels la France entretient les meilleures relations pour faire du commerce - travaillent des musulmans de France dans le sens d’une religion ségrégative, contraire aux libertés et à l’égalité femmes-hommes. Avec nos ami.e.s musulman.e.s, nous les combattons.

Mais les meilleures alliées de ces forces obscurantistes sont toutes ces inégalités qui persistent et ces agressions contre l’Islam : les non-respects du contrat républicain donnent à penser aux habitants.e.s musulman.e.s de ce pays qu’ils et elles n’y ont pas leur place ou une place qui ne serait pas entière. Ce sont les incitations principales à choisir une identité religieuse fermée, une communauté qui offre le soutien que n’offre pas la communauté nationale. Plus il est donné la possibilité à une religion d’être publique, plus elle est partagée avec l’ensemble de la communauté nationale, plus elle devient culture commune et moins elle se communautarise. Le catholicisme, le protestantisme ont connu ce chemin depuis 50 ans.

Enfin, alerter les responsables politique de notre pays – des responsables des partis politiques au Président de la République et son gouvernement – sur les risques que font courir à notre pays une parole publique non-maîtrisée, une démagogie qui utilise l’étranger – les attaques contre l’Aide médicale d’État en sont la dernière illustration – ou l’Islam soit pour détourner des questions sociales, soit pour espérer réduire l’influence du Front National. Pourtant, le mécanisme est connu depuis les années 1980 : reprendre les thèmes de l’extrême-droite ne réduit pas son influence, elle la légitime au contraire et fait grandir cette peste brune. A moins que ce ne soit l'objectif : laisser au centre la question raciale plutôt que la question sociale, maintenir le Front national pour assurer sa présence au second tour et la réélection à coup sûr d'Emmanuel Macron...

Comment protestant, comme citoyen, habitant, pasteur et militant de la Seine-Saint-Denis, je serai dans la rue le 10 novembre.

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