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Le Club de Mediapart dim. 24 juil. 2016 24/7/2016 Édition du matin

Le dérapage de Didier Porte

Didier Porte est un amuseur professionnel. Il est d’ailleurs drôle et méchant, sans pour autant étonner plus que ça. Car s’il croit souvent attaquer sa cible – l’ennemi politique de la semaine ou une vedette médiatique conformiste et égotique –, il se révèle toujours lui-même.

Didier Porte est un amuseur professionnel. Il est d’ailleurs drôle et méchant, sans pour autant étonner plus que ça. Car s’il croit souvent attaquer sa cible – l’ennemi politique de la semaine ou une vedette médiatique conformiste et égotique –, il se révèle toujours lui-même. En prétextant une calomnie peu argumentée, il n’exprime sur le zinc que ses propres pensées. Mais sa chronique du lundi 1er octobre sur Mediapart, dans laquelle il a choisi de juger Mélanie Georgiades (Diam’s), convertie à l’Islam et filmée voilée dans l’émission « 7 à 8 » du 30 septembre, procède d’un réel dérapage.

En début de chronique, Didier Porte s’adresse aux « amis islamophobes » pour conclure sur le fait que « l’usage du voile islamique comme accessoire publicitaire […], ça va faire un carton chez les racistes et islamophobes, ils vont adorer ! », sans que l’on sache si, après avoir déroulé 4 minutes 40 de relents islamophobes (un carton ?), il s’incluait lui-même dans ce groupe.

Que l’amuseur n’ait pas été sensible (« on s’en tamponne le coquillard », décrète-t-il) au parcours de Mélanie qui, après avoir connu le succès, a traversé les épreuves de la dépression et de l’hôpital psychiatrique avant de découvrir sa foi et de se convertir, puis de créer une fondation qui apporte une aide substantielle à des orphelinats africains, est un fait et son droit.

En réponse à son intolérance, nous respectons toute liberté d'expression. Mais qu’il confonde le port du voile islamique avec la liberté des femmes, liberté qui leur refuserait aussi le droit à une maternité heureuse (ce que Porte définit élégamment comme « dérouler du chiard »), toutes ses affirmations révèlent des relents plus que douteux. Le tout doublé d’une mauvaise foi : Didier Porte reconnaît ne pas avoir lu le livre de Mélanie Georgiades. Il s’est contenté de l’écouter répondre à une interview sur un sujet auquel il est violemment allergique. Il n’en demeure pas moins que, d’après ce « non lecteur-non critique », le récit de Mélanie serait « une bonne grosse daube », « un coup d’éditeur ».

Éditrice de ce livre, je trouve regrettable qu’il s’accorde ainsi le droit de calomnier à la fois l’auteur et son éditeur – également éditeur des ouvrages de Mediapart (N’oubliez pas !, Finissons-en !, L’Affaire Bettencourt). Le catalogue des éditions Don Quichotte, preuve de notre engagement moral et politique, me semble être une réponse suffisante.

Au nom (bien commode) de la laïcité et de la République, on voit bien l’appétence de certains – en général mâles blancs, à voix forte – pour les croisades contre toute forme de spiritualité et particulièrement contre l’islam ; croisades d’autant plus virulentes si la foi est affichée et tranquillement assumée… par une jeune femme. On entend bien leurs discours contre une certaine liberté. Si l’on en croit ces néo-chevaliers et leurs bouffons, les femmes voilées se font déjà bien assez remarquer pour qu’on les invite en plus à s’exprimer à la télé (endroit qu’ils affectionnent) et qui plus est à une heure de grande écoute ! Mais puisqu’il faut faire avec, alors ils les préfèrent recluses et silencieuses. De quoi leurs cris d’orfraies sont-ils en réalité le nom ?

Mélanie Georgiades est venue témoigner d’un parcours strictement personnel. Rien dans ces propos ne relève du prosélytisme ou ne fait le lit des racistes et des islamophobes. Si sa « robe de bure » déplaît ou indigne, elle ne permet pas pour autant les injures ni le mépris. Qui peut raisonnablement s’arroger le droit de savoir ce qui est bon pour les hommes et les femmes, ce qui est bon pour le peuple ? Dans ce climat ambiant où le rejet de l’autre et l’intolérance sont des réflexes faciles, il nous faut éviter l’écueil dangereux d’un « athéisme rance » et inquisitoire et, au contraire, comprendre et dialoguer sereinement.

Stéphanie Chevrier
Editions Don Quichotte

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Tous les commentaires

je ne lirai pas son livre surtout s'il y est question de la necessité de croire en dieu. Une canne pour ceux qui ne savent pas marcher disait mon pere.Aucun respect pour aucune  religion mais le plus grand pour ceux qui ont en besoin.

Defondons quand même le droit à l'irrespect(au blaspheme diront certains)