L’imposture de la gestion durable de la biodiversité : l’ONCFS

Cette organisation, conseil officiel du gouvernement, a un parti pris non dissimulé en faveur de la chasse en organisant, entre autres, l’examen et la délivrance du permis de chasser.

Un projet de loi est en cours pour créer un nouvel établissement regroupant l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage et l'Agence Française pour la Biodiversité (AFB). 

Les missions de l’ONCFS sont définies par les lois chasse de 2000 et 2003 et la loi développement des territoires ruraux (loi DTR) de 2005. En voici quelques exemples :

     -  Contrôler l’activité cynégétique : L’objectif est de s’assurer que la chasse est comprise par tous comme un mode de gestion durable de la faune et de ses habitats.
Pourtant la nature est bien faite et sauf preuve du contraire elle n’a nul besoin de l’homme pour trouver son équilibre. Chaque espèce est le prédateur ou la proie d’une autre et en cessant d’accroître ou de décimer certaines d’entre elles, la nature retrouverait son équilibre toute seule comme une grande ! N’oublions pas que les forêts et par conséquent leurs habitants étaient là bien avant la construction de nos villes et villages. L’être humain est tout à fait capable de s’y adapter et bien sûr, il en a les moyens à défaut d’en avoir la volonté. Chasser les espèces qui s’approchent trop près des habitations est aussi absurde et paradoxal que de « chasser » les promeneurs et cyclistes des forêts en période de chasse.

     -  Apporter des méthodes et des solutions concrètes aux gestionnaires des territoires (chasseurs, agriculteurs et forestiers), afin de maintenir une faune aussi diversifiée que possible, dont l’abondance soit compatible avec les activités humaines, ainsi que des mesures pour maintenir la qualité des habitats et la gestion des populations.
Malheureusement les méthodes et solutions choisies en lien avec l’ONCFS sont plus que contestables. À titre d’exemple, à Epineuil-le-Fleuriel (18), les chasseurs massacrent régulièrement un groupe de cervidés bloqué par la construction d’une autoroute, qui plus est sur une propriété privée, au lieu d’opter pour une solution durable en privilégiant une voie de passage pour les animaux.

     -  L’évolution de la pratique de la chasse selon les principes du développement durable et la mise au point de pratiques de gestion des territoires ruraux respectueuses de l’environnement.
- Alors pourquoi les chasseurs se rendent-ils en partie responsables de la prolifération de certaines espèces comme le sanglier, en éparpillant un peu partout de la nourriture ? Du fait des spots d’agrainages, les populations des espèces ciblées se reproduisent en masse. L'ONCFS relève que le nombre de sangliers abattus est passé de 91 314 à 756 149 en 30 ans ! 
- Pourquoi les chasseurs, ayant pour mission la régulation des espèces, pratiquent-ils en parallèle des élevages d’animaux qui sont engraissés pour être relâchés à des fins de chasse ? Pas moins d'1 animal sur 4 est élevé pour être ensuite… régulé. Soit 25% de travail en plus pour nos régulateurs de la nature qui pourrait être évité. 
- Comment les chasseurs peuvent-ils être respectueux de l’environnement en répandant des quantités importantes de plombs dans la nature alors qu’il s’agit d’un poison dangereux et toxique pour les animaux et présentant des risques pour la santé humaine? Un peu contradictoire lorsque l'on se vante d'être les premiers écologistes de France.

Outre cet aspect de déséquilibrer volontairement la biodiversité pour ensuite la réguler et se donner le beau rôle auprès du public, la chasse montre également sa soi-disant utilité en débarrassant les forêts de certaines espèces dites « nuisibles ». Or, ces animaux victimes de préjugés mal placés, contribuent de manière bénéfique à la biodiversité. Par exemple, un rapport de la DREAL (Direction Régionale de l'Environnement de l'Aménagement et du Logement) de l’Eure présente le bilan écologique des mustélidés (belette, fouine, putois et martre) : « ils sont les prédateurs naturels des ravageurs des cultures. Assurant ce rôle de régulation des populations de leur simple présence, et par les services écologiques gratuits que ces animaux rendent à la collectivité, sans intervention humaine, il ressort qu’ils ont une action positive sur l’environnement et sur l’activité humaine bien supérieurs aux dégâts qui leur sont attribués ». 

Par ailleurs, le fait que certaines espèces soient classées nuisibles uniquement parce qu’elles se nourrissent de gibier dont les chasseurs se divertissent à défaut de le consommer, montre l'hypocrisie flagrante de la soi-disant fonction de régulation de la chasse. C’est le cas du renard, marchant sur les plates-bandes des chasseurs en chassant le gibier aviaire de plaine. Classé nuisible et donc chassable toute l’année à raison d’environ 500 000 renards par an, cette espèce sait malgré tout parfaitement s’adapter : « plus on tue le renard, plus sa démographie augmente : c’est un phénomène naturel de compensation, qui passe notamment par l’apparition de plus grandes portées (2 à 5 renardeaux) » - François MOUTOU, Docteur vétérinaire. L'ONCFS chiffre également ce constat sur d'autres espèces : le nombre de cerfs abattus est passé de 10 829 individus en 1987 à 62 418 individus en 2017, le nombre de chevreuils abattus est passé de 131 068 individus en 1987 à 585 925 individus en 2017, etc. Malgré ce constat démontrant l'échec de la chasse rien ne change et pour cause, ce qui compte ce n’est pas une gestion des territoires efficace mais uniquement le loisir de tuer.

Pour résumer, le but de la chasse en France est de "réguler" une nature détraquée quotidiennement par les chasseurs mais aussi de se divertir. La chasse existe et continue de perdurer pour des raisons de tradition, de culture et d’habitude : « on est dans la chasse appelée communément récréative » selon un biologiste de l’ONCFS.

Nous aurions pu en effet espérer que ce nouveau projet de loi redéfinisse les prérogatives des chasseurs à la baisse, mais c’est sans compter sur un gouvernement français ancré dans des pratiques aussi ancestrales qu’inutiles voire destructrices. 

Barbara POMPILI - députée de la Somme et présidente de la commission développement durable à l’assemblée nationale - rapporteuse du projet de loi : « Les études scientifiques sur la disparition de la biodiversité dans le monde et en France sont alarmantes […] L'Office fait partie intégrante de la politique de préservation de la biodiversité et est reconnu comme tel ». 

Article L.420-1 du Code de l'environnement : « la pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l’équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique ». 

Quand le gouvernement français comprendra que la chasse, en grande partie, est responsable du déséquilibre de la biodiversité, de la destruction des habitats naturels et de la disparition de certaines espèces, la France pourra alors se montrer digne d’une véritable politique de préservation de la biodiversité.


Sources :

http://www.oncfs.gouv.fr/

http://www2.assemblee-nationale.fr/documents/notice/15/projets/pl1402/(index)/projets-loi

http://ccea.fr/carnage-legal-petite-commune-de-lallier/

https://www.aspas-nature.org/slider/enquete-cocottes-delevage-chasseurs-de-cage-carnage/

http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-13441QE.htm

https://bdm.typepad.com/files/nuisibles-note_dreal.pdf

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/Le-renard-est-vraiment-animal-nuisible-2017-05-08-1200845378

http://barbarapompili.fr/vers-creation-dun-etablissement-public-unique-nature-regroupement-de-lafb-de-loncfs/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.