L’envers de la vitrine attractive du Salon de l’Agriculture: les abattoirs

À l’occasion du Salon de l’Agriculture, petits et grands producteurs seront présents pour faire valoir leurs produits du terroir provenant des animaux. Que ce soit pour leur chair ou pour ce qu’ils produisent, les animaux, tous passeront par un des 960 abattoirs en France bien avant l’âge de leur retraite, certains même avant l’âge adulte.

À l’occasion du Salon de l’Agriculture, des petits et grands producteurs seront présents pour faire valoir leurs produits du terroir provenant des animaux : viande, lait, fromage, œufs.

Que ce soit pour leur chair ou pour ce qu’ils produisent, les animaux, tous sans exception, passeront par un des 960 abattoirs en France bien avant l’âge de leur retraite, certains même avant l’âge adulte. Pour être exacte, ce sont environ 32 millions d’animaux qui sont concernés par cette étape inéluctable. Quel que soit la taille de l’exploitation et la manière dont sont élevés ces animaux, tous connaîtront ce passage obligé dans un abattoir, que ces animaux aient été élevés dans un programme d’Agriculture Biologique ou non.
Rappel sur plusieurs extraits du rapport de la Commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux dans les abattoirs français à l’Assemblée nationale en 2016.

Le transport.
Pour se rendre à l’abattoir, le rapport souligne que les animaux peuvent être transportés jusqu’à 29 heures consécutives. Leurs conditions de transport sont telles, que nombre d’entre eux arrivent morts. Il mentionne la mort de 5 400 tonnes de volailles chaque année, soit 5 millions de volailles !

Le « stockage » des animaux.
Arrivés à l’abattoir, les animaux devraient être abattus immédiatement selon l’annexe III du règlement n°1099/2009 qui indique que les animaux doivent être abattus « sans délai inutile », ce qui n’est pas toujours le cas. C’est pour cela, que lors de l’attente des animaux avant l’abattage, la législation prévoit certaines mesures à respecter. Or, le rapport de l’Office Alimentaire et Vétérinaire (OAV) de la Commission Européenne a montré que ces mesures ne sont pas respectées : l’absence d’alimentation et de litière lorsque les animaux restent plus de 12 heures dans un abattoir est un manquement fréquent, insuffisamment souligné par les services vétérinaires.

L’étourdissement avant la mise à mort.
- Le dispositif de la tige perforante montre un échec de 6.1% pour les génisses et 16.3% pour les taureaux selon un rapport de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) : « Le pistolet, lorsqu’il est mal utilisé, peut sectionner la moelle épinière ; l’animal est alors paralysé, mais conscient » Claudia Terlouw, chercheuse à l’INRA.
- L’étourdissement électrique ou l’électronarcose montre un taux d’échec de 9% pour les moutons et de 13 à 14% pour les porcs : « Si suite à une mauvaise application due à un mauvais paramétrage ou un mauvais contact entre les électrodes et l’animal, l’inconscience n’est pas induite, l’animal perçoit les douleurs… » - Rapport INRA. L’OAV explique que, souvent, l’usage de l’électronarcose pour les moutons ne respecte pas les niveaux de courants électriques minimums et que ceux-ci ne figurent pas dans les rapports d’inspection des services vétérinaires.
- L’usage du bain d’eau montre également de sérieux dysfonctionnements : « Les oiseaux peuvent recevoir des chocs électriques au moment de rentrer dans le bain électrifié de l’électronarcose, souvent parce que leurs ailes sont plus basses que leurs têtes, ou parce que l’eau déborde du bain. Ces chocs électriques peuvent induire des mouvements d’ailes et par conséquent, la tête de l’animal peut manquer partiellement ou complètement le bain électrifié » - Rapport INRA. Cela concerne 900 millions de volailles chaque année. Le rapport de l’OAV montre les défaillances des abattoirs de volailles dans le réglage des courants électriques : ceux-ci sont inférieurs aux normes minimales exigées par le règlement européen n°1099/20119. Toutefois, la méthode du bain d’eau est « bon marché, accessible sur le plan technologique, peu exigeante en termes d’espace » d’après les conclusions du rapport de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les diverses méthodes d’étourdissement pour les volailles du 20 décembre 2013.
- L’étourdissement sous atmosphère contrôlée, appelé gazage, concerne 15 à 18% des porcs en France, soit environ 4 millions de porcs chaque année. « Le CO2 est un gaz aversif qui, pendant les 15 à 20 secondes que dure l’inhalation, plonge l’animal dans une grande souffrance » M. Pierre FROTIN - Institut de la filière porcine. « On observe une excitation inhabituelle des animaux avec des réactions de fuite, des sursauts, de l’agressivité envers leurs congénères, des mouvements de tête, de la gueule et des signes de souffrance respiratoire » - Rapport d’expertise de l’INRA.

L'abattage sans étourdissement.
En 2014, l’abattage sans étourdissement représentait environ 15% des bovins (soit 700 000 bovins) et 27% des ovins (soit plus d’un million de moutons et d’agneaux). À ce jour, la moitié des abattoirs de boucherie bénéficient de l’agrément leur permettant de procéder à des abattages rituels.
L’étourdissement ne tuant pas les animaux, pourquoi les religions le refusent ? La communauté musulmane rejette toute forme d’étourdissement pré et post-jugulation pour « éviter que la cause réelle ou définitive de la mort ne soit l’étourdissement lui-même et non la saignée » Anouar KBIBECH – Président du Conseil français du culte musulman. De plus, Bruno FISZON, grand rabbin, a rappelé la position des autorités religieuses juives : « l’abattage se fait sur un animal vivant, certes, mais conscient – pour peu qu’on puisse définir précisément la conscience chez l’animal […].
Pourquoi dans un pays laïc, où les religions sont minoritaires, il y a exception dans le cas de l’abattage sans étourdissement ? La réponse est tout simplement économique : cela entraînerait une diminution d’achat de viande casher et halal. Selon Arnaud SCHAUMASSE, directeur du bureau central des cultes au ministère de l’Intérieur : « dès lors que la norme suscite un débat, son harmonisation se fait sur la base des positions maximalistes. S’il est fréquent qu’un consommateur […] accepte de manger de la viande provenant d’un animal abattu sans étourdissement, l’inverse ne se produit pas : les consommateurs opposés à l’étourdissement n’achèteront que de la viande provenant d’animaux abattus rituellement ». Si l’on se base sur ce raisonnement, nous devrions également l’appliquer concernant la consommation de viande et de produits dérivés dans les cantines scolaires et la restauration collective. En effet, une personne omnivore ne verra pas d’inconvénient à manger végétalien alors qu’une personne végétalienne ne consommera pas de produits animaux.

Malgré la dérogation, prévue dans l’article R. 214-70 du code rural et de la pêche maritime, permettant l’autorisation d’abattage sans étourdissement, pourquoi n’y a-t-il pas d’étiquetage ? Dans ce cas, « il sera indiqué sur la barquette que l’animal a été abattu selon le rituel casher. Du coup, la moitié de l’animal ne sera pas commercialisable » - la communauté juive ne consomme que la partie avant de l’animal. Stéphane LE FOLL, ancien ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.
Pour résumer, pour ne pas perdre un marché, on abat sans étourdissement, mais par contre il n’est pas possible d’indiquer le mode d’abattage sur l’étiquetage, car là encore cela entraînerait une perte économique, et ce, malgré le manque de transparence et de risque sanitaire que cela implique pour le consommateur.

Les contrôles du « bien-être animal » dans les abattoirs.
Chaque abattoir a son représentant protection animale (RPA). Ce serait une bonne chose si ce dernier n’était pas un salarié de l’entreprise, ce qui nuit gravement à son impartialité.
Les contrôles sur rendez-vous ont prouvé leur échec : l’association OABA (Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoir) avait validé les procédures mises en œuvre en 2011 et en 2016 dans l’abattoir… d’Alès.
Les caméras de vidéosurveillance ont également montré leur inutilité. En effet, l’abattoir de Houdan en était équipé lorsque des images d’actes de maltraitance ont été diffusées par l’association L214.
Quant aux services vétérinaires, nous ne pouvons que déplorer leur manque d’efficacité : « la France est le 1er producteur de volailles, le 1er producteur de bovins et le 3ème producteur de cochons. Malgré ce classement significatif, la France est classée en 97ème position au rang mondial pour le nombre d’animaux suivis par les vétérinaires ! » Anne de Loisy – Auteur de « Bon appétit, quand l’industrie de la viande nous mène en barquette ».

Ce secteur est constitué d’innombrables défaillances et peu importe le nombre de vétérinaires, de caméras, de contrôles, etc., la maltraitance animale dans les abattoirs est inévitable pour des raisons de cadence, de rentabilité, et du fait d’un travail qui rend les humains… inhumains.

Le 23 février 2019.
Tandis que le Salon de l’Agriculture ouvre ses portes dans la joie et la bonne humeur, le gouvernement, à l’écoute d’une filière basée sur l’exploitation et la mise à mort de milliards d’animaux, reste indifférent au ressenti douloureux à l’extrême des animaux d’élevage alors que des alternatives économiques sont possibles et réalisables pour ces professions.
"Chaque fois que les gens disent : Nous ne devons pas être sentimentaux, cela signifie qu’ils sont sur le point de faire quelque chose de cruel. Et s’ils ajoutent : Nous devons être réalistes, ils veulent dire qu’ils vont en faire de l’argent. Ces slogans ont une longue histoire. Ils furent utilisés pour justifier les commerçants d’esclaves, les industriels impitoyables (...) On les a maintenant passés, comme un héritage, aux fermiers d’usine." Brigid Brophy, Unlived Life

Sources :
Rapport de la commission d’enquête sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie dans les abattoirs français, 20 septembre 2016.
http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r4038-ti.asp

Données et bilans : les produits carnés, avicoles et laitiers – août 2015. http://www.franceagrimer.fr/content/download/39669/367775/file/STA-VIA-LAIT-Donn%C3%A9es%20statistiques%202014.pdf

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