Ne Change Rien (2005) [SHORT] 1/2 © CineLuso
Ne Change Rien (2005) [SHORT] 1/2 © CineLuso
Ne Change Rien (2005) [SHORT] 1/2 © CineLuso

Présenté en compétition internationale au FID de Marseille, le film de Pedro Costa Ne change rien, né de l’amitié et dédié à l’ingénieur du son Philippe Morel, peut se résumer en quelques mots : Le cinéaste alterne des instants passés dans la maison-studio-atelier de Rodolphe Burger à Saint Marie-aux-Mines, où l’on voit et entend Jeanne Balibar en pleine répétition, avec des extraits de concerts, notamment ceux d’une scène d’un café de Tokyo. Filmés en noir et blanc, ces instants sont accordés avec d’autres, où l’on regarde la chanteuse s’exercer à chanter Offenbach, la Périchole.

Jeanne Balibar est une figure centrifuge et luminescente qui maintient en équilibre chaque plan accroché, dans le plein accord du temps et en toute majesté c’est-à-dire dans une simplicité à la fois logique et toute en hauteur, l’un à l’autre. Il y a véritablement un échange performatif de souffle entre la caméra et la chanteuse, lien permanent qui transporte le spectateur dans une durée qu’il pourrait souhaiter interminable. Tellement c’est bon.

Une des séquences est remarquable à cet égard : Jeanne Balibar chante à côté d’une fenêtre a capella et le silence passe, une qualité sonore telle que la caméra a la grâce de suspendre, d’amplifier. Le cinéaste Pedro Costa élabore ici chacun de ses plans grâce à une science à la fois rigoureuse et intuitive qui œuvre à une nouvelle synergie cinématographique entre le chant et le champ et qui accompagne, telles les nappes instrumentales de Rodolphe Burger, la voix, la présence de Jeanne comme un récitatif cinématographique parfait qui ne cesse de renforcer les accords. Sublime.

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