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Billet de blog 17 juin 2016

Communiqué Street Medic Paris : Bilan provisoire de la manifestation du 14 juin 2016

Face à la répression qui touche les mouvements sociaux. Face à la disparition progressive du droit de manifester. Face aux yeux crevés par les tirs de Flash-Ball. Nous sommes plusieurs dizaines de manifestant-e-s à venir équipé-e-s de matériel de premiers soins pour aider toutes les personnes victimes des violences policières. Voici ce que nous avons subi !

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Pour commencer, nous tenons à souligner que cette manifestation était d’une ampleur exceptionnelle, tant par le nombre de manifestant-e-s présent-e-s que par la violence de la répression. Elle a été éprouvante pour tou-te-s les manifestant-e-s, medics compris-es. Plus de 100 medics venu-e-s de partout étaient présent-e-s pour l’événement.

La gazeuse à main était de sortie ce jour, beaucoup de camarades peuvent en témoigner. Nous avons pris en charge une cinquantaine de personnes brûlées au visage, parfois à bout portant. Elle a entraîné vomissements chez deux manifestants et des troubles de la conscience chez un autre.

Le trajet de la manifestation s’est fait dans un nuage plus ou moins épais mais toujours constant de gaz lacrymogènes. Les street medics ont pris en charge plus d’une centaine de crises de panique accompagnées de nombreuses détresses respiratoires réelles, des malaises dont certains avec perte de connaissance. Comme développé dans le communiqué du 10 mai, en plus des difficultés respiratoires et des pleurs/aveuglements, nous constatons que l’utilisation intempestive des gaz provoque beaucoup d’effets à moyen terme tels que des nausées, des difficultés respiratoires, des inflammations des voies respiratoires, des maux de têtes, des inflammations du larynx et des cordes vocales, des bronchites, de l’asthme, des troubles digestifs, etc.

Les palets de lacrymo ont également engendré de multiples blessures chez les manifestant-e-s, notamment au niveau des mains, de la tête et du visage. Au moins un manifestant a été évacué après avoir reçu un palet sur le front. Nous précisons que les palets lacrymogènes font des brûlures et qu’ils ont ciblé directement des gens (dont parfois des médics).

Les tirs de Lanceurs de Balles de Défense (ou LBD, remplaçant du Flash-Ball) ont également fait des dégâts : de nombreux hématomes et plaies aux membres inférieurs et supérieurs, au moins trois personnes ont reçu des balles de défense de 40mm dans l’abdomen et une dans la tempe.

Mais en ce 14 juin, ce sont les grenades de désencerclement (GD) explosant au sol, les tirs tendus de grenades lacrymogènes et les coups de tonfa des multiples charges essuyées par les manifestant-e-s qui ont causé le plus de dégâts parmi nous.

En effet, les grenades désencerclantes ont causé des hématomes, des plaies, des brûlures au niveau des pieds, mollets, tibias, cuisses, fesses, parties génitales, abdomen, bras et mains, visage et tête. En tout, nous avons eu à soigner entre 90 et 100 blessures dues aux GD et au matraquage, une vingtaine de personnes ont dû être évacuées. Nombre d’entre nous, manifestant-e-s contre la loi "Travaille" et son monde, souffraient d’acouphènes ce soir-là. Une personne a eu un doigt luxé, 3 personnes se sont retrouvées avec des éclats enfoncés dans le thorax, une personne a perdu connaissance suite à un tir tendu occasionnant une plaie au front, il a été évacué.

Un manifestant a également reçu un tir tendu de grenade lacrymogène au niveau des cervicales, entrainant une plaie importante et, le lacrymogène s’étant activé, une brûlure sur l’ensemble de la plaie et le haut du dos. La personne a été évacuée d’urgence à l’hôpital.

Les charges et matraquages intempestifs tout au long du chemin ont nécessité des soins au niveau des membres mais surtout au niveau de la tête et du visage : arcades ouvertes, plaies et hématomes du cuir chevelu, pommettes, mâchoires, lèvres, suspicion de fracture du nez, plaie ouverte sous l’œil, plaie au niveau du crâne avec arrachement au niveau du cuir chevelu... Une centaine de manifestant-e-s ont été pris-es en charge à la suite de ces charges policières.

Toutes ces charges ont provoqué moult mouvements de foule : nous, manifestant-e-s, avons été victimes de chute, piétiné-es par les forces de l’ordre (suspicion de côtes félées), nous sommes foulé des chevilles, le tout toujours au milieu des gaz...

En tout, nous avons pris en charge des centaines de manifestant-e-s ce mardi (pour information, la préfecture annonce un bilan de "17 manifestants tous en urgence relative", à quelle manifestation étaient-ils ?) et soulignons, encore une fois, la fulgurante escalade de la répression au fil des manifestations. Cette journée a été éprouvante pour nous tou-te-s, mais n’entame en rien notre détermination !

Nous ne sommes ni sauveteuses, ni sauveteurs, juste des manifestant-e-s qui se préfèrent debout plutôt qu’à genoux ! La solidarité est notre arme !

Des manifestant-e-s / street medics, présent-e-s à la manifestation du 14 juin 2016.

Pour prendre contact ou apporter un témoignage : street-medic@riseup.net

P.S. : Nous rappelons que le bilan des violences policières recensées ce mardi 14 juin ne prend en compte que les témoignages des street medics présent-e-s au débriefing post-manif’ effectué place de la République.

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