Pour faire vivre l’Europe sociale, misons sur les quartiers populaires

Le 9 mai 1950, Robert Schuman lançait un appel fondateur pour la construction européenne. Or, cela fait des années que le projet européen se délite à force de s’éloigner des aspirations des peuples. Une Europe forte, c’est une Europe des progrès, qui améliore concrètement la vie des citoyens. En Seine-Saint-Denis, où l’Union a contribué à porter des projets utiles, nous avons notre mot à dire.

La relation particulière de la Seine-Saint-Denis à l’Union européenne

Notre territoire se caractérise par une ouverture sur l’Europe et le monde. Située au cœur du continent européen, avec un rayonnement culturel qui dépasse largement ses limites géographiques, la Seine-Saint-Denis est riche d’une diversité et d’un dynamisme sans pareils.

L’ouverture du territoire de la Seine-Saint-Denis sur le monde et l’Europe va par ailleurs se renforcer au cours des prochaines années. Le monde entier aura les yeux rivés sur la Seine-Saint-Denis avec l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024, événement qui permettra de renforcer les coopérations européennes et internationales du territoire.

L’action de l’Union européenne dans les quartiers populaires

Pour obtenir des fonds européens suffisants, nous avons dû batailler en Seine-Saint-Denis, en particulier en moment de la négociation des fonds structurels pour 2014-2020. Une réforme faisait en effet calculer l’éligibilité aux fonds en fonction de la richesse des territoires. Or, si la région Île-de-France est assurément la plus riche de France, c’est aussi la plus inégalitaire. Nous avons obtenu que la Seine-Saint-Denis, avec ses grands retards de développement, bénéficie de fonds structurels relativement conséquents.

A la critique d’une Union européenne désincarnée et inutile, nous pouvons donc opposer cet argument : celui de chercher à diminuer les inégalités sur notre territoire, en finançant des projets tels qu’@ppor, coopération avec des collectivités espagnoles et allemandes visant à renforcer l’orientation des élèves et à valoriser l’apprentissage, ou le dispositif ACTE, qui accompagne les collégiens temporairement exclus de leur établissement grâce au Fonds Social Européen.

Faire de nouveau rêver la jeunesse

Il est vital de mettre la jeunesse au cœur de l’Union européenne, et de soutenir des projets suscitant l’adhésion et le désir démocratique. Le programme Erasmus est de ce point de vue exemplaire : il laisse à des jeunes gens de toutes les nationalités la possibilité de créer des liens permettant la constitution d'une véritable identité européenne. Malheureusement, Erasmus est encore trop souvent réservé à quelques étudiants aisés ou chanceux.

La création d’un « Erasmus universel » - proposée par l’association anti-raciste Egam - contribuerait à constituer une identité et une société civile européennes, à l’opposé des projets de haine et de renfermement qui ont trop souvent cours aujourd’hui.

Agir pour l’Europe sociale

Peut-être parviendrons-nous à ce modèle d’Europe sociale, qu’à gauche nous appelons depuis si longtemps de nos vœux, en poussant plus loin ce système de réduction des inégalités grâce à une politique d’investissements volontariste, en premier lieu tournée vers l’accélération de la transition énergétique et écologique, tout en recherchant davantage de convergence sociale et d’harmonisation fiscale.

Ce nivellement par le haut ne sera possible qu’à la condition de doter l’Union européenne de puissants objectifs politiques en la matière. En premier lieu, les Etats-membres doivent cesser de tirer chacun la couverture à soi. Ces dernières années, c’est un peu à qui voudra maintenir une PAC forte, à qui voudra des fonds structurels importants, à qui refusera d’accueillir son quota de réfugiés… Il faut reconnaître que l’Union européenne de 2018 n’est plus celle de 1950, et nous assigner des objectifs politiques adaptés aux défis de notre temps : transition écologique, réduction des inégalités, mais aussi prise en compte de la révolution numérique.

Ne pas manquer le rendez-vous des européennes

Alors que le budget de l’Union pour l’après 2020 est en cours de négociation, nombreux sont donc les chantiers à mener. Je pourrais également parler des GAFA, ces géants du numérique qui profitent du marché unique européen tout en pratiquant l’évasion fiscale, et pour la taxation desquels la France semble déterminée à mener la bataille tout en apparaissant fort isolée parmi les autres Etats-membres (y compris l’Allemagne).

L’Union européenne manque de représentation concrète dans le cœur et l’esprit des gens, et c’est l’un de ses plus grands problèmes. Si nous voulons intéresser les Français à la question européenne, et donner à l’Union un avenir, nous ne ferons pas l’économie de ces débats. Nous devrons en particulier les avoir à l’occasion de la campagne pour les élections européennes de 2019, dont une petite année nous sépare à peine.

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