M. Macron, l’écologie de demain, elle est dans les quartiers populaires!

Le «One Planet Summit», organisé par Emmanuel Macron ce 12 décembre, est aux antipodes de notre vision de la transition écologique. En Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, mais également l'un des plus innovants, nous préférons les actes aux paroles. Chaque jour, nous mettons tout en œuvre pour réaliser la transition écologique et énergétique des quartiers populaires.

La Seine-Saint-Denis est l’un des départements les plus pauvres de France. C’est également le département le plus touché par la pollution et la précarité énergétique. S’il était besoin de prouver que la question écologique est avant tout une question sociale, la Seine-Saint-Denis serait ainsi l’exemple parfait. Mais comme sur de nombreux autres sujets, ce n’est pas une fatalité. C’est une prise de conscience dont découle l’impérieuse nécessité d’agir.

Si la Seine-Saint-Denis est le département le plus touché par la pollution, cela n’a rien d’étonnant : les transports en commun restant encore trop rares et le choix de l’automobile souvent contraint, les axes de circulation (surtout rapides) ont des conséquences graves pour la santé. Les habitants des bords des grands axes d’autoroutes ou de nationales sont les premières victimes de la pollution et du bruit.

On estime par ailleurs que trois quarts des logements en Seine-Saint-Denis sont des passoires énergétiques. Non seulement cette précarité énergétique pèse sur le pouvoir d’achat de nos habitants, qui ont souvent des ressources modestes, mais elle pose également des problèmes sanitaires de premier ordre.

Les enjeux sont donc de taille pour la Seine-Saint-Denis, et l’écologie est au cœur des politiques de transformation que nous menons pour ce territoire.. Nous devons faire bouger les positions figées ou factices sur ces questions car c’est d’abord dans les quartiers populaires que se croisent l’impératif de développement durable et l’exigence de progrès social. Sortons, enfin, de cette caricature où l’écologie serait le domaine réservé des « bobos » !

Pour cela, il faut en premier lieu redéfinir la mobilité par les transports en commun et engager la transformation des 58 kilomètres d’autoroute du territoire en boulevard urbain ou en ouvrages enterrés. Grand Paris Express, nouveaux tramways, prolongement de métros, les choses avancent en Seine-Saint-Denis, si tant est que toutes ces lignes promises arrivent, et dans les temps. Il s’agit d’une nécessité absolue pour notre territoire et ses habitants.

Notre deuxième priorité est d’accélérer les travaux de rénovation et d’isolation, de construire de nouveaux logements exemplaires, de créer de l’habitat innovant et durable pour permettre aux foyers les plus défavorisés d’accéder à des logements décents et peu consommants. En Seine-Saint-Denis, nous accompagnons déjà ces foyers au moyen de dispositifs visant à lutter contre la précarité énergétique, néanmoins il faut agir encore davantage en amont.

Notre territoire est celui où peuvent se créer les innovations pour la transition écologique de demain. J’en suis persuadé, les banlieues sont une terre de mobilisation pour la transition écologique : logements écologiquement exemplaires, transports pour tous et aménagements durables, biodiversité et espaces verts, économie verte et filières responsables. Voici où se situent les véritables enjeux d’avenir.

Le grand raout organisé par Emmanuel Macron le 12 décembre prochain, à base de « green bonds » et autres appels du pied aux entreprises privées – alors que les États n’ont toujours pas débloqué les fonds promis pendant la COP 21 - est en décalage total avec notre idée de la transition écologique. En Seine-Saint-Denis, nous agissons concrètement et au quotidien pour la transformation, le développement et l’amélioration du cadre de vie de nos concitoyens, en premier lieu dans les quartiers populaires.

Nous attendons plus du pouvoir exécutif que de des grands discours aux retentissements planétaires ou des slogans à la mode. Ils auront bien peu de sens si, dans les territoires comme celui de la Seine-Saint-Denis, nous ne luttons pas ensemble contre la précarité énergétique, pour soutenir l’habitat durable, pour faire participer les habitants aux décisions sur l’écologie, ou encore pour promouvoir l’agriculture urbaine, la végétalisation, ou l’économie sociale et solidaire.

Comme sur bien d’autres sujets, il faut passer de la parole aux actes et engager tout le pays et particulièrement ses quartiers dans la transition écologique.

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