Notre participation au grand débat national

Le Président de la République lui-même s’accorde à dire que c’est l’absence de partage des idées et des richesses, de participation commune à l’édification d’une société plus juste, qui a provoqué la rupture que nous vivons actuellement. Cette constatation s’applique à notre microcosme culturel, où le manque de collaboration entre institutions et compagnies théâtrales est manifeste.

De l’aveu même de ceux et celles qui dirigent les CDN, au fil des ans, ces structures institutionnelles sont devenues archaïques, et la décentralisation, qui devait permettre la démocratisation culturelle sur tout le territoire national, a été un échec. On comprend pourquoi ils ont tardé à entrer dans le grand débat lequel, comme pour les y aider, faisait l’impasse sur la culture. Le bilan n’était guère convaincant.

Faisons-le pour eux, à défaut d’un vrai débat national sur la culture qui n’aura jamais lieu.

Premier paradoxe : une démocratie élective érige un pouvoir –culturel- sélectif, une pyramide versaillaise, où une minorité impose ses choix et ses idées au plus grand nombre. Ces artistes aux coûts d’Etat permanents, se cooptent d’une production à l’autre, dans un circuit national bien clos. Un véritable apartheid culturel, économique et social, qui impose son esprit de caste dirigeante, s’est mis en place et s’est isolé.

Au plan départemental, nous n’avons pas pu, malgré nos démarches incessantes durant des décennies, établir de relations, d’échanges, de rencontres, de débats d’idées avec la MC 93 et les CDN. 

Au plan national, nous en avons une représentation concrète et spectaculaire à Avignon où cette ségrégation est affichée en IN/OFF avec une parfaite absence de retenue. Est invisible, ce qui devrait se voir le plus.

Autre paradoxe : notre élite est ignorante - ou veut ignorer - ce qu’on pense et ce qui se créé en dehors de sa sphère. La connaissance peut-elle avoir des frontières, des périphs ? Nos philodoxes sont tellement convaincus de détenir la vérité, la leur, que toute critique est reléguée aux « bas désirs » de l’envie et la jalousie, voire aux idées extrêmes. Et ainsi, nous muselant, ils valorisent la prise de parole des réactionnaires et favorisent la montée de tous les fléaux qu’ils prétendent combattre.

Rappel historique

Depuis des décennies, de septennat en quinquennat, chaque bouleversement politique majeur que nous avons vécus : 68, 81, 95, 2018, furent des étapes pour nous amener, avec une logique implacable, vers la révélation de la Vérité : Vous voulez faire sans nous et, en même temps vous exigez qu’on pense comme vous. C’est véritablement là le sens de l’exception culturelle : celle qui excepte les autres. Une spécialité bien française que, lors de nos tournées à l’étranger, nous n’avons trouvée nulle part ailleurs avec cette violence institutionnelle et symbolique.

Les résolutions survenues après les événements politiques majeurs précités n’ont fait que reproduire les mêmes mesures discriminatoires. (Pour mémoire rappelons qu’une initiative citoyenne spontanée, regroupant plus de 4.000 personnes de Stains et d’ailleurs, a permis en 2011 de faire annuler la décision du ministère de la culture d’exclure arbitrairement le STS du panorama culturel national.) 

Bien sûr, en cas d’échec de ce grand débat, et donc, pour ce qui nous concerne, de démocratisation dans le milieu culturel, on peut envisager de continuer à faire sans relations avec les lieux institutionnalisés. Et même bien faire, comme nous l’avons prouvé durant des décennies, donnant un sens au service public du théâtre. Ce qui a permis de repérer la différence entre prodiguer l’Idée d’un théâtre populaire et appliquer cette Idée. Une conviction, non plus transie en intention abstraite mais développée en action concrète.

Voici donc nos propositions :

- La culture doit être un droit inaliénable. Elle est la base de l’édifice social sur lequel s’enracinent l’Education et la formation citoyenne.

- Favoriser la cohésion sociale qui est une tâche urgente à laquelle la démocratisation culturelle et son action en tous lieux contribuent. Partagée par le public dans sa plus grande diversité, elle est ce qu’elle exprime au quotidien : la preuve qu’on peut bâtir un avenir ensemble.

- Valoriser, dans tous les sens du terme, (structurellement, financièrement, médiatiquement) les théâtres de proximité. C’est dans ces lieux émergents que se perpétue et s’élargit cette belle tradition : un théâtre accessible à tous qui est au cœur de la mission de la décentralisation. Le manque actuel de démocratisation dans le milieu culturel, d’égalité entre tous les partenaires, engendre des comportements, un système de pensée d’un autre temps.  Se sont ainsi dressé des barrières insurmontables. Ces barrières sont structurelles. Il convient de changer l’organigramme ministériel qui n’est rien d’autre qu’un zonage et accorder les mêmes droits à tous.   

- Revoir les directives ministérielles qui séparent création et créativité (sensibilisation, atelier des différentes formes artistique, option-théâtre…), cantonnant celle-ci dans la politique de la ville et celle-là au ministère de la culture. Il serait plus judicieux de les lier, et équitable de transmuer les crédits d’exception en droit commun. Ce lien entre création et créativité, cet échange permanent entre artistes et public, favorise de fait une forme de vie, une harmonisation, une aspiration citoyenne, c’est-à-dire une éthique laïque.

- Modifier les expertises. Nous voulons bien admettre que le ministère expertise notre travail théâtral et artistique, mais, pour être quotidiennement sur le terrain, ne sommes-nous pas des experts qui devraient, démocratiquement, participer à toute évaluation, pour éviter toutes décisions jupitériennes ?

- Valoriser la diversité culturelle. Le champ thématique de nos créations s’en est trouvé largement étendu : la parole des gens croise celles du dramaturge classique ou contemporain. Ce qui permet en outre à chacun(e) quelles que soient ses origines, d’enrichir et de transformer le champ culturel commun. Ce compagnonnage artistique est porteur de cohésion sociale. L’action artistique pour tous se fait avec tous. Apparemment dispersés, les stanois.es entrent en relation dans notre lieu avec les autres groupes humains d’ici et des environs. Cette mixité sociale impulse une diversité culturelle, contrairement à une culture sachante qui impose et sacralise son esthétique théâtrale.

- Il serait temps d’inverser une inadéquation institutionnalisée et de mettre en place de nouvelles formes de communication. Seule la transformation de nos relations avec le pouvoir peut favoriser une réelle modification du paysage culturel et social. Au lieu de maintenir des relations d’hostilité, établissons ensemble une synergie créative où il ne s’agirait plus de lutter pour obtenir, mais de communiquer pour partager. Ce maillage, basé sur le partage, fondera l’accord entre les esprits.

- La réalisation de la démocratisation de la culture, si elle doit se réaliser, ne doit pas venir seulement d’en haut. Pour l’édification d’un milieu culturel plus juste, nous ne voulons plus être de simples spectateurs passifs, mais des spect-acteurs.

Le Studio Théâtre de Stains

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