Lettre ouverte à Bernard-Henri Levy

Depuis des siècles, les beaux livres et leurs grands auteurs nous sont parvenus pour accompagner et éclairer nos destinés. Ils nous aident à conserver ce qui fait la noblesse de notre humble condition : l’humanité.

D’Eschyle jusqu’à Genet, en passant par Molière ; de Diogène à Bourdieu, ils nous ont tous parlé des suppliantes, du grand seigneur méchant homme, des bonnes, de la vie dans la rue, « de la misère du monde ». Leur écriture est empreinte de la grande souffrance que génère une société qui est fondamentalement égoïste et divisée. Et violente. Quand Sganarelle, en parlant de Don Juan, disait devant la cour de Louis XIV, Un grand seigneur méchant homme est une terrible chose, qui était scandaleux et violent ? Molière ou Versailles ? Et quand le même Don Juan voulait ôter toute dignité au Pauvre, anéantir ses profondes convictions, en échange d’un écu, qui était le gueux ?

Ils doivent peupler votre bibliothèque, ces livres. Mais pour les écrire, et vous le savez bien, leurs auteurs ont ouvert le livre de la vie.

L’ouvrage le plus célèbre de notre littérature, de notre auteur le plus célèbre, s’ouvre encore aujourd’hui et continue à nous parler de cette souffrance. C’est des gilets jaunes qu’il parle, Hugo. Les Misérables ne sont pas enterrés au Panthéon avec lui. Il continue à l’écrire, tous les jours. Là où vous ne voulez voir que des Thénardiers, il y a dans chaque manifestation, à chaque carrefour des Valjean et des Valjeanne qui donnent bénévolement des cours de maths et d’alphabétisation dans des caves. Et des Fantine qui élèvent seules leurs mômes et font les boulots les plus rudes. Et des Cosette qui ont du mal à poursuivre leurs études dans les hautes écoles et qui y arrivent quand même.

  

Vous prônez une protestation pacifique, soutenue par de vrais projets. Tout simple quand les médias sont à votre disposition et que votre colère peut s’exprimer et s’écrire  dans le confort et la sécurité. Mais les invisibles et ceux qu’on croyait muets ont-ils d’autres choix que de crier dans la rue pour se faire entendre et renverser les barrières pour se faire voir.

Ils ont réussi ! Vous les avez entendus et vus … par la petite lucarne.

 

Xavier Marcheschi (Studio-théâtre de Stains)

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