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Billet de blog 24 août 2013

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Fonction Publique Hospitalière : l'alerte du syndicat SUD santé sociaux de la Charente Maritime

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Profitant de la tenue de l'Université du PS à La Rochelle, les représentant-es du syndicat SUD santé sociaux de la Charente Maritime en ont profité pour alerter officiellement la Ministre de la situation sociale dans les établissements de la FPH. Notre entretien avec Mr Cremieux (Conseiller auprès de la Ministre) en présence d'un représentant de l'ARS a duré 1H30. Nous avons mené cette action sans rêver, mais avec détermination, volonté et nos tripes. En tout cas, maintenant, officiellement, ils ne pourrons plus dire qu'ils ne savaient pas !

Ci dessous le texte que nous lui avons remis. 

A : Madame la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé

Objet : Déclaration Solennelle sur la situation des salariés hospitaliers

 Madame La Ministre,

 Le syndicat SUD santé sociaux de la Charente Maritime n’a pas, dans ses pratiques syndicales coutumières, l’habitude d’interpeller les représentants de l’Etat. Membres de la Fédération SUD Santé Sociaux, représentative dans la Fonction Publique Hospitalière depuis plus de 13 ans, nous laissons ce rôle à nos représentants dans le cadre des mandats nationaux qu’ils portent en notre nom à tous.

Mais la situation dans notre département de la Charente Maritime, à l’instar de celle connue sur tout le territoire, devient si socialement intenable que nous avons fait la démarche de solliciter ce rendez-vous avec vous, profitant de votre présence à La Rochelle. Malheureusement, vous avez décliné cette demande de rendez-vous, et il nous a été proposé de rencontrer un Conseiller du Ministère.

Après en avoir pesé collectivement le pour et le contre, nous avons décidé de rencontrer cette personne, en essayant de sortir de notre vision habituelle de ce genre de pratiques, qui ne porte pas à la confiance en ce qui concerne l’efficacité de ce genre de rendez-vous. Nous espérons que vous ne serez pas parasitée par la caricature trop souvent et trop facilement faite des militant-es et des pratiques de notre organisation dans les sphères du pouvoir politique dans lesquelles vous évoluez.

 La situation de notre département est particulière et peut servir à une réflexion complète sur les conséquences de la politique menée depuis plusieurs années aux dépends de l’Hôpital Public.

 En effet, en Charente Maritime, nous avons un hôpital budgétairement bénéficiaire depuis la mise en place de la Tarification à l’Activité (le CH La Rochelle, devenu le GH La Rochelle Ré Aunis), et deux hôpitaux neufs construits sur le schéma de fonctionnement du Plan Hôpital 2007 et de la Loi HPST (les hôpitaux de Saintes et de Rochefort). Le syndicat SUD santé sociaux est présent et élu dans ces trois établissements.

 Concernant les hôpitaux de Saintes et de Rochefort, on peut dire que de l’argent a été investi pour « moderniser les structures de soins » et « mettre en place une offre graduée de soins sur le territoire » selon les formules consacrées. Or, la situation de ces établissements est socialement terrible, leur situation budgétaire inquiétante et la qualité de l’offre de soins subit de plein fouet les conséquences du manque de personnel non médical, du manque de budget hospitalier, du manque de considération de ce qui fait l’essence même du service public de soins : prendre en charge chaque personne selon ses besoins, sans notion de milieu social ou de nationalité.

On peut dire que ces deux établissements connaissent une situation sociale terrible, un sous effectif non médical intolérable renforcé depuis l’emménagement dans les nouveaux établissements, et des conditions de travail intolérables pour les agents hospitaliers. Pour imposer ces conditions de travail à nos collègues, les directions n’hésitent pas à user de l’intimidation, de méthodes managériales violentes psychologiquement et socialement. L’excuse prise à chaque fois repose sur le déficit budgétaire dans lesquelles sont plongés ces établissements, pourtant neufs, depuis des années et l’indispensable course sans fin du retour à l’équilibre budgétaire…

Par effet rebond, le CH de St Jean d’Angely, couplé au CH de Saintes, va subir rapidement des mesures d’économies draconiennes et de mutualisation des difficultés par la mise en place de la flexibilité et de la mobilité inter-sites, ce qui ne résoudra rien et ne fera que renforcer les difficultés sociales et l’aggravation des conditions de travail et du management violent.

 Au GH La Rochelle Ré Aunis, l’argumentation de la régression sociale perpétuelle n’est pas le retour à l’équilibre budgétaire, mais celui de ne pas « tomber dans les difficultés de déficit budgétaire ». Les mêmes méthodes managériales, les mêmes formules technocratiques, les mêmes solutions institutionnelles d’organisation des services… et là aussi un fonctionnement territorial étendu jusqu’à Rochefort et ses établissements satellites… la différence entre les établissements de Saintes et Rochefort, et celui de La Rochelle réside dans l’absence de déménagement dans un établissement neuf pour La Rochelle, et donc un matraquage social et une attente majeure de la qualité des conditions de travail plus progressive. Mais nous abouterons d’ici peu au même résultat si les politiques sanitaires restent en l’état.

Une dernière particularité de ces 3 établissements majeurs de notre département, c’est qu’ils se situent dans des villes tenues par le Parti Socialiste, épaulé dans sa gestion par une alliance avec Europe Ecologie - Les Verts, les Radicaux de Gauche et le Parti Communiste.

Or si ces Mairies se situent aujourd’hui dans le camp de la majorité présidentielle, elles ont toutes soutenu historiquement la politique sanitaire menée par les gouvernements de Droite, sous la présidence de Chirac ou de Sarkozy. Et elles continuent donc de se contenter d’être les partenaires des gestionnaires des établissements publics sans jamais dénoncer la situation sociale pourtant connue dans les établissements de leurs villes.

 Cette situation est connue car elle impacte aussi la population qui y est soignée… car les conditions de travail des agents hospitaliers sont les conditions de soins des usagers du service public de santé… et les choses sont moins anonymes dans notre département qu’elles le sont à Paris ou dans les grandes métropoles. Ce doit être aussi le cas en Indre et Loire… SUD santé sociaux étant un syndicat citoyen, nous nous tournons très régulièrement vers les usagers de nos établissements et le constat est terrible… il suffirait peut-être que les élus locaux fassent de même pour comprendre les conséquences terribles et le ressentiment négatif des politiques qu’ils soutiennent ! Car à ce jeux là, on fait tôt ou tard le lit du Front National et de la droite extrême… même localement !

 Que dire de la situation des EHPAD publics et des services de personnes âgées : le manque de personnel conduit à la maltraitance institutionnelle, aux glissements de fonctions, et comme dans les hôpitaux à des exercices professionnels illégaux… y compris imposés par les directions et responsables qui y voit là aussi des sources d’économies…

 Savez-vous, Madame la Ministre, qu’il est aujourd’hui pratiquement impossible pour la majorité des agents hospitaliers d’avoir 3 semaines de vacances avec leurs enfants l’été ? Même n’avoir que 15 jours est souvent improbable… et plus on est bas dans l’échelle sociale, plus c’est difficile voir impossible. Plus de crédit de remplacements pour cause d’économies, des plannings de folie (hors cadre légal bien sûr) pour les hospitaliers restés en service, et la pression, la culpabilisation, toujours ! ça c’est la réalité de terrain ! Alors où sont les promesses de justice sociale du candidat Hollande dont vous portez la politique ? Où est la différence avec une gestion de Droite des établissements publics ?

 Nous ne pouvons que regretter que votre « Pacte de Confiance » ne rompe pas avec l’essence et la philosophie de la loi HPST… d’ailleurs, son arrivée n’a fait que peu de bruit, la santé et le service public de soins n’entrant pas dans les priorités du Président Hollande et du Gouvernement auquel vous appartenez…

 Le Plan Hôpital 2007, la Loi HPST et le Pacte de Confiance repose sur une même logique comptable, financière, intégrant les diktats de l’AGCS et de la commercialisation de la santé et des services de soins publics.

Elle se nourrit du poids énorme du lobbying du monde médical, très présent en politique et, majoritairement au moins, fervent rouage de la marchandisation et de commercialisation du soin et  de la santé.

 « L’erreur » originelle est là : limiter presqu’exclusivement le financement des hôpitaux à l’activité médicale. Ce qui revient à considérer les agents hospitaliers comme des charges financières à limiter au maximum, des variables d’ajustement budgétaires sur lesquelles reposent les économies imposées par la loi imposée au service public de soins. Il est aussi impensable de continuer à considérer une bonne partie des activités indispensables aux soins et à la prise en charge des usagers comme des prestations de service (Labo, Radio, Cuisines, Lingerie, services techniques…) qu’il faut privatiser, et donc rendre marchandes. 

 Renforcer la sécurité sociale et son financement au lieu de limiter les prises en charge et les remboursements, rendre le soin gratuit et accessible à tous, donner les moyens aux hôpitaux publics de fonctionner avec des effectifs suffisants, leur attribuer des budgets hors MCO permettant le respect des missions, bien former, bien rémunérer et bien traiter les hospitaliers non médicaux sont des priorités qui devrait sauter aux yeux d’un gouvernement de Gauche.

 Nous savons que le candidat Hollande avait dit que le syndicat à combattre est le syndicat SUD. Pourtant, c’est bien le syndicat SUD qui a réussi à mettre en place la résistance nécessaire à la politique managériale menée à France Telecom, ce dont aujourd’hui tout le monde se félicite… et c’est bien au travail de nos collègues de cette entreprise que nous devons la prise de conscience nationale qui a eu lieu à l’époque… et donc la sauvetage de vies…  L’indépendance politique du syndicalisme SUD est certainement ce qui fait peur aux responsables politiques !

 Dans notre activité quotidienne de terrain, et contrairement à la grande majorité des autres syndicats et représentants syndicaux, nous sommes persuadés que les managers hospitaliers sont déjà allés trop loin dans la forme de management similaires eux méthodes mises en place à France Telecom. Les différentes lois hospitalières vont avoir des conséquences sociales et sanitaires terribles, et déjà les suicides se multiplient dans les hôpitaux… que dire de l’absentéisme, de l’usure physique et psychologique, de l’apparition précoce de maladies graves auxquelles sont sujets les agents hospitaliers.

Si nous luttons sans merci contre les politiques menées dans nos établissements, ce n’est pas pour mettre en place une attitude doctrinaire d’agitation et de chaise vide… c’est parce que nous refusons de négocier la régression sociale qui ne peut se nourrir que de la santé des agents hospitaliers.

 Nous sommes syndicalement isolés dans notre département sur cette position, et c’est pourquoi nous n’avons pas souhaité être reçus avec les autres représentants syndicaux. Mais là aussi, ce n’est pas une position de principe, mais juste l’impossibilité actuelle (et pas définitive nous l’espérons) de pouvoir d’une manière ou d’une autre, et même à minima, accompagner les politiques menées par les directions des hôpitaux de notre département.

 Nous avons brisé nos réticences et nos habitudes pour nous adresser ce message d’alerte. Nous espérons que vous briserez les dogmes qui entourent parfois notre organisation pour nous lire et nous donner crédit. Le syndicat SUD santé sociaux est le syndicat qui progresse le plus à chaque nouvelle élection FPH en Charente Maritime… Bien qu’encore récent, nous sommes premier syndicat infirmier public du département, sommes premier syndicat du CH La Rochelle depuis 2 mandats, et ne cessons de grossir et de nous implanter dans de nouveaux établissements. Ce constat là devrait alerter les personnes habituées aux rouages électoraux que sont les ministres.

 Pourtant, le syndicat SUD santé sociaux de la Charente Maritime est prêt à participer à toute réflexion sur les besoins et les mesures nécessaires à prendre pour sortir nos établissements départementaux de cette situation terrible.

 Nous vous appelons aussi à entendre la voix de nos représentants nationaux et à abroger l’héritage de la loi HPST et du Plan Hôpital 2007. Pour une politique sanitaire qui soit de Gauche, au service d’une population qui en a bien besoin, en tant que salariés ou usagers.

 Veuillez agréer, Madame la Ministre, mes cordiales salutations.

Pour le syndicat SUD

Le secrétaire départemental

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