Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président de la République,

Le 17 février dernier, vous avez déclaré que les hauts fonctionnaires liés au « système Sarkozy» viendraient «forcément à laisser la place à d'autres» si vous étiez élu à l'Elysée.

Nous sommes des étudiants de l'Ecole Supérieure d'Art d'Avignon, avec des convictions politiques variées, mais nous sommes tous attachés à l'école républicaine, à l'égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens de ce pays.

Nous vous donnons raison sur votre engagement électoral et vous demandons en conséquence de notifier dans les meilleurs délais à M. François Burdeyron, 60 ans, préfet du Vaucluse, sa mise à la retraite d'office, en raison des déclarations qu'il a tenues lors d'une conférence de presse et qui visaient à nier notre droit à une éducation de qualité et à notre égalité de citoyens au regard de la loi. Nous avons pris connaissance de votre venue à Avignon le 7 juillet 2012 pour signer la donation de la collection Lambert, ce sera probablement l'occasion de lui remettre le décret en main propre.


Μais voici les faits.

L'agrandissement de la collection Lambert a pour conséquence le déménagement de notre école en 2014. L'un des principaux problèmes est que pendant quelques années nous n'aurons plus de locaux.

En effet, Mme le maire (UMP) et  M. Le Préfet (nommé par votre prédécesseur) préfèrent investir massivement de l'argent public pour mettre en valeur la collection privée d'un milliardaire plutôt que d'assurer la survie d'une école.

Notre lutte débutée fin mai 2012 a révélé aux yeux de tous le mépris des pouvoirs publics pour l'école et ses étudiants.

En effet, nous avons depuis cette date, soulevé un certains nombre de dysfonctionnements au sein de l'Ecole Supérieure d'Art d'Avignon (ESAA). Par exemple : livret d'étudiant caduc, aucune gestion des bulletins, élections de délégués illégales, privilèges accordés à certains élèves, harcèlement moral et physique pour d'autres... En quelques mots, notre direction est exemplaire en matière de clientélisme, management par la terreur, harcèlement moral et physique, sexisme... L'école d'art d'Avignon est un concentré de ce qui peut se faire de pire en matière d'abus de pouvoir et de mépris à l'encontre des étudiants.

Durant notre mouvement, nous avons interpellé la mairie, le ministère de la culture, la police. La police a fait pression sur les étudiants de l'ESAA pour qu'ils ne déposent pas plainte alors qu'ils étaient menacés, harcelés moralement ou sexuellement. Les forces de l'ordre du département se sont même opposées physiquement à ce qu'un étudiant légitimement et légalement élu au CA de l'ESAA participe à la tenue du conseil. Les membres du CA de l'ESAA (préfecture, mairie, université, enseignants) réunis le 26 juin 2012, c'est-à-dire après 27 jours de lutte étudiante, ont tout simplement décidé du report en septembre de toutes les questions mettant en cause le directeur de l'école, M. Jean-Marc Ferrari.

Nos revendications n'étaient pourtant pas, nous semble-t'il, utopiques :
- passage en second cycle de tous les étudiants de L3 diplômés.
- définition claire et précise des modalités d'admission en second cycle pour les années à venir.
- garantie de locaux stables et en adéquation avec les besoins de l'école pour le déménagement.
- renvoi par le C.A. de M. Ferrari pour tous ses manquements et ses abus dans la gestion de sa
fonction.
- nomination par le C.A. d'un nouveau directeur, sur appel à projet. Celui-ci devra être quelqu'un
d'extérieur à l'ESAA et à la ville d'Avignon.
- mise en place d'un véritable projet d'établissement élaboré en concertation juste et démocratique
avec les différents acteurs de l'école.
- une réelle mise à plat du fonctionnement de l'ensemble de l'école.

Par la suite, M. François Burdeyron, préfet du Vaucluse, a exprimé ainsi son mépris pour nos droits : « les difficultés de quelques étudiants [font couler plus d'encre qu'un] enjeu international : la donation de la Collection Lambert, plus grosse donation privée faite à l'Etat depuis le début du XXe siècle » (La Provence du 30 juin 2012).  Et loin de se préoccuper, en tant que préfet, des plaintes déposées par 3 étudiantes pour harcèlement sexuel et moral contre leur directeur, il déclare devant la caméra de ML actu, site d'information local : « l'autoritarisme, ce n'est pas un délit, c'est un trait de caractère », puis « cela ne me regarde pas [...] des plaintes ont été déposées, on verra si elle prospèrent ou si elles ne prospèrent pas». Phrase qu'il conclut par un petit sourire...

Lors de votre élection, le 6 mai 2012 vous l'avez assuré : « Je suis le garant de l'école publique, le garant de l'Éducation nationale, le garant de la transmission des connaissances, le garant de l'égalité républicaine», « Je demande à être jugé sur deux engagements majeurs: la justice et la jeunesse ».
Pour ces raisons, nous nous tournons vers vous, d'une part pour restaurer notre droit à un enseignement de qualité, à l'espoir d'un avenir professionnel correspondant à nos capacités et à un État Républicain représenté par des préfets de département dignes de ce dernier. Vous pourrez probablement faire « d'une pierre, deux coups » en nommant un nouveau préfet du Vaucluse plus jeune et probablement plus sensible aux questions qui préoccupent la jeunesse de ce pays.

Nous espérons que le présent courrier trouvera chez vous un écho positif et que contrairement à nos autres interlocuteurs institutionnels, vous ne vous contenterez pas d'étouffer notre colère par des promesses non tenues.

Recevez, Monsieur le Président de la République, nos plus sincères salutations.

SUD Étudiant Ecole Supérieure d'Art d'Avignon.

 

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