L'affaire de la rue Violette

tagLorsque le représentant étudiant élu s'est présenté au Conseil d'Administration, il a été reçu par 20 policiers municipaux, la BAC et la DCRI. Sur ordre du maire, ils l'ont empêché de s'y présenter.

Lors de ce Conseil, les responsables politiques en charge de la gestion de l'École d'Art ont nié la crise, et sont allés jusqu'à refuser d'aborder les questions soulevées par les étudiants et les enseignants, souhaitant ainsi de "bonnes vacances à tous".

L'inspecteur du ministère a refusé de prendre ses responsabilités: une fois de plus le discours est "puisque c'est une école d'art, c'est normal".

Puisqu'on leur a appris que l'école d'art est une zone de non-droit, puisqu'on leur enseigne que la loi, c'est avant tout la violence au service des dominants, les étudiants ont décidé d'appliquer ces principes dans le cadre d'une expression plastique chaotique.

Le lendemain matin, la police était sur place.

"La valeur d'usage de l'éducation, c'est la soumission"

L'école se veut un espace de "liberté". L'art également. Or ce qu'on observe c'est que cette liberté, telle qu'elle est nommée par l'ensemble de ses disciples, n'a pas d'objet. Elle doit rester dans le cadre de l'ordre établi: jamais elle ne doit remettre en cause par sa pratique les rapports de domination.

De fait, cette liberté n'est là que pour légitimer le pouvoir de quelques-uns sur tous. Ceux qui croient s'en emparer ne font qu'accepter leur propre soumission, comme s'ils l'avaient choisie d'eux-mêmes.

L'enseignement de l'art auquel nous sommes aujourd'hui confrontés est une machine schizophrène, plaçant systématiquement son discours en contradiction avec ses actes. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que pour faire disparaître ce paradoxe son évolution soit la disparition de la pratique pour laisser place à l'omniprésence du baratin.

La seule technique encore enseignée à l'école d'art est celle de la soumission. Soumission comme moyen, comme méthode, et, en définitive, comme réalisation.

Sélectionner des étudiants sur leur aptitude à l'insertion professionnelle, comme l'a fait la commission d'après son directeur, révèle la vraie nature de cet état de fait. Les quelques étudiants qui savent séduire pour obtenir un stage bénévole chez Yvon Lambert offrent leur force de travail contre un privilège: celui d'approcher cet obscur objet du désir que constitue le milieu de l'art. La figure de l'artiste, celle du collectionneur, ou tout autre place que l'étudiant rêve d'occuper, sont autant de sujets et de formes que prennent l'expression de la servitude volontaire.

L'enseignement de l'art, constitue en cela une avant garde du capitalisme: nous y approchons l'art comme une marchandise ultime qui justifierait à elle seule tous les sacrifices, tous les abus. Ce rapport fétichiste atteste de la vraie nature de l'oeuvre d'art: la marchandise pour la marchandise.

Nous avons trouvé dans notre révolte une esthétique et une éthique nouvelle. Il faut être flic, journaliste, directeur d'école, à la limite enseignant pour ne pas voir les enjeux de ce qui se passe maintenant à Avignon. Ce qu'ils ont appelé "saccage de l'école d'art" n'était qu'un simple prémice: nous ne faisons pas de l'esthétique relationelle, nous créons dans la lutte un rapport de force. C'est notre oeuvre émancipatrice. 


SUD Etudiant Ecole d'Art d'Avignon.

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