Adoma se réjouit que l'Etat réduise le nombre de travailleurs sociaux!

Nous avons découvert que notre Direction (Adoma, ex-Sonacotra) avait oeuvré à faire renoncer le Ministère de l'Intérieur à un nouvel arrêté publié en février dernier et améliorant le nombre de salariés en CADA (centres d'accueil de demandeurs d'asile). Nous dénonçons ce fonctionnement honteux, qui va à l'encontre des demandeurs d'asile et des salariés.

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Le 15 février dernier, un nouvel arrêté ministériel était publié, modifiant le cahier des charges des centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2019/2/15/INTV1833282A/jo/texte

Ainsi, le taux d'encadrement passait à un salarié pour 15 résidents maximum, après plus de 15 ans de régression dans ce domaine (passage d'un salarié pour 10 résidents à un pour 20 maximum, multiplication des dispositifs diminuant la qualité du suivi social et de l'hébergement, création de dispositifs servant à rémunérer des investisseurs privés). C'était une des rares avancées de cet arrêté. Sur ce point, nous pouvions y voir une reconnaissance du travail fourni face à des difficultés croissantes (situations sanitaires de plus en plus dramatiques, turn-over plus que doublé).

Le Ministère n'a pas accompagné ce nouveau taux d'encadrement des moyens financiers nécessaires à sa mise en oeuvre. Face à cela, la Direction d'Adoma (premier opérateur de l’asile en France) semble avoir exercé un lobbying pour que l’arrêté soit supprimé. En effet, dans un échange de mails dont nous avons eu connaissance, le Directeur de l'Asile (Ministère de l'Intérieur) confirme  à la Directrice de la Communication d'Adoma mettre à la signature un arrêté revenant sur l'arrêté qui prévoyait d'accroître le taux d'encadrement en CADA. Il informe qu'ils vont bien veiller à ce que ce taux puisse descendre jusqu'à 1/20 dans les conditions prévues antérieurement.

La Directrice de la Communication s'en réjouit par un smiley, et fait suivre ce mail au Directeur Général, qui juge que c'est une bonne nouvelle !

Nous avons bien évidemment protesté contre cette manière de faire, mais sans réponse ou réaction à ce jour...Se réjouir d'une diminution du nombre de salariés, quand on connaît les difficultés rencontrées, la hausse des burn out, des arrêts maladie, c'est vraiment faire preuve envers ces salariés d'un cynisme et d'un mépris particulièrement choquants.

Nous avions dénoncé le fait que des salariés des CADA étaient de fait employés sur d'autres dispositifs, faussant ainsi les taux d'encadrement et laissant planer un doute quant à la légalité de telles pratiques (qui s'apparentent à un détournement de fonds puisque les financements sont distincts. Trouverait-on normal qu'une infirmière d'hôpital aille travailler deux jours par semaine dans une clinique sans réimputation de son salaire à la clinique, sous prétexte que le public est le même ?)

La qualité de l'accueil et le suivi des demandeurs d'asile présentent certes un coût pour l'Etat. Mais les diminuer est un mauvais calcul à moyen terme. Ces hommes et ces femmes, ces enfants, qui seront pour partie amenés à rester sur notre territoire, auront comme première expérience de leur vie en France leur accueil en CADA. C'est grâce au travail des salariés et des bénévoles qu'ils apprendront nos valeurs républicaines, notre fonctionnement administratif, notre langue et leurs droits comme leurs devoirs. Diminuer ce suivi a des conséquences à moyen et long terme sur leur insertion dans notre société, leur connaissance du monde du travail, leur capacité à devenir des citoyens autonomes et responsables. Cela a donc aussi un coût pour la société, bien que moins visible immédiatement.

Nous, salariés travaillant avec les demandeurs d'asile, bénévoles intervenant auprès d'eux, simples citoyens sensibles à la protection des réfugiés, demandons donc le maintien de ce nouveau taux d'encadrement. II en va de l'avenir de dizaines de milliers de demandeurs d'asile, mais aussi des conditions de travail de centaines de salariés, pour lesquels les burn out se multiplient. Nous demandons que soit donné aux CADA les moyens de remplir leurs missions. Nous demandons que tous les dispositifs d'accueil de demandeurs d'asile soient alignés sur les normes des CADA, pour assurer à tous les demandeurs d’asile une égalité de traitement et un accueil digne.

Vous pouvez nous soutenir en signant la pétition:  http://chng.it/pQPk9rh6gx

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 EDIT du 10 avril : hier, notre Direction a publié ce communiqué, confirmant nos informations :

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Nous leur avons donc naturellement répondu ceci:

 

Nous sommes ravis d'apprendre que l'objectif de notre Direction est de préserver les places CADA. Mais cet objectif ne peut bien évidemment être rempli qu'avec l'aide des salariés. Or depuis quelques années, les arrêts maladie et les démissions se multiplient, traduisant un mal-être croissant. La création de 84 postes supplémentaires évoquée par la Direction elle-même (ce n'est que 3% des 2800 postes déjà existants dans l'entreprise) serait un bon début. Mais effectivement, pour cela, il faut probablement augmenter le prix de journée... Dans ce cas, pourquoi la Direction a fait du lobbying pour baisser le taux d'encadrement et pas pour monter le prix de journée ? À moins qu'un prix bas l'arrange, puisque cela empêche d'autres opérateurs de proposer leurs services ? Nous ne pouvons pas croire à un tel calcul cynique, qui se ferait au détriment des conditions de travail des salariés et d'accueil des résidents, un calcul stratégique digne d'Amazon, du dumping social ! Non, ce n'est pas possible ! Nous proposons donc à notre Direction de se joindre à notre pétition, de signer pour augmenter le nombre de salariés en CADA et dans les autres dispositifs de l'asile, avec les moyens adéquats bien sûr !

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