À mon frère et ma soeur, ces adolescents à l'école ce lundi.

À mon petit frère et ma petite soeur, 

Ce soir j'ai une pensée particulière pour vous deux. Si j'ai songé à énormément de personnes depuis vendredi soir, cette nuit - alors que lundi n'est plus qu'à quelques heures - c'est uniquement vers vous que mes pensées se dirigent. J'imagine ce que va être votre journée au collège, j'imagine toutes ces conversations inconfortables qui vous attendent, j'imagine vos réactions et chacun de vos ressentis.
Enfin, j'essaie. J'essaie parce que je ne peux pas prétendre savoir ce que cela signifie réellement que de vivre ces journées à l'âge de 12 et 14 ans. J'espère que vous serez forts, j'espère que vous ne serez pas blessés et que vous ne blesserez personne. 

Je repense à tout ce qui s'est dit, à tout ce que vous avez entendu, vécu et assimilé ce week-end et je me demande comment vous traduirez tout cela à partir de demain. Si vous aviez peur ? Si vous vous accrochiez avec un camarade à cause d'une parole déplacée ? Et si vous vous faisiez mal comprendre par un professeur ou un encadrant ? J'angoisse à votre place.

J'aimerais être une petite fourmi invisible, posée sur votre épaule durant toute cette journée de reprise. Vendredi, vous aviez quitté l'école comme n'importe quel autre jour, quand vous y retournerez demain matin, quelque part tout le monde aura perdu quelque chose. La France aura perdu 129 de ses enfants, et chacun de vos camarades aura vécu - comme vous - la brutalité de l'information, la réalité de l'horreur.

Alors peut-être que vous essaierez de ne pas trop en parler entre vous, je ne sais pas. Peut-être que votre âge vous apportera cette force innocente de dépasser la cruauté de l'atmosphère ambiante et que vous parlerez contrôles, absences de professeurs et vacances à venir. Peut-être qu'au pire vous ne parlerez que des sorties scolaires dont vous vous trouverez privés. Peut-être que peut-être.

Ce soir je n'arrive pas à trouver le sommeil parce que j'ai peur qu'une partie de votre joie quotidienne s'envole demain. J'ai peur que vous vous retrouviez coincés, que vous ne sachiez pas exprimer ce qui vous anime et que vous pensiez devoir vous justifier. J'ai peur que votre identité soit lésée par des échanges d'adolescents un peu trop orgueilleux et si peu nuancés.

J'ai peur qu'au petit-déjeuner vous soyez soudainement pétrifiés à l'idée d'aller à l'école et de devoir vous exprimer - parce qu'on va probablement vous le demander. Mais il est possible que je projette mes appréhensions d'adulte sur vos petites personnes. Vous n'êtes petits que par la durée de votre expérience de vie, vous avez aussi un rôle à jouer, à votre échelle. Une parole, un regard, un sourire, une attention, un silence. Soyez intelligents, bienveillants, soyez des amis pour vos camarades et des acteurs de paix durant cette journée et toutes celles qui suivent.   

Je pense à vous comme je pense à n'importe quel autre adolescent qui dort ce soir et qui se retrouvera dans la cour, en classe à 8h. Une classe, un collège, une société, une France, qui ne sont forcément plus les mêmes.

Aimez-vous.
#NousSommesUnis 

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