Comisaria de Policia au Carrer Nou de la Rambla sous-sol 2, vendredi 2 février 2024, 4h20 AM : un rai de lumière jaunâtre s'échappe d'une porte métallique rivetée à la peinture vert de gris écaillée, mal jointe, située entre les toilettes odorantes des fliquettes en tenue et les archives. Sur la porte, une plaque en acier zingué embossée : "Inspecteur Méndez" peut-on lire. Il suffirait de la pression d'un doigt pour écarter le battant et apercevoir une scène sur-réaliste : le visage grêlé de l'inspecteur, marqué à vie après avoir, à une époque fort lointaine, contracté la petite vérole, penché sur une pile de documents faiblement éclairés par une lampe banquier sur le pied de laquelle on pourrait deviner une plaque cuivrée portant l'inscription "J. Schreiber & Neffen". Une dizaine de mégots trainent au sol et l'on distingue dans la pénombre, négligemment suspendu à un perroquet, un holster en cuir tanné par le temps et la transpiration portant l'arme fétiche du vieux flic, un Astra 400...
Sur le bureau, sont éparpillés plusieurs dossiers, preuves d'une très récente agitation mentale du flic dépassé :
- le classement 2023 de la liberté de la presse établi par Reporters Sans Frontières, dont la carte mondiale montre le très faible nombre d'états où la presse est véritablement libre,
- le rapport d'Oxfam sur les inégalités mondiales qui montre notamment que, depuis 2020, deux tiers des richesses mondiales produites ont été captées par les 1% les plus riches.
- le dernier bouquin d'Aurélien Barreau,
https://inspecteurmendez.art/2024/01/13/lhypothese-k
qui montre que :
- 1 million d'espèces animales sont menacées à très court terme,
- la crise écologique est globale, la crise énergétique n'étant qu'une crise parmi d'autres et sans doute pas la plus grave...
" Comment en est-on arrivé là ? " s'interroge Ricardo ? Tout vient de la recherche systématique de la dominance... mis en évidence, principalement, par Henri Laborit :
https://inspecteurmendez.art/2023/12/18/a-propos-de-la-domination
Cette dominance (économique et politique essentiellement) de groupes très restreints sur les populations n'a pu s'établir et se renforcer qu'avec les briques idéologiques citées infra :
- la mise en place de structures totalitaires, y compris dans les pays qualifiés de démocratiques où ces structures sont installées progressivement, masquées aux yeux de la plupart des citoyens,
- la concentration des moyens politiques, économiques et technologiques ce qui favorise la main-mise du grand capital sur des solutions fragiles et uniques (EPR, datacenters etc... ) à des problèmes très complexes que l'Homme a lui-même créés et amplifiés (rareté des ressources, stockage et exploitation de gigantesques volumes de données),
- le culte de la performance qui favorise l'hégémonie du néo-capitalisme,
- la vitesse notamment des boucles de circulation et de reproduction du capital ("de l'atelier au marché" dirait K. Marx) où l'Homme est le maillon faible de la chaîne... Il n'a plus sa place, définitivement dépassé par sa lenteur d'exécution et supplanté par l'IA.
Ce modèle néo-classique n'est plus tenable à court et moyen terme car il favorise :
- des solutions industrielles à échelle planétaire complexes et fragiles susceptibles de s'écrouler sur un évenement non prévu,
- la dégradation systématique du vivant considéré comme un composant de production dans les chaînes de fabrication,
- l'élimination de l'Homme dans le cycle de production et donc la "perte des métiers" (Lévi-Strauss),
- la destruction du réel...
La destruction du réel... Ricardo est littéralement effrayé par cette denière constation... Mais... que la populace se rassure, le technosolutionnisme a tout prévu... L'Homme ravalé, au seul rang d'individu-consommateur, aura accès à un monde reconstruit mais virtuel, magique où tout est rose, bien plus séduisant que le monde réel...
https://inspecteurmendez.art/2023/03/05/la-virtualisation-ou-la-theorie-de-comme-si
La conclusion quelque peu risquée d'un précédent billet du vieux flic s'avère presque timide :
« Aller droit dans le mur en appuyant sur l’accélérateur tout en sabotant les freins ! »
https://inspecteurmendez.art/2023/12/09/quest-ce-que-labsurdite
Est-ce la fin de l'humanité ou bien peut-on espérer renverser la vapeur ?
Malheureusement, les maîtres à penser du flicard, Eric Sadin et Aurélien Barrau en tête, n'ont pas fini le travail... Aucun contre-modèle n'est vraiment proposé, y compris dans "Faire sécession", avant-dernier ouvrage de Sadin...
La solution de survie de l'Humanité passe peut-être par l'antidote du "bon Docteur" Olivier Hamant, biologiste et chercheur INRAE à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, Directeur de l’institut Michel-Serres, auteur, entre autres, du fascicule infra :
Olivier Hamant oppose à la performance... la robustesse. En cela, Hamant rejoint Méndez... Puisqu'il n'est guère possible d'empêcher la recherche de la dominance,
"On ne modifie pas le fonctionnement de notre reptilien par décret"
Ricardo Méndez
il s'agit d'agir et dans l'absolu de démolir les moteurs favorisant l'accès à la dominance :
Combattre le culte de la performance en construisant des contre-systèmes robustes.
Olivier Hamant
Mais qu'est-ce qu'un système robuste ?
Là, le vieux condé va essayer d'aller plus loin, tout en étant en accord avec Olivier :
- freiner la formation des systèmes totalitaires (ou les détruire) notamment, dans les pays encore démocratiques, par l'adoption de constitutions fortes et d'organes de contrôle indépendants des exécutifs,
- casser les concentrations politico-économiques pour favoriser l'émergence de structures simples, décentralisées, tournées vers le local,
- démolir le culte de la performance ("vaste programme" dirait Charles),
- faire l'éloge de la lenteur (et de la réflexion) et de fait l'Homme (et les métiers qu'il pratique) retrouveront leur place, donneront du sens à la vie et aux relations humaines et la pseudo-intelligence artificielle ne sera plus guère utile...
Olivier prône donc des systèmes robustes c'est à dire des systèmes qui s'adaptent aux aléas (qui ne manqueront pas de survenir, l'Homme étant à jamais incapable de prédire l'avenir), des systèmes simples, utiles aux populations, orientés "local", des systèmes à l'épreuve du temps.
Robustesse ou résilience ?
Le mot résilience est un terme à la mode dans le monde moderne, notamment dans celui des entreprises...
Qu'est-ce que la résilience ? Juste des dispositifs mis en place pour maintenir le fonctionnement d'un système en cas d'avarie majeure, au moins en mode dégradé. C'est une tolérance à la panne. La résilience est bien connue (et très fortement pratiquée) par les ingénieurs informaticiens. Mais la résilience maintient l'existant (c'est son but !) et ne remet pas en cause la finalité du système !
« Aller droit dans le mur en appuyant sur l’accélérateur tout en sabotant les freins ! »
La résilience, dans ce cas de figure illustratif (dit "cas Méndez") va permettre de maintenir l'objectif du système (aller droit dans le mur !) même en cas d'avarie du moteur principal... en actionnant un moteur secondaire ! L'honneur sera sauf... La mort sera au rendez-vous. Le suicide sera bien acté !
A la lecture de l'Antidote du bon Docteur Olivier Hamant, une jolie brise a rafraîchit, l'espace d'un instant le cerveau (vraiment pas performant) de l'officier anarchiste... Le pire ne serait donc pas certain ?