Vous le sentez ce petit relent de pré-fascisme ?

Les sujets d'actualité sérieux et cruciaux ne manquent pas. Pourtant les médias français mais aussi les politiques s'entêtent à débattre ou plutôt à pérorer sur les menaces qui planeraient sur notre République à partir d'évènements qui n'en sont pas. Benoit Hamon a parlé d'une atmosphère de pré-fascisme et je le rejoins.

Record de chaleur au Canada, 49.6°, plus d’une centaine de morts. Pandémie du covid pas terminée avec un nouveau variant problématique (pour les non-vaccinés mais c’est un autre sujet…) et tant d’autres actualités préoccupantes. Hier matin, j’actualise mon fil twitter pour voir un peu les dernières infos et de quoi parle-t-on dans les médias français et même à l’Assemblée Nationale ?

  • Polémique de l’assesseure voilée dans un bureau de vote
  • Demande d’amendement par une députée LR interdisant le déploiement de drapeaux étrangers dans les mariages civils ainsi que les « danses venues d’ailleurs »
  • Polémique sur l’interpellation par le maire écologiste de Grenoble du premier ministre pour une demande de clarification nationale sur les vêtements autorisés à la piscine se transformant en débat sur le port du burkini.

Je sais que nous sortons d’une parenthèse électorale propice à tous les stratagèmes démagogiques comme la mise à l’agenda de toutes les problématiques sécuritaires. Mais je pense que nous n’en sommes plus là et que depuis des mois, l’atmosphère est au pré-fascisme comme l’a dit Benoit Hamon dans « A l’air libre ». Et comme je le lisais sur twitter hier matin aussi, « inutile au RN de gagner les élections, leurs idées ont d’ores et déjà gagnées. Avant d’enflammer les débats pour rien, j’aimerais m’arrêter sur ce terme « pré-fascisme ». Tout d’abord le préfixe est important. Je ne dis pas et ne pense pas que nous sommes dans un état fasciste, absolument pas. « Pré » c’est avant donc je pense à une dégradation des conditions politiques et sociétales qui menace notre République, pas à un état de fait. Ensuite fascisme. Je préfère partir d’une définition simple, consensuelle que l’ont trouve par exemple dans Wikipédia : « Le fascisme est un système politique autoritaire qui associe populisme, nationalisme et totalitarisme au nom d'un idéal collectif suprême. Mouvement d'extrême-droite révolutionnaire, il s'oppose frontalement à la démocratie parlementaire et au libéralisme traditionnel, et remet en cause l'individualisme codifié par la pensée philosophique des Lumières. »

Alors où en est-on ? Tout d’abord je n’utiliserai pas la situation sanitaire pour argumenter sur la dégradation de la situation. Les décisions ont selon moi été prises pour des raisons sanitaires, parfois économiques mais rien de plus. Ces décisions ont parfois été tardives, confuses, inutiles, tout ce qu’on veut mais je n’adhère pas du tout à l’appellation « dictature sanitaire ». En revanche la façon dont les mouvements sociaux (Gilets Jaunes, manifestation contre la réforme des retraites etc) sont maintenant réprimés, est déjà une première composante. La parole libérée (vidéo du sinistre youtubeur dont il est inutile de rappeler le nom appelant aux meurtres des militants d’extrême gauche) les actes libérés (gifle du président sous un slogan royalo-extremo-anarchiste (aucun sens quoi) sont une deuxième composante. Et enfin le climat délétère autour des questions que j’appellerais « sociétales » fini de dresser le tableau de la période. Quasiment tous les sujets ou presque sont ramenés plus ou moins rapidement à des questions sur la laïcité pour ne pas dire sur les musulmans. Je propose d’ailleurs l’appellation, après le point Godwin (lié à l’arrivée dans une conversation à une comparaison avec le nazisme), d’un point IG pour Islamo-gauchisme, qui en ce moment doit être atteint assez rapidement. Exemple : Au 2ème tour des régionales vous êtes de sensibilité de gauche et ne souhaitez pas voter pour la liste Pécresse ? on vous qualifie de « bobos, escrolos, ismalo-gauchistes, sectaire, radical », 1 point IG. Vous expliquez que le code électoral et la loi n’interdit pas le port du voile dans un bureau de vote, vous compromettez la République Française, un point IG. Vous essayez de réfléchir si vous êtes pour ou contre le port du burkini à la piscine (on peut par exemple être contre pour des raisons morales, éthiques en lien avec une vision de la liberté des femmes mais néanmoins accepter que si la loi de 1905 ne prévoit pas son interdiction, il doit être accepté), vous êtes vendus aux islamistes, un point IG.

Difficile et même impossible dans ces conditions d’avoir des discussions posées argumentées, qui sortent des invectives et caricatures. Car oui ces questions sont complexes et chacun des points de vue peut être défendu de manière réflexive. Mais non, la discussion est confisquée au nom du règne de l’opinion. La période est au relativisme. Tous les avis, de n’importe qui se valent. Et bien non, pas pour moi. Pour ces questions-là j’ai besoin d’entendre des sociologues, des spécialistes des religions, des historiens et au final pas des politiques ou des éditorialistes qui se contentent, pour la plupart, de colporter des propos de comptoirs enrobés dans de jolies phrases.

L’intransigeance du gouvernement qui n’hésite pas à souffler sur ces braises quand cela sert son intérêt, contribue largement à cette montée du populisme et du radicalisme. Cette image d’un président omniscient et omnipotent ayant fait le choix de se passer des corps intermédiaires, maillons pourtant essentiels de la société, participe pour beaucoup au sentiment de ne pas être écouté et donc de la nécessité d’invectiver, insulter, caricaturer, outrepasser pour exister. J’attends à la fois avec impatience mais aussi une vraie crainte, l’année politique 2022 où la parole sera encore plus décomplexée et nauséabonde. Il y aura alors deux camps : « Les républicains » peu importe la façon dont ils décriront et vivront leur République et les autres. Vous serez avec eux ou contre eux.

Pour terminer, et être clair, je pense que depuis toujours, les gens ont le sentiment que la société qu’ils ont connue change, en mal, que « c’était mieux avant », qu’« avant on avait des valeurs » etc. Et donc aujourd’hui, beaucoup de gens ont peur des mots qu’ils entendent à longueur de journées dans les médias « grand remplacement, effondrement ». Les sociétés évoluent, La France est caractérisée par ses transformations et continuera de changer. Le cadre républicain est là, clairement établi comme la loi de 1905 qui est toujours adaptée et il suffit de s’y appuyer sans avoir peur des autres.

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