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Professeur de SVT, écrivain d'articles dans des revues de vulgarisation, citoyen qui s'essaie engagé
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Billet de blog 13 nov. 2021

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Quand le Figaro magazine salit notre métier

Le Figaro magazine sort ces derniers jours un article sur l'école. On ne s'attend bien sûr pas à un plaidoyer pour l'école publique et ses Hussards. De là à lire un pamphlet diffamatoire et non argumenté sur un pseudo-endoctrinement organisé par les enseignants, agents du séparatisme, il y a un monde. En quelques mots, j'ai voulu partager mon écœurement et apporter quelques précisions.

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Illustration 1
Une du journal le Figaro Magazine dont seul les traits rouges sont fakes... © Figaro

Tout le monde a dû entendre parler de ce torchon. 

Un mot sur la couverture : Il n'y a même pas de questions (l'école est-elle... ?) pas même de nuances "certains enseignants seraient-ils... ?) ; non c'est une affirmation sur une dérive effective et systémique selon les auteurs. Le premier mot de la liste de nos dérives est "antiracisme" l'assimilant ainsi à un endoctrinement. Alors si parler de la tolérance, de la diversité est un endoctrinement, assumons-le. Je rappelle aussi que la tolérance, l'antiracisme font partie des thèmes d'éducation à la citoyenneté au même titre que la santé, l’environnement etc.

Voici un résumé de ce "travail" qui repose sur des témoignages anonymes (on peut le comprendre, mais quelle valeur accorder aux témoignages ? aucun chiffre n'est donné, aucune statistique, aucune référence à des études) d'élèves ou d’enseignants :

- pénétration de l'idéologie woke (dont je rappelle que la sociologie a démontré que telle qu'elle est formulée elle ne correspondait à aucun savoir académique)

- complicité d’une partie du corps enseignant : ils ont la gentillesse de ne pas dire de tous mais ils insinuent néanmoins que les dérives sont généralisées.

- témoignage d’élève parlant de cours d’histoire durant lesquels on leur aurait demandé de se déclarer racisés ou non racisés transformant une atmosphère de classe apaisée en climat de haine : Très bien, y a-t-il un signalement, une sanction ?

- « école gangrénée (terme utilisé par le ministre à propos d’une autre idéologie fantasmée) par des idéologues, des agents du séparatisme affiliés à l’extrême gauche » (ça va de soi) « militants indigénistes, wokes, communautaristes, entrisme pour détruire le système scolaire. » Il y a donc carrément une volonté cachée derrière tout ça, une volonté généralisée. C’est grotesque, fantasmé, et relève de la diffamation.

- certains enseignants essaient de justifier l’assassinat de Samuel Paty : cette déclaration est abjecte

- un témoignage d’enseignant précise qu’un « prof qui fait bien son boulot (sous-entendu sans militantisme) est vu comme un salaud » « les profs qui ne s’impliquent pas dans les projets wokes sont mal notés » (alors que quiconque est dans le métier sait que ça fait longtemps que l’avancement n’existe plus…)

- "la FCPE de gauche, a choisi son camp" : ok donc les parents sont complices.

- il est rappelé, brièvement, que pour intervenir dans un établissement scolaire, une association doit être agréée donc le discours validé par les plus hautes instances. Il est difficile à croire dans ce cas que des associations d’indigénistes wokistes islamo etc… aient leur ticket d’entrée dans un établissement.

Ainsi, cet article qui finalement n’est qu’un ramassis d’accusations non démontrées mais militantes (car il est là le militantisme, dans l’attaque de notre système éducatif). Cela ne devrait finalement ne même pas nous toucher. Mais voilà, notre métier est déjà suffisamment déprécié par notre ministère lui-même que nous n’avons pas envie d’une campagne de diffamation supplémentaire. Je me sens atteint personnellement dans ma mission.

On a bien compris le climat délétère, extrême-droitisé du moment. C’est à notre tour, professeurs de l’école publique de subir les attaques d’une France réactionnaire, dépassée, arc boutée sur des valeurs d’un autre temps et surtout d’une autre France dont on ne veut pas le retour.

Au cas où l’argument viendrait à l’esprit « oui mais ça doit bien exister quelque part », il est évidemment envisageable et même statistiquement probable qu’une faute individuelle ait lieu, comme dans tous les métiers. Cela justifie-t-il pour autant un telle une ??

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