Bobo-escrolo-islamo gauchiste, dans quelle case dois-je me mettre ?

Bobo-escrolo-islamo gauchiste, dans quelle case dois-je me mettre ? La déclaration de Valérie Pécresse et depuis devenue élément de langage de sa liste, au soir du premier tour des régionales, stigmatise une partie importante des électeurs d'île de France. On m'assigne à une case dangereuse, anti-démocratique, anti-républicaine. Et je m'y oppose.

Depuis dimanche,  Valérie Pécresse a choisi l’attaque, la diffamation pour ne pas dire la haine, face à ses adversaires politiques. Je ne devrais peut-être pas m’en étonner mais je suis néanmoins déçu.

Electeur de gauche, (je ne m’attarderai pas ici sur la difficulté de s’y retrouver en ce moment, c’est un autre sujet), j’éprouve le plus souvent un respect républicain pour les autres listes (hors FN, c’est irréconciliable) y compris pour ce que j’appellerais la droite républicaine classique (Gaulliste, Chiraquienne, appelez-là comme vous voulez). Je n’adhère absolument pas à leurs idées mais j’arrive à comprendre qu’on puisse être de droite ! Et jusqu’à récemment, Valérie Pécresse incarnait cette image de droite républicaine à l’ancienne. Les histoires de charte de laïcité, bouclier sécuritaire (partiellement annulés par le tribunal administratif) avaient déjà mis un coup à mon respect républicain mais je mettais cela sur le compte de manœuvres destinées à séduire à un électorat plus à droite encore, de la politique politicienne malheureusement classique. La réaction de dimanche soir, après les résultats du premier tour des régionales m’a blessé. « Gauche sectaire, gauche radicale, perte de la boussole républicaine », je ne comprenais pas le pourquoi de cette posture véhémente. (Surtout pour enchainer en disant qu’on représente l’ouverture, la tolérance…). J’ai pris cette attaque pour moi. Je ne peux donc plus être de gauche, de conviction écologiste, sans représenter un danger pour la République ? Je ne donc peux plus défendre des idées sociales, de soutien pour les plus démunis sans du coup être assimilé aux défenseurs du Burkini, des réunions non-mixtes ? C’est tellement plus complexe que cela. Cela ne fait pas honneur à son intelligence.

Est-ce ainsi qu’une candidate en tête au premier tour doit se comporter ? A-t-elle si peur de perdre ? Depuis, cet élément de langage circule dans tous ses soutiens, sur tous les réseaux, fiers de leur slogan qu’ils doivent trouver malin.

Escrolo-bobo-islamo-gauchiste.

Stratégiquement, cette déclaration provoque plutôt une crispation de ma part ; et d’un respect républicain je suis passé à une opposition plus ferme. Je pense que cela aura aussi l’effet pervers de convaincre certains hésitants ou abstentionnistes de convictions plutôt centristes, non seulement de ne pas voter pour elle ou de voter blanc mais je dirai même de faire exister les idées de la gauche en votant pour la liste d’Union de la gauche.

Où sont les discours de rassemblement, les propositions d’idées ? Je ne joue pas au candide en prêtant une réelle sincérité à ce type de discours électoraliste mais ils ont le mérite de ne pas jouer la carte de l’agressivité, de la violence.

Escrolo c’est pour les écologistes accusés de prôner la décroissance, le retour à l’âge de pierre ; bobo c’est pour les bourgeois, les classes moyennes à aisées qui voteraient à gauche car ça serait trendy, et islamo-gauchiste c’est bien sûr pour les partisans d’une gauche sociale ferme dont la droite aime à faire croire qu’elle est synonyme de complaisance avec les islamistes (un webinaire « distinction islam/islamisme » serait peut être intéressant à proposer aux militants usant et abusant de cette appellation dépréciative).

Je refuse donc qu’on me cantonne à une case imposée par quelqu’un. Oui la gauche existe encore, elle souffre, se sent souvent perdue face aux luttes intestines, mais elle existe et elle n’a ni complexe à avoir, ni honte à dissimuler.

Je remercie finalement Valérie qui a su, en quelques mots, mobiliser tout un électorat contre elle. A dimanche !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.