Appel des soignants des Urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg

Des moyens pour mieux soigner ; Des conditions de travail dignes

Les médecins urgentistes et soignants des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg tiennent à tirer la sonnette d’alarme sur les conditions d’accueil des patients, la qualité des soins et les conditions de travail du personnel aux urgences des hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Si le délai de prise en charge des patients est acceptable, la durée de passage des patients aux urgences excède les huit heures. Tous les jours les couloirs sont remplis de brancards d’où gémissent des patients âgés en demande de soins. Les services des urgences des HUS sont en incapacité régulièrement d‘accueillir de nouveaux patients, et les patients sont envoyés depuis Strasbourg vers les sites périphériques, parfois jusqu’à Kehl.

Comment tolérer qu’une de nos ainées puisse se trouver, à un âge avancé, allongée sur un brancard, plus de 24h durant en attendant une place d’hospitalisation, sans intimité, sans pouvoir correctement manger, boire et avoir accès aux sanitaires ? Qui le tolérerait pour ses proches ?

Il ne s’agit pas seulement d’une situation d’inconfort moral, mais dangereuse. Comment soigner et surveiller correctement  un patient instable dans un couloir ?

Ces situations sont de plus en plus courantes.

Le personnel, au milieu de tout cela est épuisé, en burnout. Plus de 80% du personnel soignant est parti depuis 2008. De plus en plus de nouveaux soignants ne souhaitent pas rester dans le service.

Les médecins sont en épuisement avancé, avec des souffrances psychologiques majeures impactant leurs vies personnelles. Travailler plus de 60h par semaine et s’entendre dire de la direction qu’on n’en fait pas assez, n’est pas digne d’une structure publique du 21e siècle. Comment dans cette situation attirer de nouveaux médecins ? Rappelons à cet effet que la direction des HUS est en retard par rapport à la loi qui reconnaît la limite du travail à 48h hebdomadaires.

Ce n’est pas la première fois que le personnel se mobilise. Déjà en 2008, le personnel des urgences s‘est mobilisé en demandant des solutions concrètes pour améliorer la prise en charge des patients. Mise à part quelques réunions et commissions, rien ou presque n’a changé. Et si nos collègues des autres services de l’hôpital ont depuis fait un pas majeur en notre direction en facilitant l’admission des patients depuis les urgences, le manque cruel de lits d’aval ne se dément pas.

De l’autre côté un système pernicieux s’est mis en place. Aux urgences publiques d’assurer la prise en charge sept jours sept 24h sur 24 la prise en charge de tous les patients y compris et surtout les patients le plus fragiles, âgées, isolés, sans domicile, en situation irrégulière. Aux urgences publiques d’assumer pleinement son rôle d’urgences et de service public, alors que dans le même temps des urgences privées (il y en a deux à Strasbourg) sélectionnent les patients les plus simples à gérer…

Telle est la situation dans notre Région comme partout en France. L’ARS de la région Alsace peut-elle fermer les yeux sur cette réalité ? Peut-elle accepter que des structures baptisées urgences avec les mêmes obligations de service, refoulent les patients âgés, les SDF… ?

Enfin pointons le système de tarification à l’activité qui fait en sorte que les patients des urgences, les plus âgés, les plus fragiles, les plus difficiles ne sont pas « rentables » aux yeux d’un certain nombre de service hospitalier et donc ils restent parfois pendant 10 à 15 jours aux urgences ?

Non on ne décrit pas une situation au tiers monde. Nous décrivons nos conditions de travail aux urgences de la septième ville de France.

Pour comprendre et concevoir la problématique des urgences, il faut d’abord changer de paradigme. Les urgences ne sont pas le problème. Les urgences sont la porte d’entrée de l’hôpital et donc l’interface entre la ville et l’hôpital. Si nous voulons que les urgences soignent correctement nos concitoyens, il faut une organisation spécifique de l’hôpital dédiée aux urgences : brancardage, accès prioritaires aux examens complémentaires, accès prioritaire aux lits d’hospitalisation…

Agents d’accueil, aide-soignant-e-s, infirmier-e-s, médecins se dévouent tous les jours dans des conditions difficiles au service des patients. Or il nous paraît évident aujourd’hui que nous ne pouvons remplir notre mission de service public envers les patients.

Nous appelons les citoyens à prendre conscience de la dégradation de nos conditions de soins et de travail. Nous appelons l’ARS à prendre toutes les dispositions nécessaires afin que cesse le partage inéquitable du travail entre les services d’urgences publiques et privés.

Nous demandons les moyens pour des soins de qualité mais aussi  que soit prise en compte la pénibilité du travail

-          Par l’octroi de moyens humains et matériels : embauche de personnels administratifs, paramédicaux et médicaux

-          Mise en place d’un système d’alerte et de régulation pour prévenir l’engorgement des urgences.

-          Par l’organisation de filières de soins, plateaux techniques et lits d’hospitalisation dédiées aux urgences

-          Par une prime de pénibilité pour le personnel paramédical des urgences

-          Par une limitation à 48h en temps continus du travail hebdomadaires des médecins pour préserver la qualité de soins et la sécurité des patients.

Nous aimons notre métier, nous aimons soigner et prendre en charge les patients à n’importe quelle heure de la journée, de la nuit, de la semaine ou de l’année. Que l’on nous donne les moyens de le faire !

 

Signé le collectif des personnels administratif, paramédical et médical des Urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

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