Entre les hommages hagiogaphiques des uns et la diabolisation intégrale des autres, les partisans de l’émancipation n’ont aucun intérêt à taire que le socialisme cubain est resté, depuis la révolution armée de 1959, entre deux eaux. Non pas entre capitalisme et socialisme - puisque le pays avait choisi son camp -, mais au milieu du gué en matière d’émancipation, entre accès généralisé à l’éducation, à la santé, et régime liberticide, en délicatesse - c’est un euphémisme ! - avec le respect des libertés individuelles. Cela n’enlève rien au rôle historique de Fidel Castro dans la mise à bat de la dictature de Batista, dans la lutte - nationale et internationale - contre l’impérialisme américain et, indissociablement, contre le capitalisme.
Castro avait affirmé qu’un jour l’Histoire l’absoudrait. Curieuse idée que celle consistant à penser que l’Histoire aurait vocation à rendre une forme de Jugement Dernier. Cependant, il faut souligner que cette formule concluait son plaidoyer en faveur du droit du peuple à faire la révolution contre la dictature, lors du procès consécutif à l’échec de sa tentative de prise de contrôle d’une caserne de Batista, en 1953.
À l’occasion d’une visite à Oscar Nemeyer, en 1995, Castro déclarait avec ironie : « Il ne reste que deux communistes au monde, Oscar et moi ». Le prix Nobel d’architecture étant disparu en 2012, il reste à faire mentir l’affirmation toute entière.
* Gilles Alfonsi
___ Sur la photo, de g. à dr. : Fidel Castro, Osvaldo Dorticós, Che Guevara, Regino Boti, Augusto Martínez et Antonio Núñez. Marche commémorative des victimes de l'Explosion de la Coubre, 5 mars 1960 à La Havane. (Museo Che Guevara - Centro de Estudios Che Guevara en La Habana, Cuba)
Paru dans Cerises n° 306, 2 décembre 2016