La semaine a donc été marquée par les diverses réunions européennes pour "sortir de la crise". Rarement cette Europe ne sera autant apparue pour ce qu’elle est aux yeux des classes possédantes : un enclos pour guerre économique. Nous avons eu droit à "jamais ça, plutôt mourir" d’Angela Merkel ou au tandem Hollande-Monti sur le ton de "vous allez-voir ce que vous allez voir". Ils ont obtenu que l’Europe renfloue les banques privées (c’est qui l’Europe dans ce cas ?) et 120 milliards déjà prévus de longue date en échange d’une perte d’indépendance en matière budgétaire. C’est un jeu de bonneton où un bateleur vous fait deviner sous quel gobelet il a caché votre billet de dix euros. Avez-vous remarqué qu’au moment où en Grèce on demande aux travailleurs de renoncer à leurs droits pour pouvoir travailler, où en France les smicards se voient généreusement attribuée une augmentation de 70 centimes par jour, en Allemagne on propose aux mères de famille de quitter leur travail en échange d’une prime de 100 euros par mois, avez-vous remarqué que les actionnaires étaient la seule catégorie sociale dont on ne dit pas qu’ils coûtent trop cher et à qui on ne demande pas de faire des "efforts" ? Et la crise bancaire n’a rien à voir avec les dépenses sociales des États mais avec ce qu’on appelle les placements toxiques, ce qui n’est rien d’autre que l’exercice normal de la spéculation. Ce sont les États qui viennent au secours des banques, c’est-à-dire nous avec nos impôts, et en retour elles leur prêtent à des taux faramineux. Il faudra bien un jour dire qu’il s’agit là de NOTRE argent et crier aux voleurs!
Derrière ce jeu d’ombres se développe une formidable offensive contre les droits du monde du travail et contre les investissements sociaux indispensables à tout développement : école, santé, transports publics, logement… Au point qu’à partir de l’Alsace et d’une Madame Koch une association de 480 de patrons de PME dénonce les banques qui leur disent le plus sérieusement du monde, qu’en cas de besoin, ils n’ont qu’à taper leurs salariés (cf le JT d’Arte).
Nous vérifions avec les travailleurs de Peugeot ou d’Air France que faire moins pire que Sarkozy ne veut pas dire grand-chose. Nous vérifions que l’économie n’est pas une science mais un terrain d’affrontement. Selon que l’on est un gros bourgeois ou un travailleur, on n’en a pas la même vision. Pour nous l’économie, c’est du savoir, de la santé, de la culture, du bien-être, du pouvoir d’achat, de la participation aux décisions. Pour d’autres, l’économie, c’est pouvoir nous tondre la laine sur le dos afin d’amasser fortunes et puissance. L’argent détourné par la spéculation représente plus du double du budget de l’État. 60% des profits réalisés par le travail ne sont pas réinvestis dans l’économie réelle. Et comme la spéculation rapporte davantage aux actionnaires que l’activité utile, relancer celle-ci ne pourra que rétrécir leurs marges : davantage d’argent dans la vie, c’en est moins dans les coffres. Mais à nous, qu’est-ce que cela peut nous faire ?
Et on nous dit que la lutte des classes n’existe pas !
On ne peut rejeter l’austérité qu’en rejetant le capitalisme. Il est l’heure que cela devienne le bien commun des luttes. Il n’y a pas que le gouvernement et le PS qui soient au pied du mur, ceux qui se réclament d’une alternative aussi. Les licenciements, les mesures d’austérité impliquent d’oser se considérer comme devant avoir le pouvoir sur les leviers de l’économie. Nous pouvons inscrire cet objectif dans des débats, des luttes afin d’élargir le champ du pensable. Il faut du temps pour obtenir une telle maîtrise de la société ? Poser publiquement le problème, c’est déjà faire bouger le rapport de forces. Prendre le système au collet est plus prometteur que de faire pression sur un PS qui, lui-même, subit la pression des marchés. Le pouvoir se prend là où on vit et où on travaille, sinon il est de l’autre côté.
* Pierre Zarka
Publié dans Cerises n°149, hebdomadaire des communistes unitaires