Peuple Kanak, la voie de l'indépendance

Le droit international reconnaît le peuple kanak, et comme autochtone et comme colonisé. Il correspond à la définition de peuple autochtone des Nations Unies qui lui reconnaissent aussi le droit de la décolonisation manifesté par l'inscription de la Nouvelle-Calédonie sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies depuis le 2 décembre 1986. Inscrite une 1ère fois en 1946 la Nouvelle-Calédonie fut désinscrite en 1947. Le gouvernement profitant de failles des résolutions des Nations Unies.

Les politiques de peuplement
En 1853 Napoléon III s'empare de la Nouvelle-Calédonie. Au long du XIXe siècle et du XXe pour partie, politiques de peuplement, indigénat, déplacements, massacres, maladies laminent la population kanak. Le déficit démographique est comblé dès 1945 par l'accélération de la politique d'immigration du gouvernement français.

Les années 1970 voient une autre vague de peuplement qu'impulse la circulaire Messmer de 1972, visant, à moyen et long termes, la minoration du peuple autochtone qui noiera la revendication d'indépendance.

Les revendications d'indépendance
Les premières déclarations officielles de revendication d'indépendance du peuple kanak apparaissent en 1975. La première négociation avec l'État français a lieu en 1983, à Nainville-Les-Roches, entre les indépendantistes de l'époque (le Front indépendantiste) et la France. Mais la France a invité à la table des négociations un troisième acteur, les non-indépendantistes majoritairement composés de descendants européens représentés par le Rassemblement pour la Calédonie dans la République. Cette table ronde marque le début des discussions politiques sur le droit de vote, l'autodétermination et l'éventualité d'un référendum réclamé par la majorité indépendantiste kanak dès 1975. « Qui vote ?,» la question s'est donc posée dès le départ.

Les victimes de l'histoire
À Nainville-Les-Roches, les représentants kanaks du Front indépendantiste reconnaissent, aux « victimes de l'histoire », un droit de participation électorale, notamment lors d'un éventuel référendum d'autodétermination.

Les indépendantistes désignaient ainsi les personnes transplantées qui subirent, le régime de l'indigénat. Mais, la table ronde de Nainville-Les-Roches indique «La reconnaissance de la légitimité du peuple kanak, premier occupant du territoire, se voyant reconnaître en tant que tel un droit inné et actif à l'indépendance dont l'exercice doit se faire dans le cadre de l'autodétermination prévue et définie par la Constitution de la République française, autodétermination ouverte également, pour des raisons historiques, aux autres ethnies dont la légitimité est reconnue par les représentants du peuple kanak». Le peuple kanak est certes premier occupant du territoire mais lui est reconnue, à ce titre, une légitimité de laquelle découle un droit à l'indépendance, dont l'autodétermination doit être définie par la République française. Cette autodétermination est ainsi d'emblée extrêmement limitée. De plus cette autodétermination est ouverte, pour des raisons historiques, aux autres ethnies. Ici est le moment de bascule de la question de l'autodétermination du peuple kanak vers celle de l'autodétermination de l'ensemble du territoire de la Nouvelle-Calédonie puisque toute sa population est concernée pour des raisons historiques. Dans le même temps, aucune définition n'est donnée de ces autres ethnies ...

Le conflit d'interprétation demeure
Les conflits d'interprétation autour de « qui vote ? » demeurent au cœur des affrontements politiques opposant indépendantistes, l'État et les non-indépendantistes.

Le 3ème article de cette déclaration précise : «il faut préparer cette démarche vers l'autodétermination qui sera le fait du peuple calédonien défini par la logique ci-dessus admise», évoquant la logique des « autres ethnies ». Dès lors l'État français parle de « peuple calédonien ». Progressivement s'est mise en place la citoyenneté calédonienne, définie plus tard dans l'Accord de Nouméa.

Ce troisième acteur, qualifié par les indépendantistes de «victimes de l'histoire» et par l'État «d'autres ethnies», est représenté à la table des négociations par le RPCR. Le Front indépendantiste, très majoritairement kanak et favorable à l'indépendance, a accepté de reconnaître les «victimes de l'histoire» et de les intégrer en partie au corps électoral pour un éventuel référendum d'autodétermination. Partant de cette acceptation, l'État s'est doté d'un allié dans la «guerre» contre l'indépendance.

Un an après la déclaration de Nainville-Les-Roches débutent « les Événements ». Le 18 novembre 1984, le FLNKS lance le boycott actif du statut Lemoine qui repoussait le référendum d'autodétermination à 1989. Ce jour-là Eloi Machoro brise l'urne du bureau de vote de la mairie de Canala. Un choix hautement symbolique désignant le droit de vote comme mère des batailles pour l'autodétermination.

En 1987, un autre référendum d'autodétermination prévu est boycotté par le FLNKS pour la même raison. En 1988 les Accords de Matignon-Oudinot prévoyaient un référendum pour 1998 qui n'a pas eu lieu. A la place a été signé l'Accord de Nouméa, qui prévoit une consultation électorale sur l'accession du pays à la pleine souveraineté à partir de 2014 si les trois cinquièmes du Congrès de la Nouvelle-Calédonie le décidaient. Cela n'a pas été le cas, il doit être organisé par l'État en 2018.

De l'Accord de Nouméa naissent deux corps électoraux restreints, celui des élections provinciales et l'autre pour la consultation sur l'accession du pays à la pleine souveraineté.

Pourquoi «consultation sur l'accession du pays à la pleine souveraineté», et non pas «référendum d'autodétermination» ? Parce qu'en droit le résultat du référendum s'impose, et une consultation ne formule qu'un avis. La consultation laisse la porte ouverte à d’éventuelles négociations. Un calcul manifeste des rédacteurs de l'Accord de Nouméa qui se confirme maintenant. En effet la consultation de novembre, qui répondra à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » a été qualifiée par le Premier ministre de «pas de côté» …

Extraits de l'intervention de Stéphanie Graff docteur en anthropologie politique, spécialiste des questions d'autodétermination, de décolonisation et d'autochtonie en Nouvelle-Calédonie

Paru dans Cerises N° 001 le 12/10/2018

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