SYLLA (avatar)

SYLLA

Politique, Communisme, Emancipation

Abonné·e de Mediapart

1300 Billets

1 Éditions

Billet de blog 19 octobre 2012

SYLLA (avatar)

SYLLA

Politique, Communisme, Emancipation

Abonné·e de Mediapart

PCF : un congrès pour communiquer ou un congrès pour transformer ?

SYLLA (avatar)

SYLLA

Politique, Communisme, Emancipation

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le PCF a engagé la préparation de son prochain congrès. Entre ses questionnements sur les fondamentaux d’un projet d’émancipation, les débats sur l’avenir du Front de gauche et sur son avenir propre, ses adhérents ont du pain sur la planche.

« Le PCF veut sincèrement changer mais il a du mal à le faire », titrait Le Monde lors d’un entretien avec l’ancien secrétaire national de la CGT, Henri Krazucki (1), il y a près d’un quart de siècle. On se demande aujourd’hui si ce constat n’est pas encore plus vrai. Le 36ème congrès du PCF, qui aura lieu du 7 au 10 février 2013 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), devrait apporter son lot de réponses. Lors du lancement de sa préparation par son Conseil national (CN), réuni le 13 septembre dernier, bien des questions de fond ont été mises sur la table, mais les propositions d’orientation semblent encore au stade de l’ébauche. Reste à savoir si la frilosité l’emportera une nouvelle fois, ou si une véritable étape sera franchie par le congrès.

La direction nationale semble osciller. Le congrès doit-il essentiellement, comme l’évoque Jacques Chabalier, membre de l’exécutif national, « donner à voir notre nouvelle image » ? Ou le cœur du congrès est-il, comme l’évoquait Patrice Bessac dans son rapport introductif au débat du CN, « d’accélérer, de franchir des étapes, de marquer des ruptures », alors que « tout est fini » : « le cycle de la crise des mouvements critiques du capitalisme, les trente ans de domination du capital et de convulsions pour le mouvement communistes et transformateur ». Avant de revenir, dans une prochaine édition, sur les débats qui s’engagent autour du texte de "base commune" proposé aux adhérents par la direction du PCF (2), voyons en détail comment le second traite des enjeux de fond auxquels le PCF est confronté.

L’enjeu central : l’hégémonie culturelle

 Le porte-parole national du PCF évoque avec force : « La réduction du champ de l’activité des partis à l’activité électorale telle que voulue par nos institutions est une réduction de la politique elle-même. Nos institutions, en asservissant progressivement les partis à leur service exclusif, ont agi comme des réducteurs de tête. Elles affaiblissent les fonctions culturelles, sociales, intellectuelles de la politique pour n’en garder que l’activité de représentation dans une démocratie devenue d’opinion. Or c’est la culture, ce sont les représentations qui forment la conquête du pouvoir. La question de l’hégémonie culturelle est donc le point de départ nécessaire de toute réflexion. » Le propos a une portée d’autant plus grande que le PCF a été habitué, pendant de longues années, à gérer l’immédiat, délaissant le champ de la bataille idéologique.

Suivent des réflexions de fortunes diverses sur la « déracialisation du débat politique » et l’ « axe majeur de reconquête » autour de la République : « Il faut jeter par dessus bord et dans le même mouvement les politiques d’assimilation ou les politiques multiculturelles. » Cela conduit l’auteur à opposer l’idée - qu’il attribue à des « ethno-bobos » - selon laquelle les cultures seraient caractérisées par leur permanence, et celle de leur « capacité de dialogue et de transmutations ». On ne voit pas bien pourquoi les deux dimensions ne cohabiteraient pas, et ne seraient pas intimement liées… Surtout, on ne peut pas balayer d’un revers de main l’approche bourdieusienne des déterminismes sociaux, sauf à y voir à tort une naturalisation-acceptation de la domination (3).

Allons plus loin : faire du combat pour « l’unité du genre humain » le cœur du combat culturel est-il souhaitable ? Il est fort possible qu’il s’agisse d’un des aspects cruciaux d’une pensée radicale refondée, mais alors il existe de lourds travers à éviter. Un exemple : un combat pour l’égalité qui négligerait le combat pour les libertés (question très justement évoquée par Pierre Laurent dans son livre, lire notre 2e article). D’autre part, on redoute le retour à l’idée usée dans les années 80 que l’alternative ne se jouerait que sur ce qui « rassemble la classe salariée » (mais qu’est-ce que la « classe salariée » ? et où sont tous les autres ?). Une telle orientation se fait toujours au détriment bien sûr du combat face à toutes les dominations, et appauvrit le combat pour l’émancipation.

Des enjeux sémantiques… de fond

P. Bessac a cependant le mérite de proposer sa problématisation des enjeux anthropologiques d’aujourd’hui, de poser la question du pouvoir et celle de la culture pour changer vraiment l’ordre des choses. Et de reconnaître les enjeux d’approfondissement, évoquant le besoin d’espaces échappant aux problèmes immédiats de pouvoir. Mais la volonté de marquer des ruptures peut parfois mener parfois à des provocations aussi inutiles que conformes aux logiques dominantes. Par exemple, en évoquant la nécessité de « sélectionner et de former nos élites » (du parti). Ou, autre exemple, en évoquant, pour traiter du désir « farouche de souveraineté des adhérents », le « troupeau de chats » que seraient devenus les membres du PCF, au lieu d’être d’un « troupeau de moutons »… Quel adhérent du PCF pourrait souhaiter faire partie d’un quelconque troupeau ? Et quel citoyen pourrait vouloir participer à un « troupeau de chats » ?

 Mieux vaudrait s’en tenir aux débats essentiels : l’action politique doit-elle rester « enfermée dans les institutions » (ce qui prédomine aujourd’hui) ou se situer « dans les institutions et la solidarité concrète, les luttes, la politique et l’éducation populaire ? »… Ou, autre axe évoqué par P. Bessac : « nos rapports avec la majorité gouvernementale doivent passer au second plan par rapport à notre objectif premier : l’intérêt général. » Cependant, une telle référence à l’intérêt général omet – par méconnaissance ou est-ce un choix ? – la critique marxienne de cette notion : sans négliger les avancées sociales conduites en son nom, l’intérêt général est aussi une fiction entretenue par les partisans de l’aménagement du capitalisme (en masquant les oppositions d’intérêt) ; la résistance au capitalisme a vocation à démasquer ce leurre ; une transformation de la société a vocation à reposer plutôt sur l’idée de l’égalité. Ce n’est pas derrière l’intérêt général, que doit passer la question des rapports avec la majorité gouvernementale, mais, sur cette question de l’essence de l’action politique pour transformer la société, derrière le souci de l’appropriation citoyenne du pouvoir.

S’agissant de l’avenir du PCF, P. Bessac évoque le dépassement des divisions qui, au cours des décennies, ont affaibli le communisme français, afin de « construire la force communiste dans un front plus large » : « il ne suffit pas de dire que le PCF entend rassembler tous les communistes. Il faut le prouver et dire ce que nous entendons par là. Et en donner des signes visibles  » Balayant l’idée d’ « entrer en négociation politicienne avec tel ou tel groupe », il n’aborde malheureusement pas quels pourraient être les interlocuteurs du rapprochement en question…

Points critiques : l’efficacité et le pluralisme

 Sur ces deux points critiques pour le PCF, P. Bessac propose une « solution simple » pour, à la fois, protéger la pluralité et assurer le respect des décisions majoritaires : distinguer deux sphères autonomes, celle des plates-formes politiques du parti (moment de la décision pour déterminer la position du parti) et celle du débat d’idées (qui se poursuit, n’étant pas affecté par la décision). Sur ce point, rien de bien nouveau dans la mesure où ne sont pas abordées les questions de pluralisme des directions et de la représentation publique, des moyens d’expression des diversités. De fait, la sémantique n’est pas neutre : reconnaître la pluralité n’est pas nécessairement faire vivre le pluralisme. Rappelons que le centralisme démocratique – qui comportait non pas seulement le respect de la décision majoritaire mais son application par tous, donc en principe l’application par les minoritaires d’une position qui n’est pas la leur – a été sur le papier abandonnée par le PCF en 1994… Plutôt que d’essayer de le remettre au goût du jour, on suggère cette piste : concevoir l’efficacité de la décision politique non dans une logique - surannée mais encore vivace, et pas seulement au PCF… - de discipline, mais comme le fruit d’un pluralisme assumé jusque dans la décision.

Le rapport se termine par l’idée de donner à voir « notre réalité nouvelle », « notre puissance pacifique au service de l’intérêt général » (encore lui !), grâce à un « grand congrès de la fierté communiste » et en montrant une nouvelle alliance avec « quelques-uns des grands penseurs de ce pays ». Durant les quatre mois seulement de préparation de ce congrès, on se demande si les réflexions de fond pourront être véritablement approfondies, aboutissant à l’ouverture d’un processus co-construit avec la "force communiste" ? Ou si une nouvelle fois, le PCF sera trop en retard pour espérer convaincre ou impliquer au-delà de ses propres rangs ?

Gilles Alfonsi, 19 octobre 2012

(1) Une biographie Henri Krazucki 1924-2003, signée Christian Langeois, vient de paraître aux éditions du cherche midi.

(2) Textes disponibles sur le site dédié à la préparation du congrès, ainsi que les contributions des adhérents : congres.pcf.fr

(3) Lire sur ce sujet le nouvel ouvrage de Franck Poupeau, Les mésaventures de la critique (Éditions Raisons d’agir). Dans la lignée de Pierre Bourdieu, l’auteur souligne notamment : « En réduisant les rapports du savoir et du pouvoir au problème de l’autorité de ceux qui savent, ou prétendent savoir, les radicalismes "post" omettent finalement un problème essentiel, qui n’est pas d’expliquer pourquoi certains groupes se mobilisent mais pourquoi, bien au contraire, ils ne se mobilisent pas, ou plus exactement pourquoi les inégalités d’accès au savoir constituent des obstacles à la politisation. »

Article paru dans Cerises N°156, rubrique le gateau

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.