À Cerises, nous portons depuis plusieurs mois l’idée de faire avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Nous n’avons pas attendu que cette candidature s’impose dans le paysage. Nous avons pensé, dès mars dernier, que les frondeurs du Parti socialiste ne rompraient pas avec leur parti et que la primaire de la gauche et des écologistes était un piège pour la gauche d’alternative. Nous nous sommes dit qu’aucune candidature issue de la société civile n’était en mesure de faire le pont, et aussi que les ambiguïtés du PCF dans son rapport au PS restaient patentes. Les mois passant, nos hypothèses ont été globalement confirmées : elles sont devenues des convictions. De plus, nous avons souligné que face à l’extrême-droite et à la droite extrême, il faut assumer une candidature de rupture avec le PS et une critique radicale du système politique. Remarquons que l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche nous conduit plutôt à confirmer ce choix. Comme l’écrit le philosophe Slavoj Žižek : « La défaite d’Hillary Clinton est le prix qu’elle a dû payer pour avoir neutralisé Sanders. Si elle a perdu, ce n’est pas parce qu’elle s’est aventurée trop à gauche mais au contraire parce que, trop centriste, elle n’a pas su capter la révolte anti-establishment qui portait aussi bien Trump que Sanders. ». Allons plus loin : la révolte contre la finance et l’oligarchie doit s’exprimer dans la rue et dans les urnes, devenir une alternative, porter un nouvel horizon.
Ces analyses, nous les avons mises en circulation, avec des dossiers qui présentaient les différents points de vue en présence2. Nous n’avons pas tu nos critiques envers Mélenchon ; nous avons affirmé la nécessité de marcher sur deux jambes : s’engager avec Mélenchon, en faisant en commun tout ce qui est possible, et mener campagne sur nos propres priorités, chaque fois que nécessaire. Ainsi, nous ne croyons pas à la discipline de parti, mais à une campagne pluraliste mettant à profit les différences existant entre ceux qui se rassemblent. En réponse à certaines réactions sur notre orientation, nous avons précisé que Cerises n’est pas l’organe central de l’Association des communistes unitaires, qui n’a pas pris position.
Nous avons aussi fait place au débat, notamment en publiant les points de vue d’Etienne Adam3, de Samy Johsua4 et, dans le présent numéro, celui de Sylvie Larue et Laurent Lévy.
Constatons maintenant que le débat a beaucoup évolué. De nouveaux points de vue se sont récemment affirmés. Du côté du PCF, dont les adhérents voteront les 24 et 25 novembre à la suite de la conférence nationale du 5 novembre, de très nombreux élus et militants ont pris position pour faire front commun avec J.-L. Mélenchon. C’est le cas notamment de M.-G. Buffet : « Le choix d’une candidature communiste alors qu’il existe une dynamique autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon nous isolerait. (…) Nous devons faire le choix du soutien à Jean-Luc Mélenchon, du partenariat avec France insoumise. Ce choix est le seul en capacité de réunir largement et de gagner à gauche pour battre la droite et l’extrême droite. (…) Le choix que nous ferons le 24 et 25 novembre sera très important. Parce que si nous validons le soutien à Jean-Luc Mélenchon, de nombreux autres, parmi les frondeurs, les écologistes, du mouvement social, vont se dire que c’est de ce côté-ci que se passe la dynamique à gauche. » Du côté d’Ensemble !, les militants voteront avant le conseil national des 19 et 20 novembre. Dans le débat préparatoire à cette consultation, 70 adhérents ont pris position dans un texte collectif pour la position proposant de « soutenir la candidature de Mélenchon dans le cadre de France insoumise ou dans un autre cadre plus large et plus pluraliste ». D’autres souhaitent aussi faire avec Mélenchon, mais conditionnent cette convergence à la mise en place d’un cadre commun, tandis que d’autres encore considèrent que l’union avec Mélenchon n’est pas souhaitable.
On a vu aussi Noel Mamère évoquer la candidature de Mélenchon comme une « candidature de combat », dont l’aspect symbolique nous parait important : « À partir d'un certain moment, il faut, non pas être réaliste mais il faut qu'on regarde la société en face et l'état du paysage politique. Jean-Luc (Mélenchon), dans l'état actuel de délitement de la gauche est une sorte de voiture bélier qui peut affaiblir l'hégémonie d'un parti socialiste qui est arrivé à la fin ». Bref, le débat continue, mais le train n’est plus en attente sur le quai.
* Michèle Kiintz et Gilles Alfonsi
1. http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20161111.OBS1075/trump-par-zizek-l-homme-qui-se-coiffait-comme-une-perruque.html
2. Par ex. "Se fourvoyer avec le Parti socialiste ou construire une dynamique nouvelle avec Mélenchon ?", http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=5212 et "Au-delà du retrait de la loi Khomri, l’alternative que nous voulons et Mélenchon". http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=5263 3. "Ne nous enfermons pas dans de vieux schémas". http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=5280
4. "Deux débats avec JL Mélenchon". http://www.cerisesenligne.fr/article/?id=5424
Des potentialités d’élargissement
Nous ne sommes pas les seuls à penser que la candidature de Jean-Luc Mélenchon est la seule à même d’ouvrir un nouvel horizon, dans une situation politique calamiteuse. Ainsi, l’appel Front commun a été conçu pour fédérer ceux qui veulent faire avec cette candidature, tout en demandant que « soit constitué au plan national, avec toutes les parties concernées, un lieu d’échange et de coordination qui rendra compte de notre diversité politique et sera ouverte aux acteurs des mouvements sociaux comme aux intellectuels, créateurs et artistes, qui manifestera notre ambition commune et donnera à nos campagnes présidentielle et législatives la plus grande efficacité ». L’appel, qui compte à ce jour 7000 signatures, et diverses contributions sont sur le site //frontcommun.fr//.
La récente rencontre entre le candidat et Noel Mamère, figure de l’écologie politique, va dans le même sens1, de même que la position de Paul Ariès, directeur de rédaction des Z'Indigné(e)s, mensuel des objecteurs de croissance amoureux du Bien vivre. On peut lire aussi, sur le site regards.fr, différentes contributions de Roger Martelli2 et la position de Marie-George Buffet3. De nombreux élus PCF ou apparentés ont aussi pris position dans ce débat, parmi lesquels Christian Favier (président du Conseil départemental du Val-de-Marne), Azzedine Taïbi (maire de Stains), Patrice Leclerc (Gennevilliers), Patrick Jarry (Nanterre), Jean-Philippe Gautrais (Fontenay-sous-Bois), Philippe Bouyssou (Ivry-sur-Seine), Christian Hervy (Chevilly-Larue), Didier Guillaume (Choisy-le-Roi), Marie-Hélène Amiable (Bagneux), Sébastien Jumel (Dieppe), Bruno Piriou et Ulysse Rabaté (élus à Corbeil-Essonnes)4.
* M.K. et G.A.
1. http://www.regards.fr/web/article/debat-noel-mamere-jean-luc-melenchon
2. http://www.regards.fr/auteur/roger-martelli
3. http://www.regards.fr/web/article/marie-george-buffet-le-choix-d-une-candidature-communiste-nous-isolerait
4. https://blogs.mediapart.fr/bruno-piriou/blog/261016/jean-luc-melenchon-est-le-seul-vote-credible-la-presidentielle-de-2017
Edito de Cerises n°304, 18 novembre 2016