2012 : cent-cinquantenaire des Misérables de Victor Hugo, titré à l’origine La misère. Remarquable discrétion pour cet anniversaire - comme pour celui de Rousseau. Un mauvais esprit pourrait y voir un lien avec le fait que le gouvernement ne cesse d’ "aider les pauvres" en faisant connaitre les secours du "115" alors que Hugo, vieil entêté, voulait supprimer la pauvreté. En face, les "Robins des bois de l’énergie", syndicalistes EDF, rétablissent le courant à ceux qui n’ont pas pu le payer. Ils transgressent la légalité de la pauvreté. Deux faces de notre monde : ceux qui n’augmentent pas le SMIC et ceux qui prouvent l’efficacité de la radicalité en actes.
Depardieu. Il se plaint que l’on « brime le succès ». Candide ou cynique ? Ayrault l’a traité de minable. Bien ! Mais quand va-t-il traiter de minable Bernard Arnaud qui a donné le signal de l’émigration fiscale ? Et Mittal ? La famille Peugeot ? Quels pouvoirs se donne-t-on contre ces minables ? Cécile Dufflot va-t-elle réquisitionner son appart pour y loger 80 Roms ou SDF ? À force de vouloir être "réaliste" ou "crédible" n’en devient-on pas timoré|?
Alors qu’il était ( bien timidement) question de nationaliser (très temporairement) Arcelor-Mittal, Mme Parisot a fait une syncope, déclarant que « c’était une atteinte au droit de propriété ». Quel droit de propriété ? Peut-on être propriétaire du sort de milliers de personnes et du devenir d’un pays ? Pourquoi aucun parti ni syndicat ne mène bataille sur de vraies nationalisations qui donnent du pouvoir au peuple sur son sort ? Si ce n’est qu’à force de vouloir être "réaliste"ou "crédible", on en devient timoré.
Les nationalisations coûtent cher et la fiscalité fait fuir les riches, nous dit-on. Pourquoi ne pas dire plus fort que les entreprises concernées ont déjà été largement payées ? Par les aides de l’État, les retards de paiements au fisc et à la sécurité sociale. Mais d’abord par le travail. Celui de leurs salariés, des cheminots qui ont acheminé le matériel, des électriciens qui ont apporté l’énergie nécessaire, des personnels de santé qui ont maintenu la main d’œuvre en bon état, des enseignants qui l’a formée, des artistes qui l’ont enrichie culturellement… La richesse, est-ce que ce ne sont pas d’abord les activités qui font vivre une société ? Aussi, que les riches restent en France sans payer d’impôts ou qu’ils partent pour ne pas en payer, la différence n’est pas énorme. Peut-être qu’à force de vouloir être "réaliste"ou "crédible", on en devient timoré. Mais ne l’ai-je pas déjà dit ?
L’Égypte vote. Pour ou contre la Constitution des frères musulmans. Pourquoi ne dit-on pas qu’un des clivages n’est pas l’intégrisme mais la politique sociale et fiscale ? La fiscalité en Égypte est de 20 % pour tous. Devant le manque que cela entraîne, le gouvernement veut accroître le prix des denrées de première nécessité au lieu de s’en prendre aux fortunes et de puiser dans les dividendes. Cela ne vous rappelle rien ? Pourquoi ne fait-on pas de ce clivage un point de convergence au-delà des frontières ? Peut-être parce qu’à force de vouloir être "réaliste"ou "crédible », etc., etc.
Mariage pour tous. Le nombre d’hétéros qui se disent concernés dépasse la solidarité morale. Cela indique le sentiment d’une analogie de situations entre toutes celles et tous ceux qui réclament d’être reconnus dans la société et qu’il ne peut y avoir de liberté que pour tous. Être "réaliste"et "crédible", c’est sans doute briser les carcans, y compris ceux de la pensée. Oser s’arracher à une normalité détestable.
Pierre Zarka, 21 décembre 2012
Paru dans Cerises N° 164