Une autre Catalogne est possible

Construire une autre société. Prendre en main son destin, dans le sens d’une démocratie plus radicale, plus sociale et écologique.

Quel rapport entre la crise catalane et l’interdiction de la corrida ? Il s’agit d’une des 24 lois votées par le Parlement catalan que le tribunal constitutionnel espagnol a invalidé ces dernières années. La Parlement catalan avait aussi légiféré pour que les familles pauvres aient accès à la lumière, à l’eau et au gaz gratuitement. Créé une taxe pour chaque appartement vide, les recettes allant au logement social. Une loi sur des politiques d’égalité entre les hommes et les femmes. Interdit la fracturation hydraulique. Créé une taxe sur le nucléaire et les énergies carbonées. Loi contre les expulsions. Toutes ont été invalidées par le tribunal constitutionnel espagnol.

Voilà une des choses que j’ai apprise au meeting organisé à Paris le 9 novembre en soutien à la République catalane. À écouter les représentants de la gauche radicale, de la société civile et des syndicats présents à cette réunion, c’est un autre visage de la crise catalane qui se dessine que celui montré par les médias français.

Il y a sans doute pour certains indépendantistes le refus de partager les richesses fiscales avec des régions plus pauvres. On fait le parallèle avec les égoïsmes de l’Italie du Nord. On s’attriste de voir qu’en Belgique, Carles Puidgemont trouve refuge chez les très droitistes nationalistes flamands.

Il y a dans l’indépendantisme catalan une concurrence entre deux visions : celle qui s’est exprimée l’autre soir dans le meeting à Paris n’est pas celle de l’égoïsme et du nationalisme identitaire.

Comme l’a exprimé le représentant d’un des syndicats présents, le vieux mouvement nationaliste catalan, partagé entre le centre droit (proche des élites économiques) et la gauche catalane historique (Esquarra republicana de Catalunya, ERC) a été percuté par le mouvement des Indignés de 2011, particulièrement puissant en Catalogne. Aux municipales, cela s’est traduit par les plateformes "en commun", comme celle qui a, par exemple, remporté la victoire à Barcelone avec Ada Colau. Aux législatives, cela s’est transformé au profit de la coalition Podemos / écolo / communistes mais surtout du mouvement indépendantiste et son "gauchissement" avec l’émergence de la gauche radicale des candidatures d’unités populaires (CUP) et d’une forte dynamique de la société civile, par exemple les Comités de défense du référendum (CDR). Cette dynamique de la société s’exprime par des manifestations massives, des mouvements d’assemblées de quartier et la capacité à la désobéissance de masse, par exemple en organisant le référendum interdit du 1er octobre ou la journée "Catalogne ingouvernable" du 8 novembre. Cette transformation de l’indépendantisme se voit dans les sondages pour l’élection de décembre : le centre droit indépendantiste s’effondre aux profit des formations de sa gauche.

Lors de la réunion du 9 novembre, les deux jeunes représentantes du CDR de Paris (devenu depuis Comité de défense de la République catalane)1 faisaient la comparaison avec la victoire de Syriza en Grèce. Des votes qui disent avant tout la volonté de rompre avec le monde tel qu’il va. Rompre avec la Constitution espagnole de 1978 fabriquée sous le franquisme et instituant un face à face complice entre Parti Populaire et Parti socialiste. Rompre avec le modèle libéral et austéritaire imposé par Madrid. Construire une autre société. Prendre en main son destin, dans le sens d’une démocratie plus radicale, plus sociale et écologique. Ça se soutient, ça, non ?

* Stéphane Lavignotte
1. https://cdrparis.wordpress.com/ sur Facebook groupe "CDR Paris".

Paru dans Cerises n°337, 17 novembre 2017

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.