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Billet de blog 30 septembre 2012

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Banalisation de la xénophobie ou solidarité et égalité ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Évacuations de camps et expulsions de Rroms, affichage sécuritaire du ministre de l'Intérieur jettent une lumière crue sur la continuité d'une politique qu'une majorité de Français ont rejetée. La mobilisation s'amplifie. Cerises entend y contribuer.

À qui n'a pas la mémoire trop courte de l'Histoire, la "rafle" de Rroms en août 2010, en Seine-Saint-Denis, et leur transport en tramway rappelaient la période vychiste et illustraient concrètement la signification des discours de Grenoble de Sarkozy et les propos de Claude Guéant. Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de France, le 4 septembre : avec ou sans papiers, affiliées ou non à des associations, des syndicats, des formations politiques. Cette mobilisation ne faisait qu'anticiper celles des revendications et résistances à Sarkozy et consorts, d'enseignants, puis d'opposants à la contre-réforme des retraites. Un automne chaud qui mettait en évidence les liens entre discriminations, dominations - celles qu'évoque R. Martelli dans ce même numéro de Cerises -, dans une société, un système où une infime minorité s'arqueboute sur ses profits, ses pouvoirs et veut détourner la réflexion et le mécontentement vers des boucs émissaires.

Nous n'avons pas chassé Sarkozy pour accepter aujourd'hui la « banalisation de la xénophobie et du racisme par l’État français, au mépris des leçons du passé et des menaces qui pèsent sur l’avenir », comme il est écrit dans la pétition que Cerises invite à signer et faire signer.

L'été est propice aux coups-fourrés : après l'hiver sarkozien puis l'annonce d'un printemps qui se prétend de justice, RESF (1) s'interroge avec raison à propos du ministre de l'Intérieur : « Manuel Valls chausse les pantouffles de Claude Guéant ? » Fin août, le Syndicat de la magistrature pour sa part souligne combien la loi et les règles sont bafouées( 2) : « Les brigades du "Tigre" Manuel Valls – comme le surnomme désormais Le Monde – ont encore frappé lundi 27 août au petit matin en expulsant 72 personnes d’un campement de Roms installé depuis plus de quatre mois sur la commune d’Evry : intervention précipitée puisque le juge des référés, saisi par le propriétaire des lieux, devait se prononcer sur la demande d’expulsion le lendemain; (...) Cette évacuation s’inscrit dans une série d’opérations de police menées depuis le début de l’été, à la demande du ministre de l’Intérieur, partisan d’une politique dite de "fermeté" ayant conduit à l’évacuation-destruction de nombreux campements et à l’expulsion hors de notre territoire de plusieurs dizaines de Roms, sur fond de stigmatisation – chiffres farfelus à l’appui (ceux-là même que brandissait Brice Hortefeux en son temps) – de la "délinquance roumaine" (la police tiendrait-elle donc des "statistiques ethniques" ?) »

Une fois de plus, c'est "l'étranger", "l'autre", qui est visé. En s'en prenant en particulier aux Rroms venus de Roumanie, M. Valls généralise à tous les migrants et se défausse sur d'autres États : « Nous ne pouvons pas nous permettre d'accueillir toutes ces populations qui sont souvent des damnés de la Terre, qui sont pourchassées dans leur pays, qui sont discriminées. »(3) En appuyant, en France, des pratiques similaires à celles qu'il prétend dénoncer ailleurs, il attise les relents xénophobes qui ont frappé des populations successives, y compris les Rroms vivant en France depuis longtemps, et conforte certains maires dans leurs actions discriminatoires, en particulier en matière de scolarisation. Et, méthode éprouvée de ses prédécesseurs, le gouvernement, en la personne de son ministre de l'Intérieur et du ministre délégué chargé des Affaires étrangères, signe avec la Roumanie un protocole incluant l'accueil en France de policiers roumains et l'aide aux préfectures roumaines(3). Est-ce aussi ce que le gouvernement veut favoriser au niveau de l'UE, quand Manuel Valls déclare que « L'essentiel de la solution se trouve au niveau européen »(4)? L'UE, dont la Commission européenne a certes placé la France sous surveillance le 10 août, n'agit pas ou peu pour lutter contre les discriminations au séjour, à l'emploi, au logement qui sont la règle. Une raison de plus, pour nous, de lier la lutte contre la discrimination des Rroms en France et la bataille pour une autre Europe solidaire, sociale, démocratique.

Sans doute quelques améliorations sont-elles intervenues, en France, comme la suppression de la taxe de 700 € qu'un employeur potentiel devait verser jusqu'à présent à l'OFPRA, et l'élargissement de la liste discriminatoire des 150 métiers "autorisés" aux Rroms pour lesquels demeure néanmoins l'autorisation préalable de travailler. Mais les pratiques de Manuel Valls, de son ministère, des préfectures, au lendemain même de la signature par 6 ministres dont Cécile Duflot et lui-même d'une circulaire consignant ces "petits plus", montrent la fragilité des améliorations arrachées.

D'ailleurs, dans son dernier discours, le 19 septembre, Manuel Valls souligne qu'il s'inscrit dans la "priorité présidentielle" d'une politique sécuritaire dont il explique ainsi la "méthode" : « Le Maréchal FOCH, dont cet amphithéâtre porte le nom, est le symbole d'une mobilisation tenace et sans relâche qui permit la victoire. Il menait une guerre. Nous livrons une toute autre bataille. J'en retiens bien volontiers la méthode. » (5) Et d'évoquer aussi Clémenceau... Sus à l'ennemi !

Mais nous voulons, nous, mener une toute autre "bataille", avec celles et ceux qui, après avoir rejeté la politique de Sarkozy, ne baissent pas les bras.

Nous ne voulons pas d'une "gestion des flux migratoires", comme ont voulu la mener les gouvernements précédents. Nous ne voulons pas que soient traités comme autant de "populations à risques" celles et ceux qui viennent en France dans l'espoir d'un mieux vivre ou dont les modes de vie et de culture sont prétextes à rejet. Nous voulons assumer les brassages et nous enrichir des rencontres du monde d'aujourd'hui, nous voulons construire une société où toutes et tous, sur les chemins de la migration et du voyage, passagers ou sédentaires, Français et résidents, aient les mêmes droits, les mêmes accès aux mêmes biens communs.

Nous voulons que toutes et tous puissent être acteurs à égalité de leur vie, de leur travail, de leur activité.

* Michèle Kiintz

1. 26 juin 2012 Voir lien infra
2. 28/09/2012 Idem
3. 12-13 septembre 2012 - Site France Diplomatie du gouvernement
4. Site de Tf1 news 13/09/2012
5. Discours cadre sur la sécurité, prononcé à l'École militaire le 19/9/2012. Site du ministère de l'Intérieur


Journée banale, "normale" en Essonne

Extrait d'une brève de Serge Guichard, animateur de l'association de solidarité en Essonne aux familles Roumaines, Rroms. (17/09/2012)

«Cette fin d'après-midi, nous avons  été occupés par ...

Une quinzaine de cars de CRS ont bloqué toute entrée et sortie du bidonville de Moulin Galant situé sur un terrain appartenant au Conseil général de l'Essonne sur les communes de Villabé ( PS )  et Ormoy ( UMP )

Aucun membre d'ASEFRR n'a été "autorisé" a entre dans le bidonville !

Pour mémoire nous avons eu jeudi dernier la réunion dite de "concertation" en préfecture...

Il est vrai qu'à un moment le président du CG, J Guedj, a dit qu'il fallait "envisager d'appliquer la circulaire sur ce bidonville".

Pourtant... aucun jugement n'a été rendu pour ce bidonville.

Et...

Á Villebon, une présence constante de la gendarmerie à l'entrée du bidonville engendre de la peur... D'autant que cette présence n'a pas empêché que des pneus de camionnettes des amis Roms soient crevés la nuit passée.

En fin d'après-midi, nous avons interpelé les gendarmes présents.  Nous avons eu comme réponse.... :" s'ils viennent porter plainte, ils se retrouveront au CRA".

Quant au maire, il dit "tolérer" leur présence, mais il fait tout pour les empêcher de travailler. Déjà plusieurs familles n'ont plus un sou...

Ce maire "gentil"  a expliqué aux familles qu'il ne pouvait pas accueillir les enfants à l'école... »

S. Guichard fournit la copie de PV mis à des amis Roms au sujet de leurs vélos et précise :

«Celui de 180 euros PV a été dressé pour : "pneumatique - Freins X2 - feu x2 - catadioptre - déflecteur".

Les deux PV de 100 euros l'ont été pour  : "plaque d'identification - feux avant/arrière - catadioptre avant/arrière, réflecteur remorque - feu remorque ; catadioptre remorque" pour un et l'autre : "plaque d'identification, réflecteur avant, frein avant, catadioptre avant, catadioptre arrière, réflecteur remorque, feu remorque; catadioptre remorque".»


Les richesses de l'autre

« Des êtres dont l’existence entière est imprégnée de sens poétique, qui incarnent le goût de la liberté et du rêve, de la beauté du geste, de la musique et de la danse, de la transmission, de la gratuité des échanges. Des êtres qui incarnent des valeurs essentielles dont un système brutal et acéphale cherche par tous les moyens à nous priver. Ces valeurs qui sont la condition de notre survie en tant qu’humains. »

Nicolas Roméas, 06/01/2011, Éditorial de Cassandre 

* Nous ne sommes pas un problème mais une force de proposition

«Les quelques 15 000 Rroms roumains et bulgares en situation de précarité ont un potentiel qui a été trop longtemps négligé, comme le prouvent les deux dernières lauréates du prix "meilleur apprenti de France". Dans un autre registre, un projet alternatif de relogement en auto-construction est en cours à Saint-Denis, associant la ville, des architectes, des associations et surtout les habitants rroms eux-mêmes. Considérer ces Rroms comme acteurs de leur intégration, en mettant à profit et en développant leurs compétences est à la fois un gage de réussite et une source d’économies. L’accès au droit commun et à la citoyenneté pour cette population relève de la justice et du bon sens. »

La voix des Rroms, 8/08/2012 Rroms acteurs et debout

* Précurseurs d'une Europe des peuples ?

«Le traitement auquel ils sont soumis par les États européens tient aussi, à mon avis, à ce qu'ils constituent une nation "sans État", critique en acte de la "forme-État" en tant que telle.

Leur reconnaissance en tant que "nation" européenne (sûrement la plus "européenne" qui soit en Europe) et leur admission ès-qualité au Conseil de l'Europe et au Parlement européen subvertirait les institutions européennes en transformant, de fait, cette "Union d'États" en une "Union de peuples", ce qui serait une évolution qualitative riche de potentialités quant au dépassement de la "forme-État" telle que nous la connaissons aujourd'hui et dont les "nations territorialisées" sont le produit... »

Fred Bouviolle, 08/09/2012


Ce dossier, établi par Michèle Kiintz, publié dans Cerises n°152 comporte également la pétition "www.labandepassante.org/petition/", parue également sur Médiapart et qui n'est pas reprise ici.

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