Trois fois rebelles

Les mouvements féministes des suds font front face aux réactionnaires de tout poil. De plus, la raison d'être de cette grève questionne, réélabore et revitalise le concept même de grève, bouleversant certaines hiérarchies syndicales empruntes de machisme et de domination patriarcale.

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Organisée cette année dans de nombreux de pays, la grève féministe du 8 mars est dans une certaine mesure marquée par le renforcement des mouvements réactionnaires allant à l'encontre des conquêtes des femmes et des communautés LGBTQI. En témoigne cette campagne de mobilisation menée en Espagne par l'association intégriste Hazte oír, laquelle compare les philosophies féministes au national-socialisme et demande l'abrogation de lois pionnières en matière de lutte contre les « violences machistes ». Depuis 2010, pourtant, on dénombre plus de 1 000 victimes de ce type de violences dans le pays, généralement des femmes assassinées par un conjoint ou ex-conjoint.  

À l'occasion de la campagne #StopFeminazis, un bus loué par l'association Hazte oír parcourt l'Espagne en exigeant des trois formations politiques de droite qu'elles abrogent les lois contre les violences faites aux femmes À l'occasion de la campagne #StopFeminazis, un bus loué par l'association Hazte oír parcourt l'Espagne en exigeant des trois formations politiques de droite qu'elles abrogent les lois contre les violences faites aux femmes

Faisant face au contexte de généralisation de ces replis réactionnaires de par le monde, de l'Argentine à la Pologne, le caractère transnational de cette grève cyclique permet donc d'effacer raisonnablement le prisme militant strictement local, d'avoir un regard global sur la condition féminine. Concernant l'Amérique du sud par exemple, comment se peut-il que l'avortement soit encore répréhensible à Haïti, au Nicaragua, au Honduras  et au Salvador, où l'on peut encourir jusqu'à 30 ans de prison en cas d'accouchement prématuré ? Selon l'ONU, par ailleurs, quasiment une femme par jour meurt violentée par un homme au sein des deux derniers États cités (elles sont trois par jour au Brésil).

Au Salvador, 30 ans de prison pour avoir fait une fausse couche © FRANCE 24

Premières victimes des inégalités, ces opprimées se trouvent très souvent à l'intersection de discriminations ethniques et de dominations patriarcales, sociales voire religieuses sur lesquelles se fonde l'ordre de nos sociétés contemporaines. Par conséquent, si prendre en compte leurs problématiques, les faire nôtres, nécessite une analyse approfondie des structures historiques qui génèrent ces inégalités, alors les disparités salariales (environ 30% en Espagne) ne sont finalement que quelques symptômes parmi tant d'autres d'une violence atavique. Voilà, comme il se dit en Espagne, pourquoi cette grève a plus de 1 000 raisons d'être soutenue.

I tu, sols tu - el Diluvi (Videoclip Oficial) © el Diluvi

 

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