On n'enferme pas celui à qui on offre refuge, mais celui qu'on considère prisonnier

Le 18 octobre 2015, un Érythréen présent sur les lieux d’un crime terroriste perpétré par un Arabe israélien est assassiné par un agent de sécurité qui l’aurait pris pour l’assaillant. Son corps sera lynché par des badauds animés de vengeance, de haine. Non loin, un metteur en scène chapeaute des ateliers-théâtre...

Ambiances, esthétiques et méthodes empruntées au théâtre-journal et au théâtre de l’opprimé ; c’est pourtant le désert du Néguev. Lui est plutôt connu en Israël, il s’appelle Chen Alon. Eux, anonymes ici, sont de simples sujets dramatiques.

Soudanais, Érythréens ; demandeurs d’asile, clandos, prisonniers ségrégués, les caméras les localisent : un no man’s land, le camp d’Holot se trouve à plus de 70 kilomètres de Beer Sheva, ville la plus proche. Sinon, il y a Saharonim, une autre prison.

Le pays souhaite emprisonner, parquer les demandeurs d'asile, pour une durée illimitée. À moins qu'ils ne consentent à partir vers un pays tiers qui soit « sûr »... Selon l'ONG International Refugee Right Initiative, entre 1500 et 2000 personnes provenant d’Érythrée ou du Soudan sont déjà arrivées en Ouganda et au Rwanda depuis 2013, expulsées d'Israël.

 

Entre les frontières © Avi Mograbi

Cette politique migratoire du « pays tiers sûr » et de l’enfermement est en partie un modèle pour l’Union européenne : édification de murs, militarisation des frontières, création de centres de rétention, de hot points, accord avec la Turquie en mars 2016, etc.

Néanmoins, en mars 2016 également, un rapport publié conjointement par le Service danois de l'immigration et le Home Office britannique indiquait que les personnes qui sont déboutées vers le Soudan font là-bas face à de violentes persécutions.

Voilà qui tente de visibiliser Avi Mograbi dans ce film. D'une part, les lieutenants d'une société de contrôle exacerbée sous la logique de la défense de la « Terre sainte », d'autre part, des individualités captives dans l'exil, confrontées à l'ignorance, au mépris.

Comme quand il est question pour des Érythréens (voir la bande annonce ci-dessus), d'être assimiliés à des Éthiopiens, alors que la dangerosité des conditions de vie dans leur pays est directement liée à une guerre d'annexion de presque trente ans ayant opposé l'Érythrée à l'Éthiopie. Ce qu'observait par ailleurs Jean-Christophe Victor dans une de ses dernières émissions (ci-dessous).

   

Érythrée : aux origines des flux migratoires © Le dessous des cartes (Arte)

On n'enferme pas celui à qui on offre refuge, mais celui qu'on considère prisonnier.

« Arcadi se topó con una alambrada que confirmó sus sospechas: no se encierra a quien se ofrece refugio, sino a quien se considera prisionero » - Jordi Soler, Los rojos de ultramar, Alfaguarra (2004).

 

 

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