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Billet de blog 12 juillet 2022

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Délibérer sous joug colonial

Avec une démarche personnelle mélant la quête de sens et la clarification du présent, Salim Djaferi interroge les référents utilisés de part et d’autre de l’espace méditerranéen pour parler de l’occupation française de l’Algérie, de 1830 à 1962.

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Koulounisation interroge : que dit-on d’autrui en cherchant « sa » vérité sociale, « son » passé colonial ?

À partir de la mise en scène d'une introspection et d'une réflexion hétérodoxe sur le signifiant « colonisation », ce spectacle opère en effet une sublimation des ordres symboliques du langage. Tout d'abord, quels signifiés de la masse de ce terme (dé)passent le prisme de l'imaginaire social instituant des Algérien‧nes affranchi‧es ? Alors, la Méditerranée est-elle une frontière, une passerelle ou une porte ? Qu'entraîne, ensuite, l'effet domino causé par la prétention hégémonique de l'historiographie française sur la communauté de langue francophone ? 

Sa sensibilité franco-algérienne chevillée au texte comme un pavé charrié dans la mare, Salim Djaferi offre ici un conte de soi affiné par de longues périodes de réflexion sur la manière dont l'exposer, sur la façon dont déconstruire les termes d'un débat qui n'est pas advenu mais qui pourrait bien évoluer en scène de crime malgré lui, et le public, qui ne saurait être qu'un simple témoin assisté, épongeant l'affaire.

Sur le plateau, un sac de nœuds, des plaques de plâtre et un périmètre d'action qui s'élève jusqu'à un certain degré des gradins. Le ton y est sobre, l'attitude calme mais aussi spectrale. On sent les questionnements artistiques et esthétiques ; ainsi que le poids léger des petits bonheurs d’apprendre à faire corps avec toute passion que fait éprouver la scène.  

Économe à raison en syntagmes, il s'y (re)voit vivre des évènements qui ont marqué son vécu individuel, mais délivre aussi des explications d'ordre générationnel. Et voilà une œuvre documentaire qui se meut instinctivement en théâtre documenté par des preuves d’existences malmenées, renommées pour « mieux se réintégrer dans la Nation française ». Ce sont donc son grand-père, sa mère, l’État français, l'Algérie, ainsi que la bureaucratie, la Belgique et d'une certaine manière le Hirak.

Progressivement, en ayant ainsi recours, à la fois, à la linguistique – pour constater les interférences phonétiques décelables d'un idiome à l'autre – et à plusieurs angles de vue incarnés ou retranscrits, pour déconstruire les perceptions sémantiques des évènements observables ou racontés durant le spectacle, Koulounisation accompagne finalement l'apparition d'un reflet collectif dans la lame d'un couteau qu'il nous faudra encore remuer dans nos plaies respectives, pour mieux comprendre qui nous sommes et vers où nous allons, vivant‧es.

Slimane Azem, Noureddine Meziane - La Carte de Résidence (El djazaïr, 1979) © La Kabylie s'exprime

KOULOUNISATION - Création, conception, interprétation : Salim Djaferi ; Aide à l’écriture : Marie Allié et Nourredine Ezzaraf ; Ecriture plateau : Delphine de Baere ; Collaboration artistique : Clément Papachristou ; Scénographie : Justine Bougerol et Silvio Palomo ; Lumière et régie général : Laurie Fouvet et Benoît Serneels ; Regard dramaturgique : Adeline Rosenstein. Développement, production, diffusion : Habemus papam. Réalisée en coproduction avec Les Halles de Schaerbeek, Le Rideau de Bruxelles et l’Ancre – Théâtre Royal de Charleroi, l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Commission communautaire française et avec le soutien des bourses d’écriture Claude Étienne et de la SACD, de la Chaufferie-Acte1, de La Bellone-Maison du Spectacle (BXL/BE), du Théâtre des Doms, du Théâtre Episcène et de Zoo Théâtre.

1h15

07.07.2022 → 28.07.2022 (12h)

Théâtre des Doms – Avignon

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