Les étudiants sont-ils indépendants des laboratoires pharmaceutiques?

C'est la question que pose une étude réalisée par l’association « pour une formation et une information médicales indépendantes » (le Formindep). Basée sur un travail effectué entre mai et novembre 2015, l'étude, publiée le 9 janvier 2017, conclut que seuls 24% des facultés de médecine françaises ont récemment modifié leur politique pour diminuer les risques de conflits d'intérêt en leur sein.

 

 

Inspirée par une démarche similaire reproduite aux États-Unis chaque année par l’Association américaine des étudiants en médecine (AMSA), l’association Formindep « pour une formation et une information médicales indépendantes de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes » a publié l'étude Conflict of Interest Policies at French Medical School: Starting from the Bottom le 9 janvier dernier, en accès libre dans la revue PLOS ONE (en anglais).

 

L'étude avait pour but de classer les établissements français en fonction de l'indépendance qu'ils garantissent ou non à leurs étudiants en médecine. Pour ce faire, un groupe d'étude composé de deux médecins, trois étudiants en médecine, deux chercheurs et un doctorant ont étudié le site internet de 37 facultés de médecine françaises afin d'y analyser leur politique en rapport avec les conflits d’intérêts, en fixant au préalable treize critères pour noter et classer les établissements (voir méthodologie de l'étude, ici en français).

Le rapport de conclusion indique que 9 établissements ne pratiquent pas de politique complètement « permissive » vis-à-vis des partenariats financiers susceptibles de déclencher des conflits d'intérêt. Il s’agit de Lyon Est, Angers, Rennes 1, Aix-Marseille, Paris Diderot, Paris Descartes, Lyon sud, Toulouse Purpan et Starsbourg.  De plus, aucune faculté ne pratiquerait de politique restrictive à cet égard puisque Lyon Est, le premier établissement du classement, ne totalise que 5 points sur 26. Vous pouvez consulter le tableau final de l'étude ici (en français).

 

Les autres continueraient de pratiquer l'ambiguïté vis-à-vis du secteur des laboratoires pharmaceutiques, c'est-à-dire une politique de facilitation de l’organisation de déjeûners et de distributions de cadeaux par certains laboratoires, une politique qui n'interdise pas la tenue d’évènements organisés par les industriels de la santé à même les campus, qui n'interdise pas non plus le financement d'examens, des personnels de santé pour leur déplacement et leur participation à des conférences, etc.

 

 

Paul Scheffer, doctorant en sciences de l'éducation à Paris VIII, explique son intérêt pour la démarche de cette étude qu'il a co-signée en disant avoir été « convaincu de l’importance de la formation initiale dans les pratiques de toutes les professions en lisant un témoignage à charge contre une école de journalisme prestigieuse, Les petits soldats du journalisme (Les Arènes), publié en 2003 par François Ruffin ». Après avoir sollicité cinq fois les Doyens des facultés pour qu'ils consultent les résultats avant publication, seuls deux lui ont répondu. 

 


 

Liste des critères retenus pour noter les facultés :

1 – Cadeaux (repas inclus).
2 – Relations de consultance (à l’exception de la recherche scientifique et des conférences).
3 – Interventions en tant que conférencier financées par l’industrie pharmaceutique
4 – Honoraires de l’industrie pharmaceutique.
5 – Ghostwriting (Rédaction d’articles scientifiques par des auteurs anonymes fournis par l’industrie).
6 – Déclaration des liens d’intérêts
7 – Représentants des ventes de l’industrie.
8 – Actions éducatives sur site.
9 – Défraiement de voyage et assistance à des conférences et des congrès hors site universitaire.
10 – Cursus des facultés de médecine (ou autre documentation en rapport avec les objectifs éducatifs et le contenu des cours).
11 - Financement de la Faculté de médecine par l’industrie pharmaceutique.
12 – Soutien de l’industrie aux internes pour la publication d’articles scientifiques.
13 – Actions des facultés de médecine en faveur de politiques de lutte contre les conflits d’intérêt dans les CHU associés.

 


 

 

Déjà en 2015, la troupe du R.I.R.E avait publié un livret de sensibilisation sur l'influence de l'industrie pharmaceutique au cours de la formation médicale des étudiants. Voici ci-dessous la vidéo que les membres du collectif avait réalisée pour promouvoir leur travail.

Pourquoi garder son indépendance face à l'industrie pharmaceutique ? © La Troupe du RIRE

 

 


 

Les équipes de Cash Investigation ont pour leur part diffusé plusieurs reportages concernant le secteur hospitalier et ses affinités obligées avec les laboratoires pharmaceutiques.

 

Saison 1 Episode 1 (partie 1) : Les vendeurs de maladies © Cash Investigation

 

Saison 3 Episode 5 : Santé : la loi du marché © Cash Investigation

 

 

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