Eurobaromètre sur le pluralisme des médias

Le rapport de la dernière enquête d'opinion commandée par la Commission européenne fait état de la perception de l’indépendance des médias au sein des 28 États membres de l'UE : 77% de français-es sondé-es estiment que les médias du service public subissent des pressions politiques.

 

L'application de la Charte des droits fondamentaux (consultable ici) est de vigueur dans tous les États membres de l'Union Européenne depuis 20091.  Divers rapports permettent depuis de mettre en perspective la manière dont sont appliqués, protégés et promus ces droits fondamentaux. Par ailleurs, depuis l'année dernière, un colloque annuel est organisé pour débattre autour du respect de ces droits fondamentaux2. Ainsi, le colloque annuel sur la Charte des droits fondamentaux de cette année (Bruxelles, 17 et 18 novembre 2016) portait sur la préservation et la promotion de la liberté et du pluralisme des médias3.

 

Différents intervenants du colloque du 17 et 18 novembre 2016 sur la Charte des droits fondamentaux (en anglais) © Direction générale de la justice et des consommateurs de l'Union Européenne

 

À cette occasion, deux rapports de l'Agence des Droits Fondamentaux (FRA) ont été soumis à présentation, ainsi qu'une étude d'opinion réalisée par TNS opinion & social. Les rapports de la FRA portent sur l'incitation à la haine dans les médias (consultable ici, en anglais) et sur les menaces, violences et pressions exercées à l'encontre de journalistes ou d'usagers et usagères des médias (ici, en anglais). Quant à l'enquête (consultable ici, en français)4 dont traite cet article, elle porte sur la perception de l'indépendance des médias par les citoyen-nes européen-nes, sur la confiance dans les informations qu’ils fournissent, leur opinion au sujet de l’indépendance de l’organisme national de régulation des médias qui est le leur ainsi que leur participation ou non aux débats ayant lieu sur les médias sociaux, dans l'optique notamment d'identifier leur rapport à la haine et aux menaces proférées au sein de ces réseaux.

D'ailleurs, par rapport aux médias en ligne, 53% des sondé-es indiquent y suivre des débats, néanmoins la majorité déclare ne jamais y prendre part (61%). Seule une minorité agit de la sorte (28%). En Autriche par contre, et c'est seul pays de l'UE dans ce cas, une majorité de personnes interrogées participent à ces débats en ligne (52%). Elles sont à peines 19% en France, pays qui occupe le dernier rang de ce classement, aux côtés de l’Estonie, de Malte et de l’Espagne. Par ailleurs, parmi les gens participant à ces débats, une grande majorité des personnes interrogées ont déjà lu, vu, ou entendu des discours de haine ou des menaces adressées à des journalistes, des blogueurs ou des personnes actives sur les médias sociaux (75%).

 

1. Sur la diversité des opinions et points de vue dans les médias en général (radios, presse, télévisions, médias en ligne)

Les citoyen-nes des pays du nord, comme le Danemark (82%), les Pays-Bas (84%), ou la Finlande (85%), sont en général de l’avis que leurs médias nationaux offrent une variété de points de vue et d’opinions. Pour la France, c'est à peine 57%. Dans le cas de la Grèce, seul-es 48% sont d’accord. La moyenne européenne est de 66%. 

 

2. Sur l'indépendance des médias en général

Les citoyen-nes interrogé-es dans des pays du sud sont justement davantage critiques par rapport à l’indépendance même de leurs médias, comme en France, où seul-es 26% des sondé-es estiment que leurs médias nationaux sont indépendants, à Chypre (25%), en Espagne (24%), ou en Grèce (12%). Sur cette question de l’indépendance des médias, à peine 38% des sondé-es sur l'ensemble des 28 États membres conviennent que leurs médias nationaux offrent des informations qui ne sont pas soumises à des pressions de nature politique ou commerciale. 

 

3. Sur l'indépendance des médias du service public

Concernant l’indépendance des médias du service public, une minorité des sondé-es pensent que leurs médias nationaux de service public ne subissent pas de pression politique (35%), exceptions faites de pays du nord, comme la Finlande (65%), la Suède et les Pays-Bas (55%), du Danemark (54%), ou encore de l’Allemagne et de la Slovaquie (50%). Les personnes les moins susceptibles d’en convenir se trouvent en Espagne (20%), en France (16%), et en Grèce (9%).

 

Enfin, concernant la confiance accordée aux médias nationaux en général, la majorité des personnes interrogées dans les 28 États membres conviennent que leurs médias offrent des informations dignes de confiance (53%), à part en Espagne (38%), en France (34%) et en Grèce (26%).

 

 


 

1 La charte a été officiellement proclamée à Nice en décembre 2000, par le Parlement européen, le Conseil et la Commission européenne. Elle n'est juridiquement devenue contraignante pour l’Union Européenne qu'avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, en décembre 2009. Elle présente désormais la même valeur juridique que les traités de l’Union Européenne.

2 Initié en octobre 2015 autour d'un débat sur la tolérance et le respect où était posée la question de comment prévenir et combattre l'antisémitisme et l'islamophobie en Europe, le colloque annuel sur la charte des Droits Fondamentaux est censé permettre une coopération renforcée au sein des États-membres de l'Union européenne, et ce autour de la promotion et de la protection des droits inscrits dans la charte des Droits Fondamentaux. Il est l’occasion de faire se rencontrer des dirigeant-es politiques et des civil-es.

Dans l’article 11 de la Charte des Droits Fondamentaux sont proclamés les droits à la liberté d’expression et à la liberté d’informer ainsi que la liberté des médias et le pluralisme de ceux-ci. Le colloque portait donc aussi sur l'indépendance à l'égard des pressions politiques ou financières, mais aussi sur l'importance de l'éducation aux médias et de la déontologie des médias pour le débat et la participation politiques, ainsi que sur les perspectives et les défis liés au nouvel environnement médiatique, aux plateformes internet et aux médias sociaux.

4 Cette étude d'opinion réalisée entre septembre et octobre 2016 (eurobaromètre spécial 452) a été commandée par la Commission européenne et la Direction générale de la justice et des consommateurs. Elle a été coordonnée par la Direction générale de la Communication (DG COMM Unité « Stratégie, actions de communication corporate et Eurobaromètre »). Au total, 27 768 personnes ont été interrogées en face-à-face sur l'ensemble des 28 États membres (1 027 en France).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.