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Billet de blog 25 août 2023

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Le Digital Services Act : entre l’ordre et le chaos

Internet n’a pas besoin d’être libre pour être dangereux. Il a juste besoin d’être mal encadré.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Mesdames et messieurs,
Vous avez peut-être entendu parler du Digital Services Act, le fameux DSA.
Encore un acronyme européen, direz-vous.
Mais derrière les sigles se cachent parfois des ambitions. Et, plus rarement, une vision.

Le DSA, c’est la tentative, presque héroïque, de ramener un peu d’ordre dans le chaos numérique.
Un texte né d’une idée simple : si les plateformes sont devenues des États dans l’État, alors il fallait leur imposer des lois.

1. Le DSA, c’est quoi ?

Imaginez une Europe qui ne veut plus être la colonie numérique du reste du monde.
Le DSA, c’est son Code civil du XXIe siècle.
Il impose des règles communes aux plateformes : réseaux sociaux, marketplaces, géants du numérique.
Bref, tout ce qui structure désormais nos vies, nos opinions, et parfois… nos démocraties.

Le DSA, c’est l’idée que la responsabilité ne s’arrête pas à la connexion.
Si vous hébergez du contenu, vous êtes responsable de ce qui s’y passe.
Si vous recommandez du contenu, vous devez expliquer comment.
Et si vous influencez des millions d’esprits, vous ne pouvez plus prétendre n’être qu’un simple intermédiaire technique.

2. Pourquoi en avions-nous besoin ?

Parce qu’Internet n’est plus un Far West, mais une jungle.
Et dans la jungle, il faut des rangers.

Fake news, haine en ligne, manipulations, escroqueries : le DSA vise à protéger les citoyens européens,
tout en offrant un cadre clair aux entreprises.
Un équilibre fragile entre liberté d’expression et responsabilité, entre innovation et sécurité.

Autrement dit :

« La liberté sans responsabilité, c’est l’anarchie numérique. La régulation sans discernement, c’est la censure algorithmique. »

3. Comment ça fonctionne ?

Trois mots : responsabilité, transparence, protection.

  • Responsabilité :
    Les grandes plateformes doivent retirer rapidement les contenus illégaux.
    Pas après un scandale, pas après un tweet rageur — mais immédiatement.

  • Transparence :
    Fini le mystère des algorithmes. Les plateformes doivent dire comment elles choisissent ce que vous voyez.
    Même si, soyons honnêtes, leur dire de tout expliquer, c’est un peu comme demander à un magicien de révéler son tour.

  • Protection :
    L’utilisateur redevient un citoyen numérique.
    Il a le droit de savoir pourquoi une publicité lui apparaît,
    et surtout, il peut contester une décision automatique.

4. Et pour nous, citoyens ?

Cela veut dire un Internet plus sûr, moins opaque, plus humain.
Les contenus illégaux ne pourront plus être ignorés.
Les signalements seront mieux encadrés.
Et, en théorie, le consommateur cessera d’être un simple produit dans la grande machine algorithmique.

Mais restons prudents :

« Chaque fois qu’on promet de protéger les citoyens, on finit souvent par protéger les systèmes. »

5. Et pour les entreprises ?

C’est plus complexe.
Le DSA, c’est aussi plus de règles, plus de rapports, plus de contraintes.
Une plateforme devra justifier ses choix, documenter ses algorithmes, prouver sa conformité.
Bref : être exemplaire… ou payer très cher.

Mais cette rigueur peut aussi être une chance : celle de restaurer la confiance numérique.
L’Europe n’a peut-être pas inventé les GAFAM, mais elle invente les GARANTIES.

6. Les limites techniques et juridiques

Bien sûr, tout cela n’est pas un conte de fées.

  • Les algorithmes sont des boîtes noires : les ouvrir, c’est risquer de dévoiler des secrets industriels.

  • La modération automatique reste faillible : elle censure des innocents et laisse passer des coupables.

  • Les signalements sont interprétés différemment d’une plateforme à l’autre.

  • Les textes sont ambigus, les applications nationales variables.

  • Les conflits juridiques entre droit européen et législations nationales sont inévitables.

Et surtout :

« Quand une loi s’attaque à un empire, c’est rarement l’empire qui cède le premier. »

7. Entre régulation et innovation : la ligne de crête

Le vrai défi, c’est l’équilibre.
Trop de contrôle tue la créativité.
Trop de laxisme tue la confiance.

Le DSA devra protéger sans étouffer, réguler sans infantiliser, encadrer sans brider.
C’est la fine ligne entre l’État de droit numérique et la surveillance bureaucratique.

Conclusion : le pari européen

Le Digital Services Act est un pas de géant dans la régulation du cyberespace.
Mais comme tout pas de géant, il peut faire trembler les murs.

Il ne suffira pas de voter un texte :
il faudra l’appliquer, le faire respecter, et l’adapter aux réalités mouvantes du numérique.

Parce qu’au fond, la cybersécurité, la souveraineté et la confiance reposent toutes sur la même idée :

« L’avenir numérique ne se subit pas, il se gouverne. »

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

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