Douilles savonnés et crépinettes frétillantes.

Quand c’est que j’turbinais en maison de retraite, j’me suis faits plein d'potos ; les gaziers bichaient en m’débitant leur passé.
Y’avait Emilien qu’avait pris une bastos dans le poumon, en 36. A 16 piges, y turfait dans les forges de Commentry et quand les « grèves joyeuses » ont commencé, lui et ses camaros avaient bloqué la taule. Après un bocson de 3 semaines, les perdreaux ont défouraillé et le p’tit père Emilien a bien failli caner…
Quand j’lai connu, en 93, l’avait 73 piges. Il avait fait un AVC et avait perdu l’usage de tout le côté gauche. Y causait peu mais dès que tu l’interrogeais sur les grèves de 36, l’aphasie se faisait la malle.
Pis y’avait Nénesse. C’était un échalas de 1, 80 m qu’avait été séminariste. Quand, un beau jour, y s’est toqué d’une gisquette qu’en pinçait pour cézig, l’a présenté sa dèm’ au Père la Tuile et a espousaillée sa mignonne.
Et bien sûr, au milieu de ces lurons (parce que malgré tout, y buvaient du lait, les vioques), t’avais Félix. C’était un queutard de première bourre. Chaque semaine, y nous dégottait une nouvelle fiancée. Sa phrase préférée, quand y reluquait une frangine qui lui plaisait c’était : « J’ai la taupe qui feuge ». M’est avis que, en plus d'écouter un peu trop Font dans « Rien à cirer », y bitait pas c'que ça voulait dire...

J’les aimais bien, mes anciens. On dit souvent que la vieillesse fout les foies mais c’est se cailler le raisiné avant l’heure. Vieillir c’est pas que se souvenir. C’est découvrir, c’est vivre…

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