Lettre ouverte au PDG de la France...

Monsieur le Président Directeur Général de la France (pas soumise, vous vous en êtes aperçu depuis novembre dernier),


Je vous fais cette petite bafouille pour vous dire que depuis que vous êtes apparu dans le monde de la politique, vous n’avez pas cessé de nous montrer votre visage de vaillant oppresseur des libertés et des acquis sociaux durement gagnés par nos aînés.
Lorsque vous fûtes ministre de François Hollande, déjà vous nous offriez votre charmant minois de sapeur en vendant aux ricains une taule qui fut le fleuron de l’industrie française.
Je ne vais pas énumérer vos actions contre la France car vous savez mieux que chacun d’entre nous où vous avez œuvré pour détricoter maille par maille ce qui resta longtemps la fierté de notre pays (le service public, entre autre).
Lors de chacune de vos interventions (filmées ou non), vous ne vous départissez pas de cette fatuité envers les « gaulois », inhérente aux personnes bien nées qui se goinfrent quand le peuple a les crocs. Lorsque vous dîtes que vous n’ « adorez pas le mot pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail est pénible », je m’interroge sur votre aptitude à l’empathie. Du haut de vos 41 ans, êtes-vous certain de savoir ce qu’est le travail ? Je suis navré de vous le dire ainsi mais je ne suis pas certain que banquier durant une paire de piges et ministre puis président soient un gage de connaissance du monde du travail.
Je suis aide-soignant dans un CHU (Clermont-Ferrand, pour ne pas le nommer) et je vois ma fonction se dégrader de jour en jour depuis quelques années. Toutefois, avec vos différentes mesures nocives, le délitement du service public de santé s’accélère à la vitesse de la lumière. La pénibilité dans le travail est un fait et si vous daigniez descendre parmi les humains, vous constateriez que tous les travailleurs ne sont pas des ronds-de-cuir.
Monsieur Macron, vous dirigez le pays comme une start-up mais vous refusez de voir les réalités en face. Les Gilets Jaunes vous interpellent depuis presque un an, les grèves se multiplient dans tout le service public et les hôpitaux (et même si les hospitaliers sont en sous-effectif et ne peuvent par conséquent pas vous opposer une grève massive comme ils le firent avant la mise en place « liberticide » des 35 heures, ils sont grévistes assignés et signent tous les jours leurs feuilles d’assignation) et vous vous contentez de « réformer » sans même consulter les parties concernées que vous acculez au pied du mur. Mon syndicat m’a informé que la manifestation prévue lors de votre venue à Clermont-Ferrand a été interdite par la préfecture. Croyez-vous sincèrement que par de telles interdictions, vous allez redorer le blason de la démocratie (démolie par des décennies d’autoritarisme politico-financier) ?
Monsieur le boss de la France, vous sous-entendez que le travail n'est pas synonyme de souffrance et c'est assez décevant de la part de celui qui est supposé représenter son peuple . Pourquoi donc toutes ces manifs, ces suicides, ces arrêts pour cause de maladies, des flics, instits, hospitaliers, profs, agriculteurs, ouvriers ou postiers (et j'en passe)? Vous prétendez connaître le monde du travail et vous niez ouvertement que la pénibilité peut en être une des composantes. Je peux bien comprendre que vos différentes fonctions vous aient tenu éloigné du monde réel mais j'imagine assez mal que vous puissiez ignorer sciemment ce que peuvent vous montrer les médias. Et si vous descendiez de votre petit nuage pour tailler le bout de gras avec vos contemporains sur les rond-points, le samedi... Vous verriez alors que la souffrance au travail et la pénibilité ne sont pas des fantasmes.
Je vous le (re)dis, monsieur le taulier du merdier, vous devez écouter ceux qui vous ont élu. Ce n'est certainement pas en vous montrant aussi condescendant que vous réussirez à faire renaître l'apaisement. Nous avons mal à notre pays et à cause de vous, nous n'avons plus confiance en nos dirigeants (bien que, de mon côté, je n'aie jamais acquis cette confiance).
Si vous avez une once d'amour-propre, vous devez écouter le peuple et dissoudre l'assemblée pour permettre aux français de s'exprimer à nouveau en votant...
Depuis des décennies, le management "agressif" à l'américaine est apparu au monde entier comme étant obsolète, alors pourquoi nous, peuple français, devrions-nous le subir? Un pays n'est pas une entreprise et démolir son service public comme vous le faites ne le grandira pas mais le plongera dans le chaos...
Monsieur Macron, le point de non-retour a été atteint et si vous ne vous ravisez pas dans votre politique austère, vous aurez à assumer le plus cuisant échec gouvernemental du millénaire.
Ne tardez pas trop; le pays risque de vous exploser en pleine gaufre...
Sylvain SAÏD (aide-soignant en colère)

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