Chez les loufs...

Quand t'as turbiné pendant 15 piges chez les dingos, t'as plein d'anecdotes à refiler.

Dans le genre j'te fais un litre d'huile avec une olive y'a celle-là.
On avait un type aux mensurations d'un bûcheron canadien. Éric qu'y s'appelait. C'était un beau môme malgache qu'avait tourné la carte quand il a trouvé son frangin cané dans le garage avec une bastos dans la calebasse. Lorsque j'l'ai connu, il avait 40 berges et ça en faisait 20 qu'y trainait ses grolles dans le service. Faisait des aller-retours chez nous à chaque délire. Y connaissait vachement bien sa pathologie mais des fois, y'reconnaissait plus personne et quand y se sentait oppressé ou qu'y s'imaginait qu'on lui en voulait, y vrillait du caisson et c'est comme ça qu'un jour, il a étranglé sa dabuche (elle s'en est sortie de justesse).


Un vendredi matin (j'embauchais à 6 plombes du mat'), alors qu'il était debout depuis un bail, y m'attrape à la sortie du vestiaire et dit qu'il sent qu'on va pas le laisser sortir en perm' pour le week-end. L'avait aucune raison de penser ça mais quand y délirait à plein tube, impossible de le ramener sur terre. J'ai tenté de calmer le jeu jusqu'à c'que mes collègues se pointent mais j'le sentais monter en pression. Et quand t'as un mec de 120 kilos en face de tes 75 pour 1m80, tu brilles pas trop. Pis ben, les collègues arrivent et là, augmentation de la pression: Éric a cru qu'y z'étaient venus en renfort pour le ficeler et l'empêcher de se barrer chez lui. Commence à soulever le bureau et le coquer en pleine ganache de Laurent (un aide-soignant qu'avait été pilier au rugby et qui craignait pas les châtaignes). Mon Lolo, calme comme un moine boudhiste se relève et lui cause doux pour l'amadouer. Patrick arrive et vlan! une taloche de cow-boy dans sa tronche... J'me jette sur le grelot pour appeler du renfort dans les autres services (on fait toujours ça pour immobiliser sans trop de dégâts). Une armada de gros bras arrivent en file indienne et mon Éric, toujours délirant, se dirige vers la lourde en écrasant tout sur son passage. Les gaziers tombaient comme des mouches (z'étaient 11).
Et là, Mlle C. arrive (c'était la psy qui le suivait) et lui sort (presque) innocemment: "Alors Éric, on est prêt pour sa permission de sortie?".
Il a passé le week-end chez sa mère et quand il est rentré, s'est excusé auprès de nous. Mais s'il avait voulu, y nous aurait tous bouffés ou mis en pièces détachées...
Des fois, j'le croise en ville (y va vachement mieux) et on reparle de cet évènement.


Des Éric, j'en ai connu de bien plus sévères qu'avaient déjà butté et là aussi, y'en a à raconter...

schizophrenie

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