Tonnerre--Décembre

C’est un mouvement sans doute historique, ce décembre 2019. Plus tard on dira ça a été un coup d’arrêt, pour le néolibéralisme, ou bien ça a été la curée, la défaite. Peut-être que ça sera plus nuancé… En attendant ces textes à vif, ces chroniques du Tonnerre-Décembre 2019.

5 décembre

Il y a les fumigènes allumés, les cheminots en première ligne, la fin glacée de l’automne, alors forcément on y pense, à 1995. Du temps où le gouvernement reculait face au mouvement social. Mes premières manifs, on avait fait débrayer le lycée, envahi la mairie d’Aix-en-Provence pendant qu’un saxophoniste jouait Couleur café.

Après ça s’est gâté, il y a eu « c’est pas la rue qui gouverne », les défaites, la peur, les éborgnés, les mutilés.

On se décourage à force de perdre, on se dit, ça ne sert plus à rien, et puis ça revient, la lutte des classes, ça surprend et ça éclate sur fonds gilet jaune, sur fonds rouge mâtiné de vert.

Cette fois, et ça faisait longtemps, on y croit, on peut gagner. « Tou-tes ensemble », « tous-tes ensemble », ouais, ouais.

En vélo depuis Noisy-le-Sec, dehors il faisait froid, dedans ça faisait chaud. Mon fils a 7 ans, il m’a dit, la maîtresse ne fait pas grève, moi oui.

Esprit de 36, de 95, pourvu qu’on gagne, ensuite on continue, on se rassemble, un peuple joyeux et victorieux.

Sylvain Pattieu

(une version plus courte de ce texte est parue

dans le journal l’Humanité du 9 décembre 2019)

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