liberté d'importuner, non merci

Alors comme ça il paraît que ça va mal pour les hommes, en ce moment ? On serait traqués  par des féministes victoriennes puritaines, on serait culpabilisés, on serait frustrés, on serait purifiés, sacrifiés ?

Liberté d’importuner, non merci

 

Alice Zeniter, Juste avant l’oubli : « Ils voulaient être d’indomptables loups des steppes, c’était dans la vie leur grande faiblesse »

 

Alors comme ça il paraît que ça va mal pour les hommes, en ce moment ? On serait traqués  par des féministes victoriennes puritaines, on serait culpabilisés, on serait frustrés, on serait purifiés, sacrifiés ?

C’est ce que j’ai compris en lisant cette fameuse tribune des 100 femmes pour libérer « une autre parole » dont on parle tant. Parmi les signataires, il y en a beaucoup dont j’apprécie les œuvres, le travail, l’histoire (et d’autres dont les idées me semblent franchement nauséabondes).

Mais franchement, je ne suis pas d’accord.

Votre tribune a entraîné pas mal de réponses, surtout par des femmes, et je ne vais pas répéter ce qui a été déjà dit. Simplement, je vais revenir sur quelques aspects, en tant qu’homme.

Parce que c’est sympa de vouloir défendre les hommes, mais merci, ça va, je ne me sens pas haï par les féministes. Je ne me sens pas sommé de battre ma coulpe (même si comme tout un chacun, enfin j’espère, j’essaye de temps en temps de me remettre en question). Je n’ai pas l’impression d’être un phallocrate démon torturé par je ne sais quelle inquisition. De ce que j’ai vu, #metoo a mis en lumière des faits, des actes, plus que dénoncé des individus. J’ai l’impression, qu’en général, dans cette société, en tant qu’homme, j’ai plutôt pas mal d’avantages, si j’en crois du moins les statistiques sur les salaires et le partage des tâches ménagères (et je ne signale que deux aspects parmi bien d’autres). Je ne vais pas m’en flageller mais je ne peux pas m’en satisfaire.

Mais restons-en sur la question de la drague, de la séduction. La liberté d’importuner que vous défendez, non merci, pas pour moi. On m’a plutôt élevé dans l’idée que la liberté des uns commence là où s’arrête celle des autres. C’est ce que j’essaye d’apprendre à mes enfants. J’ai peut-être trop d’amour-propre, mais je n’ai pas envie d’importuner, pas plus un homme qu’une femme, d’ailleurs. Importuner, c’est être envahissant, encombrant, insupportable. Indésirable. Je n’ai pas envie d’être lourd si je veux séduire. Je ne veux pas m’imposer. Je ne veux pas la jouer sur l’usure, la guerre lasse.

Vous posez un postulat : la liberté d’importuner serait indispensable à la liberté sexuelle. Je constate le contraire. Ce modèle-là, de l’homme entreprenant, insistant, lourd mais galant, il saoule de nombreuses femmes, il bloque également de nombreux hommes. Qui ne se reconnaissent pas dans le mâle alpha, dans la virilité agressive, dans la compétition amoureuse, dans le concours de trophées, dans le mec qui fait toujours le premier pas. Vous voulez libérer ou enfermer dans des rôles traditionnels qui ont, en vérité, toujours été remis en cause ? Ce modèle, il réduit les possibles, il fige les relations, il les empêche, en définitive. Parce qu’il introduit la méfiance, la peur, il artificialise, les uns à l’attaque, les autres sur la défensive.

La liberté d’importuner, c’est la liberté pour les hommes de contrôler, les lieux publics, les lieux de pouvoir, c’est la liberté de mettre chacun à sa place, les hommes sont des hommes, les femmes sont des femmes, on les rabaisse d’un geste, d’un mot, d’une blague. Je ne crois pas du tout que les femmes qui s’opposent à ces pratiques se posent en position de victimes. Au contraire, elles se défendent, elles se battent, elles ne sont pas des proies. Elles ne sont pas réactionnaires, elles luttent contre des pratiques dépassées. Le loup indomptable des steppes et la biche apeurée, ça suffit. En vrai, c’est toujours les mêmes règles, on s’ennuie. Alors on aimerait bien les changer. Vous voulez jouer ? Nous aussi.

 

Sylvain Pattieu

 

 

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