Surface de réparation ?

Il y a deux ans, un joueur de foot n’était pas sélectionné en équipe de France pour l’Euro parce qu’il était soupçonné d’avoir participé à l’escroquerie ou au racket visant un de ses coéquipiers de la sélection. Il s’agissait alors de préserver coûte que coûte l’image de l’équipe de France, fragilisée depuis la «grève» de Knysna en 2010. Ce choix a suscité pas mal de débats.

Dans la liste établie pour la Coupe du Monde 2018 par le sélectionneur, ce footballeur est toujours absent. En revanche, deux joueurs, l’un parmi les 23, l’autre parmi les réservistes, ont été condamnés pour violences conjugales, l’un en Espagne, l’autre en France.

Tous deux ont purgé leur peine (travaux d’intérêt général et amende), il faut espérer qu’ils regrettent, ils ont le droit de continuer à faire leur métier.

Mais quand même. On entend souvent, quand on s’intéresse au foot, que l’équipe de France ça se mérite. Qu’on représente son pays. Que ceux qui ne chantent pas la Marseillaise, ceux qui ne sourient pas, ceux qui gardent leurs écouteurs sur les oreilles, ceux qui insultent les journalistes, ceux qui font des fautes de français, ne méritent peut-être pas de porter le maillot bleu.

Au vu de leurs performances sportives, les deux joueurs condamnés méritent sans doute leur place. Mais on sait très bien que l’équipe de France, ça n’est pas que du foot. Pourquoi alors que d’autres sujets entraînent des débats sur la légitimité de tel ou tel à porter le maillot, à représenter sportivement le pays, le fait d’avoir été condamné pour violences conjugales ne suscite pas un frémissement, pas une ligne, même pas un petit doute suivi d’un repentir ? Est-ce qu’être soupçonné d’avoir soutiré des sous à son partenaire est plus grave que d’être condamné pour avoir violenté sa partenaire ? On pourrait les défendre, dire ils sont très jeunes, ils regrettent, ils ne le feront plus : mais là pas un mot, rien du tout.

 « Battez vos adversaires au lieu de battre vos femmes », ont affiché sur une banderole les supporters lensois des Red Tigers le 12 mars 2018, alors que deux joueurs de l’équipe ont été impliqués dans des affaires de violences conjugales. La formule est sans doute inappropriée, mais eux, au moins, ont eu le mérite de lancer le débat.

A signaler aussi :

Le journal L’Equipe a fait sa Une, le 26 mars 2018, sur les terribles accusations d’une ancienne compagne de joueur :

https://www.lequipe.fr/Football/Article/-j-aurais-pu-mourir-le-temoignage-d-une-femme-battue-par-son-ancien-compagnon-footballeur-professionnel/887238

Dans d’autres domaines il y a débat sur la place publique, après leur condamnation, des hommes coupables de violences sur les femmes :

https://www.mediapart.fr/journal/france/090518/violences-sexuelles-la-gauche-t-elle-perdu-ses-reperes

 

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