L’actuel projet de transformation de la Gare du Nord est celui d’une autre époque

Si la modernisation de la plus grande gare d’Europe est nécessaire pour faire place aux 200.000 voyageuses et voyageurs quotidiens supplémentaires attendus en 2030, elle ne doit pas servir de prétexte à une opération de promotion commerciale hâtée sans nécessité au prétexte des JO 2024.

La Société d’économie mixte à opération particulière (SEMOP), créée par la SNCF et sa filiale Gare & Connexions, a retenu la proposition de la filiale du groupe Auchan « Ceetrus » pour réaliser le projet de transformation de la Gare du Nord, programmant 50 000 m2 de surfaces supplémentaires, dont un centre commercial de 20.000m² qui multiplie par cinq les surfaces de vente actuelles. La Mairie de Paris n’a que trop tardivement émis des réserves sur le projet - après avoir accompagné activement sa mise en œuvre.

Un projet à l’équilibre douteux et au détriment des commerces de proximité.

Non seulement le modèle économique du projet semble loin d’être consolidé, mais les difficultés des nouveaux centres commerciaux parisiens ne laissent pas présager d’un avenir particulièrement juteux pour les commerçants. Quoi qu’il en soit, son existence même fragilise le tissu commercial du quartier, comme le souligne la Commission départementale d’aménagement commercial (CDAC) de Paris dans son avis défavorable du 27 juin, sans compter sur les inévitables pollutions et encombrements de la circulation liés à l’augmentation du trafic routier pour l’approvisionnement de ces commerces… par camion.

Le projet de Ceetrus, supposé fluidifier les circulations, rallonge en réalité les temps de transport des voyageuses et voyageurs au profit de circuits de consommation. Les usager.e.s qui circulent dans la gare devraient davantage rêver aux mondes qui s’y connectent que se faire assaillir de messages publicitaires des commerces ou des écrans numériques, qui ont déjà remplacé les bancs des quais de RER menant vers la banlieue, ou encore le tableau de départ du grand hall.

Une gare à ouvrir sur le quartier et respectueuse de son patrimoine architectural

Nous partageons l’avis des collectifs d’architectes, urbanistes et historiens mobilisés sur le dossier. La Gare du Nord, conçue par Hittorff à qui le 10e arrondissement doit l’Église Saint-Vincent-de-Paul, possède un caractère patrimonial mondialement reconnu qui mérite d’être respecté, comme l’a permis le travail de Duthilleul sur les nouvelles halles en verre réalisées il y a à peine moins de 20 ans. La gare doit s’ouvrir sur le quartier, en particulier au Nord sur la promenade urbaine et l’hôpital, son parvis libéré pour faire place aux mobilités actives et à l’accueil des voyageurs du monde entier, ses sous-sols remobilisés pour la desserte automobile. Une véritable gare routière doit voir le jour et répartir la circulation des bus dans le quartier en libérant les petites rues engorgées de milliers de véhicules quotidiens.

Un projet démesuré qui laisse de côté la banlieue

Comme souligné par Pierre Veltz le 10 octobre dans le journal Libération, alors que l’essentiel du nouveau trafic attendu dans cette future gare est généré par le Grand Paris, seule une part minime du budget servira à l’amélioration des parcours de banlieue. Pourtant, si la Gare du Nord est une porte de Paris vers l’Europe du Nord, elle est surtout une porte vers les quartiers populaires du Nord de la Capitale. Par ailleurs, ce projet de transformation remet en question le rééquilibrage économique de la Métropole du Grand Paris. Nous demandons un débat autour de la possibilité de décharger la Gare du Nord en permettant l’arrêt de plusieurs lignes à grande vitesse en banlieue, notamment au sein de la Gare Pleyel.

La Gare du Nord, un bien commun dont l'avenir doit être décidé par toutes et tous

La Gare du Nord est un bien commun qui ne peut être transformé sans qu’il soit tenu compte de son utilité sociale, de sa place dans la Ville, de son impact environnemental ou encore de l’image qu’elle renvoie de Paris. Nous nous opposons à sa transformation en gigantesque boutique, comme le sont devenus les aéroports et grandes gares européennes. Les propositions ne manquent pas pour répondre utilement aux besoins essentiels des personnes dans ce quartier, particulièrement des plus précaires : services postaux et publics de proximité, espaces associatifs, accueil des personnes en errance et usagers de drogue, bagagerie solidaire, centre de soins multidisciplinaires, sanitaires et bains-douches gratuits, etc.

Donner les moyens de la concertation au collectif « Retrouvons le Nord de la Gare du Nord »

Pour une transformation d’une telle ampleur, il est évident que l’utilité même du projet doit être concertée avec les riverains et les usagers du quartier comme de la gare. Rappelons qu’un ridicule total de 405 personnes, sur les 700 000 voyageurs quotidiens, ont pu donner leur avis sur le projet actuel de transformation de la gare. Rassemblant associations et citoyen-nes, le collectif « Retrouvons le Nord de la Gare du Nord » s’est constitué le 20 novembre pour rejeter le projet actuel et proposer une alternative, exigeant que tous les acteurs de la Gare soient les moteurs d’un nouveau projet destiné à tou-tes pour concevoir une gare métropolitaine digne du XXIe siècle.

Nous demandons à la SNCF de mettre fin au contrat avec Ceetrus pour revoir intégralement le projet, inacceptable en l’état, et nous opposons à la délivrance du permis de construire à la SEMOP. Nous soutenons pleinement l’initiative du collectif « Retrouvons le Nord de la Gare du Nord » et souhaitons qu’il soit missionné pour faire aboutir un projet d’intérêt général, afin que cette transformation de la Gare du Nord soit un modèle de gare en centre-ville, et non pas une machine à cash qui ne profiterait qu’à quelques actionnaires.

Sylvain RAIFAUD

Léa VASA

Julien BAYOU

Candidat-e-s écologistes à l'élection municipale de mars 2020 dans le 10e arrondissement de Paris

Anne-Claire BOUX

Candidate écologiste dans le 18e arrondissement

David BELLIARD

Candidat écologiste à la Mairie de Paris

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