la réforme ne parle toujours pas de pédagogie active...

Montessori, c'est fou ! (Trevor Eissler) © Vanessa3671
Montessori, c'est fou ! (Trevor Eissler) © Vanessa3671

La montagne et la grosse souris

Il y a eu d'abord plein d'espoir. Ce discours inaugural de la refonte, le jour-même de l'arrivée de François Hollande à la Présidence. Ce grand ramdam de l'été, où tant (beaucoup trop ?) de "spécialistes" ont été conviés à donner leur avis sur la réforme de l'école. Et puis la montagne a accouché d'une souris. Certes, c'est une grosse souris. On ne peut pas dire le contraire. Une souris ambitieuse qui s'attaque à de nombreux problèmes à la fois et qui a au moins le mérite, énorme, de réintroduire la formation des maîtres. C'était bien le moins qu'elle pouvait faire !!!!

Une souris déjà malade

Dans les textes qui sont sortis de la grande consultation de l'été et dans l'énumération des points de la refonte, il y a quand même des choses qui choquent ou qui inquiètent. Cette réintroduction de la morale, par exemple ! Comme si la morale et le civisme pouvaient s'enseigner en tant que matières. Eduquer au respect des autres et de soi-même, à l'ouverture, au dialogue, oui, c'est l'un des rôles de l'école. Mais pas à travers des leçons de morale, si modernes soient-elles. Cela s'apprend par l'exemple d'un enseignant qui dit ce qu'il fait et fait ce qu'il dit. Cela se vit au quotidien à travers des discussions autour de cas concrèts et vécus, l'élaboration commune et progressive d'un code de vie en communauté scolaire, la pratique réelle de la démocratie en classe, où il n'y a plus de notes qui tombent comme des couperets et de devoirs à la maison qui accentuent l'inégalité sociale...

Une souris mort-née

La morale n'est qu'un exemple. Il y a de nombreux détails qui montrent qu'on ne se tourne pas résolument vers une nouvelle pédagogie et qu'il ne s'agit pas réellement d'une refonte mais d'une ennième réforme. Les mots de "pédagogie active" ne sont jamais présents. Rien sur les devoirs, rien sur les notes, rien sur l'attitude de l'enseignant qui pourra continuer à faire une classe magistrale. On ne donne aucun axe fort pour la formation pédagogique. On parle du numérique, mais n'est-ce pas simplement pour faire moderne ? Le numérique n'est qu'un outil. Pas un contenu ni une méthode d'éducation. Le vrai drame, c'est que les changements sont si peu "en profondeur" qu'au prochain changement de bord politique, on pourra tout aussi bien les effacer d'un revers de main. Et pendant ce temps, des pays qui appliquent la pédagogie active, comme la Finlande, continuent de caracoler en tête des enquêtes PISA. A quoi donc servent ces enquêtes ?

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