Pour tous ceux qu'un jardin fait rêver

Il pleut, il pleut têtu, teigneux, boudeur. Il pleut d'automne, et le jardin attend l'air affligé des abandonnés sans motif.

J'enrage d'être là, passive mes outils bien au chaud, et ces cavaleurs de nuages qui dégueulent sur mon carré de terrain.

Il fallait de l'eau, certes mais pas les grandes, les noyeuses, les délayantes qui vous clouent derrière la vitre. Je m'agite mollement autour des derniers cartons. Je passe la porte pour vérifier si le temps ne s'assagirai pas par hasard. Rien.

Il pleuviote, il bruine, il crachine, il y a un grain puis un autre. Le soleil n'est pas loin on le sent prêt à venir et puis revoilà la pluie. Sur le fil les pinces à linge jouent aux hirondelles prêtes pour l'envol.

Et les rosiers se gavent d'eau, emperlouzés d'ondée, rouges à la remontée, toutes griffes dehors appuyés au gris du mur, pétales arrachés répandus en larmes de sang.

Les pissenlits sont de retour, arrachés sans pitié par les anciens propriétaires ils sont ressortis, bientôt ils seront mangés.

Et je rêve de jardin, soleil sur les lavandes et le romarin, odeur puissante des arômes confinés, roses alanguies de soleil.

Ah ce jardin là est un rêve, je sais déjà ce qu'il me coûtera de peine et de sueur mais je ne pense qu'à ce jour ou il m'apparaitra tel que je le souhaite.

En attendant le ciel s'est assombri. C'est le soir, les moineaux sont couchés dans le grand lilas du voisin, en allant tirer la porte je respire un moment l'air humide (96% au moins) il ne pleut plus. Un répit qui s'affole des odeurs de terre mouillée, d'herbe, de fleurs avachies. Un zeste de bonheur avant d'aller dormir.

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