Désarmer pour protéger et développer

Cette semaine le SIPRI a publié ses chiffres annuels sur les dépenses militaires. En dépit des polémiques sur la difficulté d’évaluer   précisément le poids économique qu’elles représentent, une chose est certaine : ces chiffres sont révélateurs des ressources      fondamentales détournées qui devraient être investies pour répondre aux besoins criants de millions d’êtres humains. Loin d’être une utopie dans un monde de violence, le désarmement est une urgence, comme le rappellent haut et fort des dizaines d’ONG, de plus en plus actives à mettre en cause les États dans le respect de leurs engagements de désarmement et la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

 D’après le SIPRI, 1 776 milliards de dollars américains ont été dépensés en 2014 pour l’armement. Si les dépenses militaires mondiales se stabilisent par des diminutions aux États-Unis et en Europe occidentale, elles sont hélas largement compensées par une augmentation en Asie et Océanie, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Afrique ; là ou précisément les populations civiles souffrent le plus. On dénombre aujourd’hui 41 conflits ouverts dans le monde. Face à ces guerres aux motifs complexes et aux nombreux acteurs, lutter pour stopper par tous les moyens le massacre croissant des populations civiles est un devoir et une obligation morale.

 Dans ce contexte, désarmer est une urgence. Non pas comme s’il s'agissait d' une utopie mais comme l’un des moyens essentiels et concret pour rétablir les priorités vers la protection et le bien être des peuples, et non des États. 

En 2012, l’OCDE estimait que 121 milliards de dollars américains additionnels seraient suffisants pour atteindre les Objectifs du Millénaire sur la pauvreté, l’éducation et la santé. Imaginons ce qui pourrait être financé pour l’éducation, la santé, l’alimentation, l’accès à l’eau potable, les emplois, l’énergie propre et le renforcement de l’égalité entre hommes et femmes avec 1 776 milliards de dollars ? Sans compter bien sûr la diminution de la violence qu’entraînerait la baisse globale de ces investissements avec l’émergence d’un environnement plus propice à la recherche active de la paix entre les peuples.

 Réorienter ces dépenses vers des investissements soutenant le développement, et par conséquent la paix, est l’objet des appels et des actions de nombreuses ONGs, dont le Bureau International pour la Paix qui a coordonné le 13 avril, la 5eme Journée d’action mondiale sur les dépenses militaires, ou encore la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF).

Exiger la protection des populations civiles  dans les conflits qui déchirent la planète est un autre domaine où la société civile joue, là aussi, un rôle essentiel.

Inlassablement, les ONGs rappellent haut et fort que la guerre a des règles qui doivent être respectées :  les armes utilisées doivent pouvoir distinguer les civils des militaires, ne pas causer de souffrances superflues et ne pas créer de catastrophes environnementales mettant en péril plusieurs générations, voire l’humanité toute entière. Lorsque ces armes ne respectent pas ces règles, elles doivent être interdites.

Delegation Campagne pour interdire les Robots Tueurs, CCW, Mai 2014, Geneve. © Campagne pour interdire les Robots Tueurs Delegation Campagne pour interdire les Robots Tueurs, CCW, Mai 2014, Geneve. © Campagne pour interdire les Robots Tueurs

 Regrettant 19 ans d’impasse pour la Conférence du Désarmement (CD), le seul forum des Nations Unies où les États peuvent adopter des traités de désarmement,  Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies, a invité récemment les États membres à adopter de « nouvelles approches » pour progresser. Il a rappelé combien la société civile avait été « le catalyseur pour l’action en faveur du désarmement et du contrôle des armements » pendant ces vingt dernières années.  Il s’agissait de son message d’ouverture du premier Forum de la société civile à la CD, où la présence des ONG a par ailleurs toujours été restreinte par les États.

 Hélas l’échange qui a suivi s’est plutôt révélé un dialogue de sourds, conduisant l’ambassadeur du Mexique, Jorge Lomonaco, président de la séance à conclure que « le progrès dans le désarmement est possible, mais ailleurs ».

Ailleurs, là où une vraie volonté est créée pour agir ; où, la collaboration entre États et société civile, et tous les acteurs impliqués est possible,
 et recherchée. On peut citer pour exemple les mouvements sur les mines antipersonnel et les armes à sous munitions ; l’approche humanitaire du désarmement nucléaire, le Traité sur le commerce des armes, ou l’appel lancé pour interdire de façon préventive les robots tueurs, tout comme le furent les armes lasers aveuglantes en 1995.

Alors que de nouvelles discussions ont lieu à Genève cette semaine sur les risques posés par le développement de ces robots tueurs (armes létales totalement autonomes) et que la conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire s’ouvre  à New York le 27 avril pour un mois, les États ne manquent pas dans les semaines qui viennent, d’occasions d’entendre les conseils de Ban Ki-Moon  et de la société civile afin d’adopter des décisions qui répondraient aux priorités de notre monde.

 

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