Sortir du terrorisme : Pourquoi n’écoutent-ils pas ? Ensemble protégeons nos libertés.

Depuis les odieux attentats de vendredi soir, je suis comme tout le monde. Je pleure les victimes, de Paris, Beyrouth, Ankara, Charm el cheikh, Aden, Baga, et d’ailleurs, de partout ailleurs. Je suis derrière mon ordinateur à lire témoignages, commentaires, analyses, pour s’informer, sans trop se désinformer. J’essaye surtout, comme tout le monde,  de me faire une idée de la façon dont on peut s’en sortir, ensemble, tous ensemble. La solidarité, l’envie de faire face ensemble et le refus de la haine exprimés, y compris par des familles de victimes rassurent, et invitent au respect.  Je sais qu’il est possible de vaincre le terrorisme mais, par contraste, l’écoute des mesures annoncées par nos gouvernants depuis samedi me glace. Comme beaucoup, je ne me reconnais pas dans cette posture guerrière, censée nous rassurer et montrer la fermeté de la France, et qui semble  ignorer les leçons les plus récentes de l’histoire des conflits qui ont créé le chaos et la terreur dans lesquels nous sommes aujourd’hui.

Je me demande comme beaucoup, pourquoi les autorités françaises, celles qui prennent les décisions, au plus haut niveau, ou qui les soutiennent au Parlement, celles que nous avons élues ne semblent pas nous écouter, écouter les voix qui appellent à une autre riposte que l’appel à plus de guerre et à la fermeture de notre société ?

L’escalade guerrière est-elle la solution pour « détruire Daesh » ? On en doute, et c’est même aller dans le sens de Daesh que de choisir la guerre. Les similitudes avec le discours de Georges W.Bush au lendemain du 11 septembre sont flagrantes, et effrayantes. On sait ou cela nous a tous mené. Pourquoi ne pas écouter ces voix, en France et ailleurs, qui avaient espéré, comme Paul Rogers, que la France pourrait dans sa réponse, prendre la mesure de l’impact d’une escalade guerrière et qui demandaient une autre réflexion, une autre action de notre pays, mais aussi des Etats Unis, de l’Europe, des pays du Golfe, de l’ensemble de la communauté des Etats. Une autre réponse pour mettre fin au terrorisme, à la violence des guerres qu’il génère et  pour protéger ceux qui en sont victimes. Nos dirigeants sont effectivement tombés dans le piège de Daesh.

Comme beaucoup, je pense qu’à défaut d’une réponse globale, et pas uniquement sécuritaire, on se voit imposé dans l’urgence des mesures « pour nous protéger », dont les résultats seront difficiles à évaluer. Par contre elles réduisent déjà nos libertés, limitent notre liberté d’expression et augmentent les discriminations et les tensions dans notre société. Alors soyons vigilant, et osons dire non en étant créatif pour protéger nos libertés et dénoncer les doubles discours, comme le fait Maxime Combes ce matin après l’interdiction des marches pour le climat à Paris. Le Patriot Act aux Etats Unis devait être temporaire, il n’a jamais été levé, en dépit des nombreuses protestations qu’il a soulevé. Nous ne devons pas accepter cela en France. Comme beaucoup, je m’interroge sur la mobilisation diplomatique invoquée par François Hollande : bien sûr elle est nécessaire. La diplomatie a un rôle essentiel à jouer dans la lutte contre le terrorisme. Mais comment les attentats de Paris pèseraient ils au point de changer la donne internationale et créer une union sacrée internationale qu’aucun pays n’a réussi à générer jusqu’à présent ?

Ne sommes-nous pas assez nombreux pour exiger que nos dirigeants cessent de nous aveugler par des double langages qui ne rassurent personne  entre protection des droits humains, ventes d’armes et alliances à géométrie variable, comme le rappelait Human Rights Watch en août dernier ? Ne sommes-nous pas assez nombreux à nous interroger à haute voix sur l’impact des décisions qui sont prises en ce moment, pour être écoutés ? Des conséquences pour nous-mêmes, mais aussi pour nos semblables, civils en Syrie, en Iraq, au Yemen, au Liban, et en Europe :  pour nos voisins Européens,  et pour tous ceux qui y cherchent refuge en ce moment ?  Ils fuient ces mêmes bombes qui nous ont frappées ce week-end, et  les associations ont été nombreuses à rappeler aux pouvoirs publics leurs obligations, et l’urgence d’agir mais également à partager des recommandations concrètes. Ne sommes-nous pas assez nombreux pour être entendus ?

Ce week-end sur twitter on pouvait lire « Don’t pray for Paris, think ! » - ne priez pas pour Paris, réfléchissez. Réfléchissons, agissons ensemble pour la paix, la solidarité, la compassion pour tous, partout, sur tous les fronts ; et pour demander des comptes à ceux que nous avons élus. C’est la seule solution.

La seule solution pour ne pas céder à la peur, ne pas renoncer à nos libertés et nos valeurs, mais vouloir les vivre et les partager encore plus. La seule solution pour retrouver confiance, pour nous, nos enfants, pour tous.

 

 

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