« Changer le système… » : Pourquoi je n’ai pas mis de drapeau à ma fenêtre

Vendredi dernier un hommage était rendu aux 130 victimes des attaques du 13 novembre. Drapeaux tricolores en berne et tweets #FierdelaFrance; Une unité nationale savamment orchestrée à laquelle il était difficile d'échapper sans se sentir vaguement coupable. Mais riposte sécuritaire à défaut d'une réponse globale, et hypocrisie COP 21 c'est le système qu'il faut changer.

Vendredi dernier un hommage solennel était rendu aux 130 victimes des attaques du 13 novembre par le Président de la République et plus de 2000 invités dans la cour des Invalides. Afin de compléter cet hommage,  les citoyens français avaient même été invité à accrocher drapeaux tricolores aux fenêtres et twitter #FierdelaFrance. Une unité nationale savamment orchestrée à laquelle il était difficile d’échapper sans se sentir vaguement coupable. Et pourtant non je n’ai pas pu accrocher de drapeau tricolore à ma fenêtre, et non je n’ai pas twitté que j’étais #FierdelaFrance.

Depuis le 13 novembre, la France entière a crié sa douleur et rendu hommage aux victimes à travers les témoignages et gestes touchants et dignes, souvent anonymes de milliers de citoyens. Les larmes versées, les fleurs, les bougies, la musique, les mots et les rassemblements ont témoigné de la douleur des français mais aussi, partout, comme un leitmotiv, de la volonté de ne pas céder, de ne rien lâcher au terrorisme. De continuer la vie, l’engagement, la solidarité face à la haine et à la violence aveugle. Et là, oui la France était fière. Cet hommage citoyen, pluriel, multiple est le plus beau des hommages.

Solidarité nationale oui, mais les questions posées par la réponse française aux attentats sont trop fortes pour se sentir à l’unisson de cette orchestration volontairement menée par le gouvernement. 

Dans l’ordre et dans le désordre, un gouvernement qui interdit les manifestations, mais maintient les marchés de Noël ; qui réforme dans l’urgence la constitution, sans laisser place au débat ; qui assigne à résidence des militants de la COP 21 et qui établit l’état d’urgence pour trois mois. Un gouvernement qui répond au terrorisme par une escalade martiale et nous inonde de discours où il n’y pas d’arguments assez forts pour tenter de justifier toutes les mesures et décisions prises, y compris en affolant parlementaires et citoyens par des allusions sur des menaces « possibles » d’attaques chimiques et biologiques, ou encore pour expliquer le revirement de position sur la Syrie, et la main tendue à Vladimir Poutine, pour tenter de créer une coalition efficace contre Daesh, après des mois (des années ?) dans l’impasse.  Une riposte militaire, sécuritaire, partielle plus qu’une réponse globale, sécurisante, sociétale, illustrant un vrai désir de prendre en compte, et répondre aux causes profondes des attentats.

 Les solutions pour établir plus de sécurité pour tous en France, et dans le monde existent, et nous les connaissons. Respect des droits humains, sécurité physique, climatique, économique, alimentaire, depuis le 13 novembre, et en amont de la COP 21,  chercheurs, associations, journalistes, écrivains, cinéastes ont publié et témoigné abondamment sur  les solutions à adopter, en France, et au niveau mondial pour établir plus de sécurité dans le monde.

« Changeons le système et pas le climat » rappellent les militants écologistes. Hier, au milieu des 10 000 personnes de la Chaine humaine pour un Climat de Paix, créée en réponse à l’interdiction de manifester, j’étais fière de la France.  Quand les gouvernants entendront enfin ces voix, je mettrai peut-être alors un drapeau à ma fenêtre.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.