La dictature des bons sentiments

Ce texte est un condensé du dernier numéro de Landemains. Landemains est un magazine indépendant landais issu de 10 années de luttes locales et de défense de l’environnement contre des projets de bétonnage de la côte landaise, (golfs, vagues artificielles, centres commerciaux etc). Le texte complet est téléchargeable ici : http://www.noutous.fr/Landemains/9-Printemps-Ete-2020-online.pdf

Introduction

La crise sanitaire que nous traversons, comme les crises qui s'annoncent, qu'elles soient économiques ou liées au réchauffement climatique et à la destruction du vivant, n'est pas un coup du sort de l'histoire. Elle est la conséquence directe, tant pour l'existence de la maladie que pour le manque de moyens pour la soigner, de décisions prises par une poignée d'hommes au nom de l'humanité toute entière. D'après la stricte définition du dictionnaire, ce que nous appelons lobbies sont des mafias, ce que nous nommons décisions sont des complots.

La privation de libertés pour des raisons supérieures de santé porte un nom : dictature. Cette dictature, nous l'avons nommée dictature des bons sentiments. Car elle s'ancre au plus profond du déni et se nourrit du mythe que nos bons sentiments virtuels, faisant taire les voix éparses qui continuent de défendre la vérité, finiront par faire disparaître une réalité impossible à supporter.

Ce texte décrit les mécanismes à l’œuvre, dans l'espoir que quelques hommes et femmes saisiront cette opportunité pour choisir le camp du réel, se rassembler, et combattre la dictature présente et celles qui se profilent.

 

 Qu’est-ce qu’un complot ? 

Selon la définition du Larousse, il s’agit d’une « atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » et « par extension, projet plus ou moins répréhensible d'une action menée en commun et secrètement. »

Le lobbying, d’après le Larousse, est une « action menée par un groupe de pression en vue d’obtenir quelque chose. »

Dès lors que cette action est menée volontairement en secret - c’est à dire en dehors du champ d’investigation des médias, hors de la volonté d’en informer le public - et dès lors qu’on juge qu’elle est nuisible à une nation ou à une population, ce que nous appelons lobbying est en fait très clairement un complot.

Les lois commerciales protègent ces pratiques, les secrets industriels, et rendent les choses illisibles pour le commun des mortel - c'est à dire pour l'immense majorité des gens - en mettant les populations à la merci du matraquage publicitaire des grandes entreprises. Lorsque nous aurons constaté qu'une grande partie des ces brevets et secrets industriels participent au réchauffement climatique, à la disparition de la biodiversité, à la perte des savoirs, des techniques et pratiques traditionnelles, au monopole de quelques uns au détriment de tous, nous aurons prouvé que le complot, intégré à la loi du marché et protégé par les lois des États, est la pratique en vigueur sur toute la surface du globe selon la définition stricte du dictionnaire.

 « Une mafia est un groupe occulte de personnes qui se soutiennent dans leurs intérêts par toutes sortes de moyens »,  nous dit le Larousse.

D’après les strictes définitions du dictionnaire, le monde est donc aux mains de mafias qui complotent contre les nations et contre les peuples. Pour se défendre de cet état de fait, les mafias - les pratiquants des complots - qui possèdent la grande majorité des médias mondiaux, ou les ont intégrés à leur réseau, utilisent les voies de communication pour opérer un renversement sémantique et culpabiliser dans l’imaginaire collectif ceux qui tentent d’extraire avec leurs moyens une réalité cachée, occulte - donc complotiste - en les accusant de véhiculer « la théorie du complot ».

 

 Qu’est-ce qu’une dictature ?

Une dictature est un régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes qui l’exercent sans contrôle, de façon autoritaire. Par extension, influence extrême de quelque chose.

Pas besoin d’être spécialiste pour constater que le confinement de plus de la moitié de la planète est une expérience unique dans l’histoire de l’humanité. Un petit noyau de gouvernants et de conseillers a imposé de manière autoritaire - c’est à dire, sans vote, sans consultation des populations, sans prérequis démocratique - , sur la foi des recommandations de l’OMS, organisation subventionnée en grande partie par des capitaux privés, une privation de liberté par des décisions autoritaires sous le contrôle des services de police et des administrations. Ce régime est par essence et par définition un régime dictatorial. Le propos n’est pas spontanément d’émettre un jugement de valeur mais bien de constater que nous faisons l’expérience d’une dictature à l’échelle du monde.

Il n’est jamais très sain d’obéir à des mesures totalitaires sans analyse aussi objective que possible des raisons qui puissent les justifier ou les faire admettre, car il est un fait certain qu’aucun régime dictatorial n’a prétendu autre chose que de vouloir agir pour le bien de sa population.

On peut résumer ces raisons à la seule et impérative santé des gens. Ce qui devrait nous rassurer - des mesures draconiennes pour la santé des gens - est pourtant en droit de nous inquiéter.

Et il faut bien se rendre à l’évidence, à l’étude objective des chiffres et des enjeux, on a du mal à comprendre ce qui peut justifier de telles mesures. Les esprits critiques – que la presse à la botte des mafias complotistes telles que définies plus haut désignent comme adeptes des « théories du complot » - qui constatent que les chiffres des décès dus au coronavirus sont ridicules par rapport à ceux de la faim dans le monde ou de la malnutrition, aux ravages de certaines autres maladies bien plus mortelles et pour lesquelles il existe des moyens de lutte, aux conséquences des pollutions industrielles, etc. ont-ils tort ? Il est certain qu’au regard des chiffres bruts, non. Une dictature mondiale ne peut donc pas se justifier au regard du nombre de décès dus au Covid 19.

 

Justifier une dictature

Il ne peut donc s’agir que de prévenir ou du moins d’enrayer une catastrophe encore plus grande et dont ne nous ne pouvons connaître l’ampleur. Pourtant les pires scénarios nous mènent à une simulation d’environ 40 Millions de morts dans une population mondiale qui augmente de 80 Millions d’individus chaque année. Alors bien sûr, le Covid 19, ce n’est pas la grippe. Mais on est cependant en dessous des chiffres de la seule malnutrition.

Alors tout le monde se pose secrètement cette question : est-il raisonnable de risquer une crise économique planétaire sans précédent simplement parce qu’il n’y a pas assez de moyens et de respirateurs pour soigner les malades d’une pandémie somme toute peu mortelle ? Ceci sous-entend que le monde qui se pose cette question a déjà oublié que le contexte économique préalable au coronavirus était déjà celui de l’effondrement du système capitaliste. De toute évidence, le coronavirus ne sera pas la cause des crises à venir, il en est plutôt, sinon une conséquence, au moins un symptôme, puisqu’il est admis que le passage des maladies des animaux à l’homme est consécutif à la disparition du vivant et aux conditions d’exploitation de la terre dans des processus agricoles criminels, et qu’il est constaté que l’impossibilité d’accueillir dignement les malades d’une épidémie connue et prévisible est due à des décisions politiques et économiques de restriction et de privatisation du bien commun.

Y-aurait-il quelque chose que nous ne sachions pas ? Un petit groupe de personnes peut-il tirer profit d’une telle situation ? Quelle est la part d’imprévu et de prévu dans ces évènements ? Quelle est la part d’improvisation et de concertation dans les décisions ? Les mafias prennent-elles part aux décisions ? Comment ? Le coronavirus est-il une aubaine pour masquer la réalité d’une crise économique inéluctable préexistante ? Quelle est la nature du complot à l’œuvre ? Comment, par qui, pourquoi s’installe la dictature ? etc.

Nous ne tenterons pas de répondre à ces questions de manière frontale, d’abord parce que la réalité est fatalement plus complexe que toute tentative de la simplifier en quelques lignes sans moyens d’investigations, qu’en matière de prévision scientifique le maximum de prudence est requis, enfin parce que le contexte médiatique rend pratiquement inaudible pour le commun des mortels la critique d’une situation qui semblerait ne réclamer que de la solidarité.

Nous tenterons plutôt d’analyser le contexte qui rend impossible de formuler ces questions quand elles sont pourtant les seules qui permettent d’avancer dans la compréhension du réel.

 

Et le déni dans tout ça ?

On aurait presque oublié avec tout ça le contexte dans lequel nous vivons. Si l’on en croit les scientifiques - ceux à qui selon notre Président il faut désormais faire confiance - le réchauffement climatique combiné à la disparition des espèces, à la montée des eaux, aux migrations de populations, aux conséquences économiques irréversibles d’une croissance désormais impossible, nous dirigent à terme proche d’une cinquantaine d’année vers des catastrophes susceptibles au mieux de diviser par 2 la population mondiale, c’est à dire à faire disparaître par mort violente 4 ou 5 Milliards d’individus, voire de faire disparaître l’humanité de la surface de la terre.

Mais l’enjeu n’est pourtant pas de savoir si le coronavirus est là intentionnellement pour nous faire oublier l’effondrement écologique et économique ou si ce processus psychologique s’opère tout seul. Il ne convient de se poser que les questions auxquelles il est possible de répondre. Le fait de constater que cette mécanique se déclenche et nous plonge collectivement dans des réactions totalement irrationnelles suffit à nous prouver que nous sommes encore plongés, individuellement et collectivement, au plus profond du déni.

  

Le culte de l’irrationnel

Nous sommes si absorbés par des fictions en tous genres que nous nous obligeons à considérer le réel comme une fiction.

Dans son petit essai « Le réel n’a pas eu lieu » Michel Onfray livre une analyse du don Quichotte remarquable. On a voulu faire de Don Quichotte le héros qui poursuit un idéal, le poète épique qui par la seule volonté de son esprit change la vulgarité du monde en une aventure extraordinaire, alors qu’il n’est qu’un imbécile névropathe qui prend ses désirs pour la réalité, la vessie de sa vanité pour une lanterne. Don Quichotte a construit un mythe de la vie en marge de la vie qui l’empêche de voir la réelle beauté du monde et duquel il ne peut se détacher sans se détruire lui-même. Il est l’antithèse du philosophe et du poète.

Comme Don Quichotte, on ne sait même plus comment distinguer la croyance de la connaissance. Le veut-on ? Le peut-on ? Non, il n’est pas si simple d’arrêter de croire, et c'est pourquoi, apparemment contre notre volonté, nous subissons comme Don Quichotte tous les désagréments, toutes les branlées nées d’une fiction qui ne disparaît pas mais au contraire devient de plus en plus réelle tant et si bien qu’elle infecte tout le monde et que le vrai lui-même est englouti dans le fictif.

Nous sommes terrifiés par la croyance. 

 

Orwell ou Huxley, il faut choisir

Neil Postman avait déjà souligné en quoi les formes fondamentalement modernes de gestion de la démocratie diffèrent des modèles descendants classiques de propagande du début du XXe siècle (Neil Postman, Se distraire à en mourir - 1985) :

"Orwell craignait ceux qui interdisent les livres. Huxley craint qu’un jour il n’y ait aucune raison d’interdire les livres car il ne restera plus personne pour les lire. Orwell craignait ceux qui nous cachent des informations. Huxley craint tellement ceux qui nous submergent de tant d’informations que nous ne pouvons nous en sauver que dans la passivité et l’autoréflexion. Orwell craignait que la vérité ne nous soit cachée. Huxley craint que la vérité ne disparaisse dans une mer de non-pertinence."

Postman conclut son analyse par des mots plus valables que jamais pour diagnostiquer aujourd’hui: « Les gens du Meilleur des Mondes ne souffrent pas parce qu’ils rient au lieu de penser, mais parce qu'ils ne savent pas de quoi ils rient et pourquoi ils ont arrêté de penser. »

 

Les Don Quichotte d’un changement qui n’existe pas

Le virus le plus dangereux et le plus contagieux du monde est bien celui de la croyance. Le déni s’enracine au plus profond d’une foi aveugle dans un mythe que nous avons construit pour substituer à une réalité insupportable, une fable qui puisse redonner un sens à notre passivité et à notre absence de réaction. Une bonne conscience falsifiée à coup de mensonges.

Le déni se nourrit de la croyance qu’il suffira de se changer soi-même pour changer le monde.

Le déni se nourrit de la croyance que la croissance est le seul horizon possible.

Le déni se nourrit de la croyance que l’économie est la seule manière de gérer les rapports entre humains.

Le déni se nourrit de la croyance que la technologie est nécessairement un progrès pour l’homme.

Le déni se nourrit de la croyance qu’il n’y a pas de complot mais simplement de la politique.

Le déni se nourrit de la croyance qu’aucun autre monde n’existe, n’est souhaitable, n’est possible.

Le déni se nourrit de la croyance que le bonheur est une affaire personnelle et qu’il ne tient qu’à nous de changer notre regard sur les choses, même les pires.

Le déni se nourrit de la croyance que même si tout ne va pas pour le mieux, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.

Nous sommes les Don Quichotte d’un idéal que nous savons illusoire, et Sancho, qui ne sait plus comment dire à son maître que non, décidément, les chevaliers qu’il affronte ne sont que des moulins à vent, est un salaud.

 

La dictature des bons sentiments

Dès lors que la cohésion des populations et que la paix sociale reposent sur des croyances, le système ne peut plus compter que sur l’adhésion sans faille à ces croyances, adhésion qui se concrétise dans une prétendue solidarité.

On le voit, c’est une manière de déplacer l’analyse du réel sur le terrain de l’affect et des sentiments.

Plus la crise se précise, plus la réalité se fait pressante, et plus l’adhésion à une solidarité sans condition devient la nécessité absolue. Dès lors, tous ceux qui osent formuler des doutes sont susceptibles de passer pour des traîtres. Car ce que réclame en premier lieu cette solidarité, c’est de se taire et de partager le discours unique qui est celui de la mythologie en place. Celui du déni.

 

La mécanique qui se déroule sous nos yeux annonce celle de la décadence et des crises à venir, qu’elles soient économiques ou liées à l’effondrement de la biodiversité et au réchauffement climatique. Il ne sera plus jamais temps de juger, de discerner, de reconnaître des erreurs, de choisir de nouvelles voies mais au contraire de bâtir une solidarité d’autant plus insupportable qu’elle sera scellée du ciment du mensonge et du déni.

 

Pour ne pas blesser l’autre, pour ne pas le juger, pour ne pas émettre de critique non constructive, pour ne pas émettre d’ondes négatives, pour ne pas créer de clivages, on est prié instamment de se taire. La bienveillance, la communication non violente, pour ne citer qu’elles, sont devenues l’argument massue pour faire taire ceux qui tentent désespérément de réveiller les consciences ou simplement d’opposer quelques objections au consensus vide des bons sentiments.

Le renversement sémantique s’est opéré de la même manière que pour les comploteurs.

La dictature qui s’annonce est celle de la solidarité et des bons sentiments, dont chacun est de fait le garant. Il aura suffi d’agiter la peur devant les médias du monde entier pour convaincre plusieurs milliards d’humains de rester chez eux, quand les appels au secours répétés et les images d’enfants qui crèvent de faim n’auront réussi qu’à conforter le business de multinationales criminelles soutenues par des mafias mondialisées.

  

Débrancher tout et fermer sa gueule

Nous vivons une dictature, nous faisons l’expérience d’une privation de liberté pour des raisons qui finalement restent confuses. Des hélicoptères nous surveillent, nous empêchent d’aller à la plage, de nous promener en montage, même seuls. La mécanique de la méfiance et de la délation s’organise dans la population. On commence à regarder son voisin de travers,  cet autre susceptible de propager la mort. Les mécanismes de l’installation d’une dictature, toute la sociologie jusqu’alors virtuelle des exemples qui jalonnent l’histoire se réalisent sur nos yeux, nous en sommes les otages et quelle est notre réaction ? Nous faisons des commentaires sur Facebook. Et pour la plupart nous y exprimons notre joie de vivre, nous redoublons d’inventivité pour accepter la situation, nous adapter. Nous prétendons utiliser les réseaux sociaux entièrement contrôlés par le système et les mafias du net pour utiliser notre liberté d’expression alors qu’ils sont le lieu essentiel du contrôle des individus. Nous prétendons utiliser les réseaux sociaux entièrement contrôlés par le système et les mafias du net pour créer du lien alors que la société virtuelle est l’élément principal de la destruction du lien en même temps que l’organe de surveillance et de manipulation des masses.

Il n’y a qu’une solution, lorsque la parole passe obligatoirement par le réseau de ceux qui la contrôlent, c’est de se taire.

Refuser la dictature mondiale, c’est se résoudre au contraire à ne parler qu’à celles et ceux qui sont à notre portée. À portée de voix, à portée d’écriture, à portée de main, à portée de cœur.

Refuser la dictature mondiale, c’est accepter d’entrer en rébellion, de rompre avec toute forme de reconnaissance et de mettre son talent d’artiste et de créateur au service de la vie.

Refuser la dictature mondiale, c’est s’extraire des comptes, des statistiques, des études, c’est récupérer tout ce qui est en notre pouvoir de latitude à être par soi-même et pour soi-même, à construire et reconstruire avec l’autre un univers, minimaliste certes, mais réel, où cultiver de vrais sentiments, de vrais réflexes humains, des interactions influencées le moins possible par tout le vacarme extérieur du monde.

 

Un parc naturel pour humains, si l’on veut.

Et dans ce parc, qu’y-a-t-il ? Il y a tout ce que nous avons. Il y a tout ce que nous savons. Il y a tout ce que nous sommes d’amour une fois délivrés de la peur. Il y a tout ce qu’est le réel une fois délivré du mensonge. Il y a tout ce qu’est la nature une fois délivrée de notre avidité à la détruire. Il y a toute la philosophie, la science, la culture, une fois débarrassées du joug de ceux qui les tenaient prisonnières de leurs ambitions et leur cupidité.

Il y a la véritable hérédité, le souvenir, la vie éternelle de tous ceux qui ont porté cette vie jusqu’à nous, dans leurs bras et dans leurs cœurs.

Pas une arche de Noé, 1000 arches. Pas le meilleur des mondes, 1000 mondes. Avec entre les mains de chacun, derrière ses poings, bien serrée, un minuscule miette d’avenir.

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