PLACEMENTS ABUSIFS - ENLEVEMENTS D'ENFANTS

Bonjour à tous, 

 

suite à l'édition et la diffusion de mon livre "Espoir aux Frontière de l'Irréparable" qui traitait des abus sexuels subis par les enfants avec des témoignages d'adultes racontant leur calvaire, j'ai découvert les dysfonctionnements des services sociaux et de la justice.

Depuis environ deux ans, je travaille sur un nouveau livre traitant principalement des placements abusifs d'enfants et de décisions de justice aberrantes qui s'appuient sur des expertises d'expert attachés à des juges d'enfants ou d'affaires familiales.

Ces livres rassemblent des témoignages qui sont souvent suffisamment étayés et soutenus par des personnes équilibrées et responsables, donnant la preuve d'une dérive qui ressemble plus à un abus de pouvoir permettant de faire tourner "la boutique" que d'un vrai travail au sens déonthologique du terme en matière de service social. Nous arrivons à l'inverse de ce qui était prévu : des familles sont déchirées et fracassées alors que les enfants et les parents rêvent d'être ensemble, et d'autres enfants qui auraient besoin d'être vraiment protégés ne le sont pas : dixit le petit de la machine à laver. Les témoignages de son frère et des voisins sont assez explicites quand aux dangers que courait cet enfant non désiré.

Je vous confie en avant première le témoigage de Cascie, emblématique d'une justice qui confie les enfants au parent agresseur et condamne psychiquement et physiquement le parent protecteur, ce n'est malheureusement pas un cas isolé, voir le cas de Valérie Dubois, mise en psychiatrie suite à un faux induit par son mari et concrétisé par un psychiatre peu scrupuleux ou bien manipulé par le mari et qui n'a toujours pas récupéré ses enfants. Des cas semblables sont bien trop nombreux et je ne veux pas attendre que cela vous arrive pour vous raconter une réalité incroyable.

Dessin réalisé par Elodie la fille de Cascie :

Son dessin illustrera la couverture du livre qui va sortir en décembre aux Editions Egalité : Rafles d'enfants en 2015

Je coécris ce livre avec Olivier Gosselin Psychiatre de Strasbourg, qui soutient de nombreuses familles dans la France entière.


               RAFLES D'ENFANTS en 2015 

 

 Une traversée sans fin pour Cascie

 

Mon parcours : La justice m’a fait plonger, il fallait que je traverse le bassin pour rejoindre Alexis et Elodie.

Je sais que je vais y arriver, ils sont là, me regardent, attendent eux aussi.

 

Ce que je ne connais pas encore, c’est la durée de la traversée, un an maximum ?

 

Il m’aura fallu 8 ans de traversée.

 

Pendant cette traversée, Alexis et Elodie m’ont donné une énorme bouée qui me tenait de la taille jusqu’aux aisselles, elle a tenu 8 ans cette bouée, pourtant les juges m’ont mis aux pieds et aux poignets des bracelets chargés de plomb, au fil des années, ces bracelets ont grossi, j’ai mal, ça me fait mal au dos, aux jambes et aux bras, mais la bouée me fait tenir le coup.

 

Je suis épuisée mais tout au long de mon parcours, plein de personnes arrivent à me délester un peu de mes poids. La justice me refait prendre ces poids, la bouée de Alexis et de Elodie, elle ne bouge pas, même si je ne ressens plus mon corps, j’avance, je vais arriver de l’autre côté.

 

Au bout de 8 ans, j’arrive enfin sur le côté tant attendu, je touche du doigt la nouvelle vie qui va s’offrir à nous, je l’imagine pour la première fois, je ne ressens plus mon corps mais tout va aller mieux.

 

Et paf, tout cela n’était que chimère, je me retrouve cette fois-ci au milieu d’un océan, pendant ce voyage, j’y ai laissé ma bouée, elle a explosé en route, par contre les bracelets sont toujours là, plus de bouée pour me sentir un peu plus légère, les poids sont trop énormes, je ne vois plus Alexis et Elodie, c’est fini, je les ai perdu, tout le monde me dit de continuer mais continuer quoi, je ne sais pas où aller, je ne sais plus quelle direction prendre, je suis perdue avec mes plombs aux pieds et aux bras, je n’arrive plus à me maintenir hors de l’eau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Courrier adressé à Cascie par Pierre K. Expert psychologue auprès des tribunaux :

 

 

C’est avec plaisir et avec une certaine admiration que je rends hommage à votre force de caractère, à votre sensibilité et à votre générosité.

Car, mal traitée, vous l’avez été :

Et pas par n’importe quelle Instance : c’est la justice qui vous a fait violence, à vous et à vos enfants.

 

En tout aveuglement quant à ce qu’il en est de la sensibilité et des besoins affectifs d’enfants aussi jeunes vis à vis de leur mère, elle a décrété que vous ne les recevriez plus qu’un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

Et les experts invités à se prononcer avaient très hâtivement, laissé entendre que vous pourriez être nocive pour vos enfants !

 

Traumatisme pour vous.. Traumatisme pour vos enfants…

Car comment ne pas croire la justice, comment ne pas croire les experts…

Bien des femmes auraient douté d’elles mêmes pour moins que cela.

Mais c’est en vous même que vous avez cru, et vous avez eu raison.

Pourtant, il fallait en trouver de l’énergie et vous l’avez trouvé dans l’amour que vous portez à vos enfants et qu’ils vous rendaient bien.

Sans désespérer de faire revenir la justice sur ses décisions, vous ne l’avez pas attendue…car vos enfants ne pouvaient pas l’attendre pour se construire auprès de vous.

Vous avez parié sur vous même.

 

Ce pari, c’était que, malgré le peu de temps que la décision de justice vous laissait passer auprès de vos enfants, la qualité de présence que vous alliez avoir auprès d’eux leur permettraient de mettre, dans leur tête et dans leurs cœurs, la maman dont ils avaient besoin d’être fiers… celle qui leur ferait vivre ce qu’être aimé veut dire, celle qui oubliant sa propre peine, pourrait les consoler des leurs.

Et surtout, celle qui leur apprendrait à aimer… pour la vie.

 

Savoir aimer, ce bagage sans lequel une vie a peu de prix !

Mais alors, pas question de vous effondrer… pas même le droit !

Pour ma part, je vous voyais lutter  mais je ne savais pas du tout quelle serait l’issue de ce combat.

J’avais confiance en vous, mais je me demandais si vous n’étiez pas lancée, malgré vous dans une « mission impossible »

Comment la remplir, avec si peu de temps auprès de vos enfants ?

Pourtant, vous avez su éprouver et communiquer les émotions les plus justes et humaines, et trouver les mots les plus justes, week-end après week-end, petites vacances après petites vacances….

 

A travers vous, vous leur avez fait aimer la vie.

J’ai entendu ces émotions dites par vous, j’ai entendu les paroles choisies que vous leur adressiez et j’ai parfois eu l’impression qu’il s’agissait d’un travail d’orfèvre ou d’un travail d’artiste….

Bref, d’une création d’une grande authenticité venue du fond de votre cœur, de votre intelligence du cœur.

 

Aujourd’hui, je crois que vous avez gagné :

Alexis a retrouvé ses possibilités de penser et d’investir sa scolarité, échappant, grâce à vos soins à ce qui aurait pu être un effondrement.

Elodie se projette de petite femme allant et devenant grande.

Elle qui a pourtant été blessée par la violence faite à la femme et à la mère que vous êtes, a reçu de vous, pourtant de quoi prendre confiance dans son avenir de femme et de mère. Elle s’est appropriée la fierté de son sexe, et les symboles de sa féminité.

Sans votre ténacité à aimer et à donner, qui sait si elle aurait pu adopter son corps féminin et envisager sereinement son avenir de femme ?

 

Vous vous êtes comportée dans l’adversité, Cascie comme une grande dame.

 

 

 

 

 

 

Maintenant Cascie vous raconte son histoire :

 

 

I : De ma rencontre avec CYRIL au début du processus judiciaire.

 

J’avais 25 ans, j’habitais le Nord de la France et exerçais la profession d’enseignante lorsqu’un jour de mai 1998, un établissement scolaire m’appelle pour effectuer le remplacement d’un professeur pendant quatre mois.

 

Je décide d’accepter ce poste pourtant bien loin de mon domicile : dans le Sud, dans une ville nommée Bergin, à une centaine de kilomètres de Varget, lieu d’habitation de mes parents.

 

Venant me renseigner pour un logement, je croise la sœur d’un homme nommé CYRIL, à peu près du même âge que moi, qui me propose très gentiment de loger durant ces quatre mois chez ses parents à Bergin. C’est à ce moment que j’entre dans la vie de CYRIL et de ses parents, une famille étrange mais très gentille. Tous m’ont accepté comme s’ils m’avaient toujours connue.

 

Très vite, une bonne entente se crée, les parents se livrent à moi, me considèrent comme un membre de leur famille à part entière. La maman de CYRIL, qui fréquente l’asile psychiatrique à une vingtaine de kilomètres de son domicile, se prépare pour un nouveau séjour. Je la trouve bizarre, les siens m’expliquent la dépression post partum qu’elle a subie à la naissance de CYRIL. Le papa de CYRIL m’indique également qu’à la naissance de la sœur cadette, sa femme a du renouveler son séjour et qu’ils ont alors abandonné CYRIL âgé de trois ans. Abandonner est un mot très lourd, mais il convient bien pour décrire cette situation qu’inconsciemment, je connais déjà. CYRIL n’a eu aucune explication, il s’est réveillé, un matin, chez sa grand-mère, à laquelle il a été confié, sans ses parents et dans l’ignorance. Ils m’ont soutenu qu’ils agiraient de la même manière aujourd’hui.

 

Consternée par différentes révélations (le viol, par un oncle de la sœur de CYRIL, mais tu par la famille : la maman se promène toute nue dans la maison en cherchant ses serviettes hygiéniques) je me pose évidemment des questions, mais suis loin d’imaginer que cette famille n’est pas tout à fait comme les autres. Sans doute n’ai-je pas assez de recul sur ma propre vie familiale pour faire la différence entre gens étranges et personnes psychiatriquement malades. Un sentiment de pitié à l’égard du papa et de CYRIL m’envahit presqu’aussitôt après mon arrivée dans cette famille.

 

Très vite, CYRIL m’attire, j’ai le sentiment de pouvoir lui amener du réconfort et de me sentir utile à ses côtés. C’est ainsi que quelques mois plus tard, j’apprends que j’attends un enfant de lui. A l’annonce de cette nouvelle, CYRIL me demande d’avorter. Cette solution aurait pu être envisagée si CYRIL m’avait expliqué les raisons de son choix. Mais devant cette seule phrase, je prends la décision de garder mon bébé.

 

Je lui demande alors s’il veut vivre avec moi, mais comme transporté par mes paroles, il ne prend aucune décision. Sans me poser de questions quant à ses bizarreries – mon enfant aurait un père –je cherche un appartement à Bergin. CYRIL me suit.

Je vis ma grossesse seule. Je m’en fais une raison puisque CYRIL ne voulait pas du bébé.

 

De mon côté, je vais devenir maman. Chaque jour, je suis donc l’évolution du bébé à travers différents livres et m’interroge sur les étapes de son développement. Je passe outre les bizarreries de CYRIL, ses discours incohérents, ses réponses totalement décalées. Je porte la vie et rien n’est plus important.

 

Je suis enceinte de 6 mois lorsque le père de CYRIL appelle son fils et lui demande de passer le voir. CYRIL m’explique que sa mère ne va pas bien. A son retour, il paraît comme à son habitude, il regarde la télévision et va se coucher. Le lendemain matin, il m’informe : « Ma mère est morte hier soir, je ne te l’ai pas dit ? » Ne comprenant pas son ton neutre et sans émotion, je lui demande de répéter. Je m’effondre alors. La mort d’un proche est, pour moi, insoutenable. Elle n’avait que 50 ans.

 

CYRIL ne s’intéresse toujours pas au bébé, ni au reste d’ailleurs. Je l’excuse. La naissance d’Alexis se passe, un moment inoubliable, qui aurait malgré tout été mieux vécu si j’avais été accompagnée. Les douleurs sont moins douloureuses quand elles sont partagées. Mais il dort pendant que mes cris le supplient de m’aider. Et je dois me débrouiller toute seule.

 

Si CYRIL est physiquement présent à la maternité, sa présence se limite néanmoins au fait d’être assis sur une chaise. Sa famille aussi est présente, trop présente, ma chambre étant devenue leur lieu de rendez-vous après le travail. C’est long, je suis fatiguée, mais que faire ?

 

CYRIL a prétexté être occupé, alors qu’il travaille à côté de la maternité et se libère quand il veut. Ma mère, qui habite à plus de cent kilomètres,  a quitté son travail et vient nous récupérer, Alexis et moi,  à la sortie de la maternité.

 

Quelques jours après la naissance d’Alexis, nous emménageons dans une maison située à Dibo, à quelques kilomètres de Bergin.

 

Le semaines passent jusqu’au moment tant redouté des mamans : la reprise du travail. Pourquoi devrais-je laisser mon fils à une nounou, pourquoi ne pourrais-je pas avoir le privilège  de m’en occuper la journée ? Sans solution face à cette question et devant l’expérience des parents qui m’entourent, je pars à la recherche de la nounou idéale pour mon fils. J’obtiens finalement une place en crèche.

 

Je reprends le travail la veille des vacances de Noël et peut compter sur ma mère qui viendra, pendant cette journée, garder Alexis, CYRIL et son père ne se préoccupant, quand à eux, que du repas qu’il faudra préparer chaque jour. C’est avec une boule au ventre que je pars travailler le matin.

 

Mais quelle joie, à onze heures et demie, de voir ma mère et mon fils qui m’ont fait la surprise de venir me chercher. Et quelle joie également de me retrouver avec des adultes, d’aider des adolescentes dans leurs exercices de maths, de me sentir femme et maman aux yeux de tout le monde. Une expérience inoubliable, comme toutes celles que j’ai vécues avec Alexis.

 

Chaque mimique, chaque gazouillement et chaque sourire restent des souvenirs gravés dans ma mémoire pour la vie. Ils sont gravés également sur les photos que je prends chaque jour et que je relie dans des albums photos. Je tente d’intéresser CYRIL à son fils, lui demandant de lui raconter une histoire, de jouer aux cubes. Il obéit, mais sans émotions, sans plaisir.

 

Je tombe rapidement enceinte d’un deuxième enfant. Malgré un nerf sciatique qui m’empêche de me mouvoir, ma grossesse se passe sans souci. Alexis est très calme et met sa tête sur mon ventre, comme s’il comprenait. CYRIL ne m’aide pas et refuse de s’occuper d’Alexis. Mon fils n’a donc pas d’autre choix que d’apprendre rapidement à grimper les escaliers à quatre pattes, je le suis tant bien que mal, également à quatre pattes.

C’est à ce moment-là que la vérité apparaît à mes yeux, CYRIL n’est pas normal, il est, comme sa famille, hors normes. Ma confiance en moi s’en va avec mes illusions. Mais tant pis, je suis prête à sacrifier ma vie de femme pour assurer  une « famille classique » à mes enfants.

 

Dix-huit mois après la naissance d’Alexis, je donne la vie à ma fille Elodie. A l’hôpital, Alexis, accompagné de ses grands-parents maternels vent nous voir, se couche dans mon lit et ne tient pas compte de cette petite chose endormie dans son berceau. De retour de la maternité, Alexis ne se lasse pas de s’occuper de sa petite sœur, lui faisant bisous, câlins, donnant avec moi son biberon.

 

La vie reprend son cours, je jongle entre mon travail et ma vie de maman. Mes enfants sont ma priorité. Une fois le travail terminé (mon métier me permet de terminer de bonne heure et d’être présente toutes les vacances scolaires), je vais chercher Alexis à l’école et Elodie à la crèche. Mon temps leur est réservé (jeux, chansons, promenades…) mais une règle est d’or : le respect de leur vie, le respect des règles : le coucher à 19heures en ayant dîné d’un bon repas équilibré. Je parle de tout avec mes enfants, en ayant des réponses adaptées à leurs interrogations de petits êtres. Aucune fessée, baffe ou cri mais uniquement des explications à mon « non ». Ils vivent ainsi en confiance, avec des limites et avec une maman qui répond au mieux à leurs préoccupations.

 

Je ne souhaite pas laisser les enfants seuls avec CYRIL. Elodie dort énormément, plus de 17 heures par jour, même à 9 mois, je dois quand même sortir Alexis je ne vais pas loin, à la boulangerie, chez le boucher, mais chaque fois que je rentre, ma fille est systématiquement réveillée et pleure. Le médecin me dira plus tard que souvent, un enfant qui dort autant est signe de malaise.

 

Je me pose des questions : est-ce CYRIL qui est hors normes ou est-ce moi ? Les réponses et le discours de CYRIL me font penser que, finalement, je suis peut-être trop bête car je ne comprends rien à ce qu’il me dit. Je ne sais évidemment pas, à cette époque, que je suis face à un « être déséquilibré ».

 

J’aurais pourtant dû m’en douter. CYRIL a un comportement bizarre, il parle tout seul à voix haute en appelant « Catherine ». Son comportement est négligent avec les enfants : quand je lui demande de surveiller Alexis dans son bain, il descend répondre au téléphone ; il leur met leur anorak mais les cogne en passant ; il tient la nacelle du landau d’Elodie mais cogne les murs ; quand Elodie se dirige vers la piscine, il regarde en l’air, ma fille ayant été sauvée de justesse d’un accident ; si je lui laisse Alexis sur une aire d’autoroute pendant que je vais changer sa sœur, quand je reviens, Alexis a disparu.

 

Tous ces exemples m’interpellent. Me croyant anormale, je me décide à rencontrer un psychiatre. Après lui avoir relaté la situation, je lui demande de me soigner pour le bien de mes enfants. Il a tenu à rencontrer CYRIL le lendemain matin, et à la suite de cette visite m’a appelée et m’a dit…(Lorsqu’il m’a répondu) : « prenez vos enfants sous le bras et partez vite loin de chez vous !! » C’est pour cette raison qu’il m’avait tenu ce genre de propos.

 

CYRIL me crie dessus, est à deux doigts de me frapper parce que la télé est tombée en panne. Le lendemain, alors qu’Alexis indique à sa maîtresse que son père a volé la télévision, j’explique à mon fils que la télé est simplement en panne et que son papa l’a portée en réparation. Alexis n’a pas voulu se satisfaire de cette explication. Et en effet, là n’était pas la vérité mais je l’ignorais….

 

Début novembre 2002, CYRIL m’indique qu’il me quitte, son psychiatre lui ayant appris qu’il n’aurait pas de droit de visite classique mais en milieu protégé. Il menace alors de faire du mal à mon fils et de tuer ma fille. Je ne prends toutefois pas ses menaces au sérieux et m’occupe de mes enfants sans qu’ils puissent ressentir le malaise installé.

 

Tout s’enchaîne. Le 17 novembre 2002, CYRIL m’informe par lettre recommandée avec accusé de réception de son intention de quitter le domicile familial. Il m’envoie cette lettre à mon adresse (notre lieu d’habitation à Dibo). Beaucoup de choses sont à dire sur cette lettre. Nous y reviendrons au chapitre suivant.

 

Depuis ce jour, j’ai peur de ce qu’il peut faire. Sa tante Sylvaine m’a indiqué qu’elle-même ne laissait pas sa fille avec lui. Je demande donc à quelques amis de venir chez moi le week-end afin de ne pas me retrouver seule avec lui. Pour le bien d’Alexis et d’Elodie, je lui ai, en effet, demandé de venir tous les mercredis et les week-ends. Ne daignant se déplacer que le samedi après-midi, j’ai expliqué aux enfants que leur papa était parti, que les parents parfois se séparent, que c’est difficile mais que cela arrive.

 

Le samedi 7 décembre, CYRIL arrive à la maison accompagné d’un ami. J’avais sorti les décorations de Noël, acheté un sapin pour décorer la maison tous ensemble. Ils s’asseyent sur le canapé puis se lèvent en disant qu’ils viennent chercher les meubles alors qu’ils m’appartenaient.

 

Soudain, tout s’écroule. Comment peut-on agir ainsi sous les yeux de deux enfants en bas âge ? il donne des coups de pieds à Alexis (3 ans) car il se trouve sur son passage. Comment peut-on profiter d’un tel moment pour vider la maison de mes meubles ? je reste abasourdie mais réagis pour mes enfants, appelle mon avocate, puis les gendarmes. Sur leurs conseils, je ferme ma maison à clés. CYRIL a eu le temps d’embarquer la table, le buffet du salon en vidant son contenu par terre. Il voulait même embarquer les lits des enfants. Heureusement, il n’en a pas eu le temps. Il a toutefois vidé la moitié, au centime près, de notre compte et ce, sans se soucier des chèques qui n’étaient pas encore débités, sans se préoccuper des frais que j’avais pour les enfants : crèche, électricité, loyer, alimentation.

 

 

Alexis a fait une crise d’asthme, et Elodie pipi dans sa culotte. Mon beau-père, que j’avais appelé est arrivé à Dibo à ce moment là, mes amis nous ont réconforté. J’ai emmené Alexis chez mes parents et ai fini l’année scolaire dans mon collège avec Elodie à la crèche.

 

Grâce à l’ouverture des magasins le dimanche en période de fêtes, mes parents et moi avons pu racheter les mêmes meubles afin que les enfants soient un peu moins perturbés par ce qu’ils venaient de vivre. Alexis a toutefois, depuis ce moment-là, peur des voleurs qui peuvent venir la nuit, et me demande constamment si les portes sont bien fermées.

 

L’air devenait de moins en moins respirable.

 

 

II

 

Nous sommes donc au mois de novembre 2002, date à laquelle CYRIL décide de quitter la maison familiale de Dibo où nous sommes installés depuis la naissance d’Alexis. Cette séparation marque le début d’une longue épreuve judiciaire.

Tout commence par cette lettre recommandée avec accusé de réception, envoyée par CYRIL le 17 novembre 2002. Elle m’est adressée à notre domicile à Dibo. L’adresse de l’expéditeur est identique, preuve qu’au moment où je suis allée récupérer la lettre, CYRIL n’avait pas encore quitté notre maison, il fournira l’accusé de réception au juge.

Deux semaines plus tard, je reçois un courrier du JAF (juge aux Affaires Familiales) ; Il souligne l’importance d’un père pour ses enfants et m’indique que je n’ai pas le droit de rompre le lien du père avec eux. Je suis étonnée par ce remontage de bretelles, car je n’avais pas l’intention de rompre le lien du père avec eux : il était parti et revenait quand bon lui semblait !

 

Une audience est fixée pour la mi-décembre 2002. Une épreuve redoutable lorsque l’on ne connaît l’ambiance froide des Palais de Justice qu’à travers les films où sont jugés d’horribles crimes. Sans comprendre ce qui se trame, et ne disposant que de quinze jours pour organiser ma défense, je cherche rapidement un avocat. Je me dirige donc vers la maison des associations où une jeune avocate accepte de prendre en charge mon dossier. En route vers le tribunal, celle-ci me transmet les pièces fournies au juge par la « partie adverse ». Je suis effarée. Que se passe-t-il ? Du jour au lendemain tout s’écroule, son avocat me traite aux travers des pièces comme la pire des mamans ! Le juge avec sa lettre m’avait déjà jugée sans m’avoir déjà vue, je n’avais pas compris que les dés étaient pipés d’avance.

 

Rapidement, je me rends compte que CYRIL n’a rien laissé au hasard. Outre la lettre  recommandée, il produit de multiples papiers concernant la maison que nous occupions – documents qui étaient pourtant chez mes parents, à 100 kilomètres de notre domicile, dans la ville de Varget. Aussi a-t-il fallu qu’il les prenne, en fasse des photocopies et les remette à leur place. Il fournit aussi mes fiches de paye, les attestations de versement des allocations familiales ainsi qu’un tableau répertoriant tous les meubles que nous possédons. La plupart sont à moi, mais qu’importe. CYRIL veut les récupérer tous, y compris les lits d’Elodie et Alexis. Au moment de l’audience, son seul intérêt semble concerner, non les enfants, mais les meubles… Et l’argent en général.

 

Quand au juge avant même le début de l’audience, il semble avoir une idée précise de l’issue de ce dossier : il ne cesse, en effet, de me sermonner sur le bien-être de mes enfants, sur l’importance de conserver un lien avec leur père. En d’autres termes, le juge m’accuse de vouloir rompre le lien. C’est étrange alors que c’est moi qui insiste, depuis notre séparation, pour que CYRIL vienne voir les enfants les week-ends et les mercredis. Les attestations que je produis prouvent d’ailleurs sa présence auprès d’Alexis et d’Elodie (même s’il ne daigne venir que le samedi). Malgré ces pièces et malgré divers témoignages faisant état de la violence de CYRIL lors de la récupération des meubles, malgré ma peur depuis les menaces de mort qu’il a proférées (il aurait fallu les raconter avant) le juge n’a rien voulu entendre, me répétant sans cesse que je n’avais pas le droit de rompre le lien entre un père et ses enfants. Son verdict est clair : CYRIL bénéficiera d’un droit de visite et d’hébergement élargi, un week-end sur deux, un mardi soir et un mercredi sur deux, ainsi que la moitié des vacances scolaires.

 

Je me persuade qu’il s’agit là d’un malentendu dont le juge s’apercevra rapidement. J’appelle donc le psychiatre de CYRIL pour lui expliquer la situation. Il avertit aussitôt le juge de la dangerosité de CYRIL pour la sécurité physique et psychologique des enfants, cette dangerosité rendant un droit de visite  et d’hébergement élargi totalement inapproprié. Malgré cet avis le juge ne (souhaite pas revoir) revoit pas sa positon sur le dossier. Plus tard, mon médecin de famille téléphonera à ce psychiatre qui lui réitérera les mêmes propos. Ce médecin, à la différence du psychiatre, témoignera en justice, ce qui restera néanmoins sans effet. Le certificat médical établi relativement à son état de santé sera même qualifié de certificat de complaisance et le médecin se trouvera même poursuivi pour avoir établi un certificat sur la bonne foi du psychiatre sans avoir vu CYRIL.

 

Après ce passage éprouvant au tribunal, je décide de quitter Dibo et de m’installer avec Alexis et Elodie, dans un appartement accolé à la maison de mes parents, à Varget. Ils y possèdent une belle et grande maison avec quatre appartements. Car si Dibo est une ville magnifique, c’est avec la peur au ventre que je vis désormais. Je suis épuisée, mon médecin de famille me met en arrêt de travail. CYRIL, lui, après avoir été hébergé chez son père pendant quelques semaines, loue un appartement de type HLM, avec deux chambres. Ce logement attribué à une personne seule en si peu de temps est un « hasard »incroyable quand on sait qu’il faut plusieurs années afin d’en obtenir un …

 

J’informe donc CYRIL de mon départ pour Varget, tout en lui demandant de revenir dans notre ancienne maison pour les fêtes de Noël, afin de reconstituer le noyau familial pendant cette période. Accompagnée de mes deux petits bouts, je fais le voyage depuis Varget et l’attends pour ce jour particulier. Il ne viendra pas…

Il ne vient d’ailleurs jamais récupérer les enfants pour ses droits de visite et d’hébergement. Il  semble préférer porter plainte pour non représentation d’enfant, en se servant à mon encontre de mon déménagement à Varget, dont je ne l’ai averti que verbalement. Il indique ainsi à la gendarmerie qu’il se présente pour chercher ses enfants à notre ancien domicile à Dibo, bien qu’il sache et qu’il l’écrive que je suis partie avec eux vivre chez mes parents à Varget… Selon lui, je ne donnerais « plus signe de vie » et ferais « obstacle à toutes communications téléphoniques avec les enfants » allant jusqu’à parler d’une « cassure voulue entre les enfants et lui-même » !

 

Les policiers et les gendarmes tiennent à me rassurer en me soutenant que tout le monde, et notamment les juges, se rendront rapidement compte de sa mauvaise foi. Mon avocate tient le même discours, d’autant que souvent, CYRIL, dans ses plaintes, se trompe d’endroit ou de date. Je tente donc de me convaincre que ma peur n’est pas justifiée, que j’ai affaire à un fou et que la vérité éclatera au grand jour très bientôt.

 

A la suite des différentes plaintes, je suis toutefois convoquée au tribunal, mais cette fois-ci en correctionnelle. Pour étayer ses plaintes, CYRIL qui une fois encore a tout préparé dans les moindres détails, produit des relevés téléphoniques où apparaissent des appels passés par lui chaque soir vers 22h30. Outre le fait qu’il est invraisemblable d’appeler à une heure tardive pour parler à des enfants âgés de 2 ans et 3 ans et demi, il appelle non pas chez moi mais chez mes parents, qui, eux, travaillent le soir jusqu’à minuit passé et sont donc dans l’impossibilité de prendre tout appel.

 

Le juge – la même personne qui m’avait déjà jugée en décembre 2002 – me condamne, considérant que CYRIL ne connaissait pas mon lieu d’habitation dans la mesure où je ne l’avais pas averti de mon changement d’adresse par lettre recommandée ! Le juge va jusqu’à dire qu’il est inadmissible que je sois enseignante et me traite comme une criminelle dangereuse pour des élèves. Ma peine est lourde : une forte somme à titre de dommages et intérêts, 7 mois de prison avec sursis accompagnés de 18 mois de mise à l’épreuve. Le juge m’oblige également à mettre mon adresse officielle chez mes parents et ce, malgré les documents (factures et taxes d’habitation) établissant l’existence de mon appartement, distinct de la maison de mes parents. Enfin, une enquête sociale et une expertise psychiatrique sont ordonnées.

 

Malgré ma condamnation, CYRIL ne vient toujours pas chercher ses enfants, comme en attestera en justice l’huissier que, toutes les semaines, et malgré le coût que cela représente, je fais venir chez moi pour prouver ma bonne foi. CYRIL continue à porter plainte à la gendarmerie de Varget pour non présentation d’enfants.

 

La Cour d’Appel confirme le jugement en correctionnelle ajoutant même une menace de prison ferme au cas où les enfants continueraient à être privés de leur père.

 

Souhaitant mettre un terme à cette spirale infernale, et craignant de me retrouver en prison, je décide, le vendredi 13 juin 2003, d’emmener moi-même les enfants chez leur père à Bergin, sans omettre de prévenir la gendarmerie de Varget de mon intention. Je tiens, en effet, à prendre toutes les précautions possibles pour éviter que l’on puisse me reprocher de vouloir « rompre le lien ». Les gendarmes avertissent CYRIL par téléphone mais celui-ci souhaite tout de même déposer plainte – à plus de 100 kilomètres de son domicile ( !) – plainte que les gendarmes, heureusement, ne prendront pas ;

 

En fin d’après-midi, j’arrive donc à Bergin, chez le père de CYRIL, ce dernier ne m’ayant pas donné son adresse. C’est la première fois que les enfants sont sur le point de revoir leur père depuis son départ en novembre 2002. Habitués à manger vers 18H30 et à dormir à 19 heures, ils commencent à avoir faim. Estimant toutefois que c’était à CYRIL de décider de ce qu’ils devaient manger, le grand-père paternel refuse de leur donner ne fut-ce qu’un morceau de pain ou un simple verre d’eau. Il me dit simplement que si mes parents sont généreux financièrement avec C ;, il arrêtera peut-être de me poursuivre. Il est 20 heures lorsque CYRIL rentre. A son arrivée, il embarque Alexis et Elodie sans état d’âme, sans un mot, pas même un bonjour. Lorsque je lui demande s’il est possible de savoir où il les emmène et de voir leur chambre, il me répond que ce n’est pas le moment.

 

Je reste alors avec ma mère à Dibo, dans mon ancienne maison. Nous passons ce week-end du mieux que nous pouvons, en essayant de ne pas réfléchir au fait qu’un père déséquilibré s’occupe de deux bébés.

 

 

A leur retour de ce premier week-end, les enfants sont étranges et présentent un comportement bizarre, dont je comprendrai les raisons ultérieurement. Les enfants semblent vivre le droit de visite accordé à leur père comme une violence qui leur est faite. Un jour, alors que CYRIL arrivait, Alexis, sous son lit, était accroché aux lattes du sommier, hurlant qu’il ne voulait pas aller chez son père. Les gendarmes, que j’ai appelés au secours, m’ont dit que les enfants devaient voir leur père, que la justice avait tranché et qu’il fallait respecter sa décision.

Voir ainsi la souffrance de mon enfant m’était insupportable.

 

Bien que le droit de visite de CYRIL soit respecté, je continue à être considérée par la justice comme une coupable. Ainsi, une nouvelle plainte est déposée contre moi par CYRIL compte tenu de mon absence le premier week-end des vacances d’été 2003. Après avoir réalisé qu’il s’était trompé (ce week-end m’était, en effet, attribué), CYRIL s’est rétracté. Sans tenir compte de l’erreur reconnue par CYRIL lui-même, le juge a pourtant, une fois de plus, considéré que j’étais fautive, et avec à la clé une nouvelle condamnation.

Estimant que j’étais à l’origine du changement de comportement de mes enfants, qui seraient déprimés par ma faute, le juge a même décidé, en octobre 2004, de me retirer leur garde pour la transmettre à CYRIL.

 

Après des mois passé à me battre, le cauchemar a donc continué. Pour satisfaire la volonté du juge, mes enfants ont dû partir. Partir vivre avec une personne décrite par son propre médecin comme dangereuse. Les signalements émanant du CHU attestant que mes enfants étaient victimes de diverses maltraitances, ces signalements ont été transmis au tribunal, puis plus rien…

 

Les psychologues du CHU, tant ceux qui suivent mes enfants que le mien, sont pourtant tous convaincus que je suis une bonne mère, que les enfants ont subi et subissent encore des maltraitances. Néanmoins, les juges continuent à penser que mes enfants, en parlant de maltraitance, expriment ma propre angoisse. Aux yeux de la justice, je reste coupable. Coupable de quoi ? La raison est la même depuis le début de cette affaire : je voudrais à tout prix rompre le lien avec le père.

 

Désormais, je ne vois donc mes enfants que le samedi après l’école et les ramène à CYRIL le dimanche en fin d’après-midi. Mon contact avec eux est réduit à trois petits jours par mois. Les retrouvailles avec les enfants sont, à chaque fois, très difficiles. Il n’est, en effet, pas évident de faire comme si tout est normal quand ils me racontent le calvaire qu’ils endurent. Mais je ne souhaite pas juger CYRIL car il est leur père. Je leur explique donc simplement que personne n’a le droit de faire du mal à une autre personne, même à un enfant.

 

Abattue et révoltée, je suis obligée de faire face, je n’ai pas le choix, mes enfants ont besoin de moi et je dois rester debout pour eux.

Je comptais sur la justice pour que tout rentre dans l’ordre. J’ai donc déposé une plainte contre X pour maltraitance. Cette plainte mettra plus d’un an à être enregistrée. En effet, pour que la plainte soit effective, je dois déposer une somme d’argent stipulée par le tribunal par lettre recommandée avec accusé de réception. Ne le sachant pas, mon nouvel avocat – j’ai changé sur la demande ma première avocate car elle n’avait pas assez d’expérience pour m’accompagner devant une juridiction pénale – me demande où est la plainte, puis se renseigne au parquet. Et là, stupéfaction : il est apparu que le dépôt de consignation a été envoyé à X ! CYRIL n’étant pas nommé dans la plainte puisqu’il s’agit d’une plainte où j’accuse X, le dépôt de consignation (somme consignée afin d’ouvrir une instruction), envoyé au demandeur de la plainte par recommandé en accusé de réception a été envoyé à CYRIL lui-même, qu’en penser sinon que CYRIL bénéficie de protection au sein du tribunal.

 

En 2005, je redépose donc une plainte, cette fois-ci nominative, et suis entendue par un juge d’instruction. Je pensais être considérée par ce juge d’instruction de la même façon que par ses confrères, je m’attendais à être traitée plus bas que terre, comme d’habitude – je ne m’y suis pourtant jamais habituée. Mais non, ce juge-là m’écoute attentivement et comprend toute mon histoire, il prend le temps de lire l’ensemble des pièces qui sont au dossier, avant de m’informer que ce qui s’est passé est inadmissible et qu’il fera éclater la vérité.

 

Cet espoir est toutefois de courte durée et réduit à néant lorsque – malheureux hasard ? ce juge est muté avant la fin de son enquête. Une autre juge d’instruction le remplacera et clôturera rapidement l’enquête par un non–lieu, faute de preuve. Les enfants sont donc toujours laissés chez CYRIL, sans être entendus. Mis à part son témoignage devant le juge d’instruction, CYRIL n’a jamais fait l’objet d’une enquête psychiatrique poussée et rien n’a été fait à son encontre.

 

Au terme de cette étape judiciaire, je ressens une profonde injustice : on m’a enlevé mes enfants et je n’en connais pas les raisons précises. Je doute de moi : Suis-je donc folle sans qu’aucun psychiatre ne s’en soit rendu compte ? j’en ai pourtant consulté plusieurs pour tenter de trouver une raison à mon calvaire et à celui de mes enfants, qui clament à tout le monde leur misère.

 

Mais de quel droit un juge se permet-il de faire vivre un tel cauchemar à toute une famille dont deux enfants si jeunes ? Au nom de quoi une seule personne concentre-t-elle entre ses mains autant de pouvoir ? La peine à laquelle j’ai été condamnée est lourde, plus lourde que celle infligée à certains pédophiles. Comment comprendre une telle disparité de traitement ? Il semble que notre sort soit entre les mains d’un seul homme, un juge tout puissant. Par manque de chance, le juge auquel j’ai été confrontée, pour des raisons que j’ignore, m’a condamnée d’emblée, avant même d’avoir connaissance de la teneur de mon dossier. Un abus de pouvoir contre lequel il n’a servi à rien de lutter.

 

La justice clame haut et fort ne pas avoir les moyens suffisants pour mener à bien les audiences. Est-ce pour cette raison que les juges se permettent de décider « à la va vite », sans accorder de crédit aux pièces et témoignages émanant même de professionnels médicaux, s’ils ne vont pas dans le sens souhaité ? Ce manque de moyens les autorisent-t-ils, par ailleurs, à insulter le justiciable et à le traiter comme un criminel ?

Je suis révoltée par les abus dont font preuve certains juges qui, forts de leur pouvoir, se permettent de décider avec une légèreté et un parti pris insupportables de la vie des justiciables en les humiliant et réduisant leur vie à néant.

 

En Novembre 2008, je tente sur conseils de mon avocat, de redemander la garde de mes enfants, ce fut le coup de grâce, j’en parlerai dans la suite de mon récit.

 

3 – La justice à mon égard

 

Pendant longtemps, le rôle de la mère était clairement défini et ne posait pas de question. La mère avait la charge des enfants et de leur éducation alors que le père assumait financièrement sa famille et apparaissait en pointillé dans le vie de l’enfant. Ces fonctions préétablies ont volé en éclat, le père s’investissant davantage auprès de ses enfants. L’importance du père ayant évolué, la psychologie moderne a pris en compte la sensibilité de ces hommes désireux d’assumer ces nouvelles fonctions. Montrant l’importance de la présence du père auprès de ses enfants, elle a mis en exergue les dégâts que provoquait chez l’enfant, une exclusion de celui-ci.

 

La justice reflète l’évolution des mentalités. Certains juges prennent désormais fait et cause pour les pères, leur transférant parfois la garde des enfants au détriment de la mère. Plusieurs d’entre eux ont constaté que certaines mères n’hésitent pas à inventer de toutes pièces  des abus sexuels ou des cas de maltraitance en vue de rompre le lien avec le père. Certains juges sont ainsi devenus suspicieux face à celles qui, croient-ils, veulent écarter le père à tout prix.

Etait-ce le cas du premier juge devant lequel je me suis présentée ? Voulait-il réparer une injustice qu’il avait lui-même subie ? je n’ai pas de réponse à ces questions. Je sais, par contre, que devant ces juges, une maman qui se présente, en toute bonne foi, avec des suppositions de maltraitance ou d’abus ne sera pas entendue. D’autres juges diront également savoir que certains pères se rendent directement au commissariat pour porter plainte sans venir chercher les enfants, et ce, dans le but d’en récupérer la garde.

 

Face à ces deux excès, quelle partie dit la vérité ? Qui croire ? le père ou la mère ? Pour le déterminer et limiter les erreurs, le juge a fréquemment recours à un expert, un sachant, pour l’éclairer.

 

C’est donc vers un expert que mes enfants, CYRIL et moi-même sommes dirigés au printemps 2003. Je suis assez étonnée car cet expert, qui exerce sur un autre département, loin de chez nous, est psychiatre en toxicomanie. Mais après tout, pourquoi pas. Je suis confiante, l’expert devrait rapidement s’apercevoir que CYRIL est psychopathe : son psychiatre me l’avait garanti et mon psychologue, le professeur Pierre K., avait, de son côté, également fait part au juge de son inquiétude face aux comportements bizarres du père de mes enfants, précisant, par ailleurs, que cela démontrait son côté pervers.

 

Je me rends chez cet expert psychiatre au mois de mai 2003.  L’entretien dure 20 minutes, juste le temps pour lui de me demander mon état civil et les circonstances de ma rencontre avec CYRIL. Je réponds à ces questions tout en lui précisant que les enfants n’ont pas revu leur père depuis le mois de décembre 2002. Il me demande si je suis maniaque. Lorsque je  souhaite lui faire part des comportements étranges de CYRIL, il fait la sourde oreille, passant rapidement à d’autres sujets. L’entretien se termine. J’ai le sentiment de ne pas avoir été entendue. Bien qu’inquiète, je me raisonne en me disant que la personne que je viens de rencontrer est un expert désigné par le tribunal et qu’à ce titre, elle est nécessairement compétente. Il me semble néanmoins étrange qu’elle parvienne à découvrir toute ma personne en si peu de temps alors que plusieurs heures sont nécessaires à un psychologue pour découvrir la personnalité de son patient.

 

Mes enfants, quant à eux, sont convoqués le 19 juin 2003. Après s’être entretenu avec Alexis pendant 7 petites minutes – la présidente d’association qui nous accompagnait peut en témoigner – l’expert conclut que les enfants sont dépressifs car ils ne voient pas leur père. Il dira même avec précision que la dépression d’Alexis remonte à décembre 2002, date depuis laquelle il n’a pas revu son père. Outre le fait que CYRIL, en refusant de les voir, soit responsable de cette situation, j’insiste sur le fait que les enfants étaient bien chez leur père les 13,14,15 17 et 18 juin 2003, soit les jours précédant l’expertise …. Lorsque j’ai souligné cette incohérence, le juge m’a demandé de ne pas me focaliser sur quelques dates !

 

Quand à CYRIL, il indique à l’expert qu’il est le deuxième enfant d’une mère dépressive depuis sa naissance. Au sujet de ce « futur ingénieur » - qu’il ne sera d’ailleurs jamais – l’expert indique qu’il « souffre de dyslexie et que, bien entendu, comme dans tout problème chronique de l’enfance, cela peut engendrer des troubles psychiques, si le milieu familial n’est pas à même d’aider l’enfant à surmonter sa difficulté ». CYRIL avoue lui-même à l’expert que son père était peu présent car il assumait un double emploi pour subvenir aux besoins de la famille, raison pour laquelle il était ballotté entre sa grand-mère et sa tante, sans jamais recevoir aucune explication de la part des membres de sa famille concernant l’absence de sa mère.

 

Etrangement, et d’après l’expert, CYRIL ne garderait aucune séquelle de son enfance, laquelle est qualifiée d’heureuse, avec des parents aimants. L’expert emploie, en outre des termes très élogieux à son égard, le montrant sous un jour très classe, le décrivant presque comme un héros.

 

CYRIL ajoute que j’ai fait une dépression à la naissance d’Elodie – s’agit-il d’un transfert de sa mère sur moi ? – et qu’il fait son possible pour qu’Alexis et Elodie grandissent sans leur maman. J’apprendrai également que CYRIL a livré, à cet expert que j’avais été violée par mon père à l’âge de 12 ans. Si j’ai bien été victime d’abus sexuels, moi, je n’en ai pas le souvenir. En outre, je n’ai fait aucune confession à CYRIL sur ce sujet. Est-ce encore un transfert alors que la sœur de CYRIL a été abusée dans son enfance par son oncle, le père de CYRIL n’ayant toutefois jamais rien dit de peur de salir l’image de la famille ?

 

La conclusion de l’expert me laisse peu d’espoir. Alors que je suis formatrice de  profession, il écrit que je suis une formation pour adultes. Lorsque je lui dis être en suivi psychologique pour essayer de supporter au mieux la situation de harcèlement dans laquelle je pense me trouver, il note que j’ai du mal à supporter le conflit avec CYRIL. Comme j’emmène Alexis chez un pédopsychiatre – je ne souhaitais pas, en effet, qu’il souffre de la rupture d’avec son père – il me dit que je suis contradictoire car on ne consulte pas un psychiatre quand un enfant va bien ! Or, comme Alexis vivait quelque chose d’anormal depuis quelques mois, je souhaitais simplement m’assurer qu’il allait bien et éviter de passer à côté d’une éventuelle souffrance de mon fils. Le pédopsychiatre qui suivait Alexis a d’ailleurs rédigé un courrier expliquant qu’Alexis supportait très bien la situation, qu’il était heureux même si son père était absent car je savais  trouver les mots justes pour lui, qu’il avait, par ailleurs, pris comme modèle paternel mon propre père avec qui il avait noué une relation très forte. Mais, pour l’expert, je semble bien trop folle pour comprendre cette contradiction.

 

Je prends acte du rapport de l’expert et la vie continue.

 

Mais quelques semaines plus tard, au mois d’août 2003, mon fils âgé de 4 ans, alors qu’il était à la salle de bains, me parle d’une maltraitance inquiétante, infligée par son père. Le 15, que j’appelle immédiatement, me dirige vers les urgences pédiatriques du CHU de Grenoble, où après plusieurs « auditions » de mes enfants et de moi-même, des signalements pour maltraitances diverses du père sur les enfants seront émis par le CHU.

 

Compte tenu des signalements de maltraitance, il m’est conseillé de demander une contre-expertise. L’expert que nous avions déjà rencontré nous revoit donc une seconde fois, plus rapidement encore que lors du premier entretien : je suis entendue 10 minutes, Alexis est vu 5 minutes, Elodie 3 minutes.  L’expert souligne que, lorsque je l’avais rencontré précédemment, aucune mention n’avait été faite d’éventuelles maltraitances et que cela lui paraissait anormal. Les enfants n’ayant revu leur père qu’en juin 2003, comment aurais-je pu lui parler, au mois de mai, lors de notre première entrevue, de ce qui n’existait pas encore ? Au terme des entretiens, l’expert rend son avis. La conclusion sur Alexis tient en six lignes, bien maigres, à mon sens, lorsqu’il s’agit de savoir si un enfant est ou non victime de mauvais traitements. Il note qu’Alexis lui parle effectivement de coups physiques. Il estime également qu’il est toujours dépressif. L’entretien avec Elodie est, quant à lui, résumé en 3 phases : Elodie parle longuement des gifles qu’elle a reçues de la part de CYRIL. C’est tout.

CYRIL, lui, demande la garde des enfants.

 

Par la suite, un autre juge demandera encore une nouvelle expertise avec une autre psychologue. Celle-ci se basera sur le rapport rendu par le premier expert, indiquant notamment qu’Alexis souhaite s’appeler Martin comme sa grand-mère et son grand-père alors qu’ils s’appellent Durand. Bizarre pour un enfant de 4 ans et demi…. CYRIL indiquera qu’il a déjà une place à l’école pour Alexis et une place en crèche pour Elodie. L’expert notera aussi que je ne m’entends pas bien avec ma mère, ce qui expliquerait le fait que je sois fusionnelle avec mes enfants et que je veuille rompre le lien avec le père. Notons, entre parenthèses, que le premier expert, à qui j’avais dit avoir de bonnes relations avec ma mère, en a conclu que c’était cette bonne entente qui était à l’origine du fait que je suis fusionnelle avec mes enfants… Quoi que je dise, la conclusion est donc toujours la même.

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, une autre maman d’une ville du nord de la France a reçu le même rapport d’expertise que le mien, seuls les noms et prénoms ayant été modifiés. Cette expertise-type sera qualifiée par le juge d’instruction en charge de mon dossier, avant qu’il ne soit muté, de « parti pris » contre moi.

 

La nouvelle juge d’instruction, reprenant le dossier, demandera un complément d’expertise afin de savoir si un changement de garde pouvait être envisagé, conformément à la demande de CYRIL. Sans même nous recevoir, l’expert notera l’urgence de la situation et l’importance de transférer immédiatement la garde au père.

 

La garde d’Alexis et Elodie a alors été transférée à CYRIL.

 

4 – Ma vie sans mes enfants

 

Nous sommes en aout 2005 et voilà dix mois que je n’ai plus la garde de mes enfants.

 

Il est 15H15, Alexis et Elodie sont en train de jouer dans le jardin, déguisés en indiens, écoutant un CD acheté l’été dernier au Cap d’Agde, lieu de nos vacances. Ils partent dans deux heures pour se retrouver enfermés au septième étage d’un immeuble dans une cité où leur quotidien est composé de la télé, des coups de poings et des gifles. Ils ne reviendront que début septembre, dans 3 semaines, du samedi 12h00 au dimanche 17h. Alexis aura fait sa rentrée au CP, un cap important dans la vie d’un enfant et d’une maman.

 

Leur vie à mes côtés était équilibrée : qu’il s’agisse de sorties d’école, de jeux, de lecture, de sport (judo et équitation), d’invitations chez les copains le mercredi. Ils avaient une vie saine. Le soir, ils étaient couchés à 19h30. Je sais que là où ils vont, ils sont couchés à minuit, y compris les veilles d’école.

 

Mon fils aura six ans à la fin du mois. Je me souviens du moment où je l’ai mis au monde. Cette année, je ne pourrai pas être présente pour son anniversaire, tout comme j’étais absente pour l’anniversaire de ma fille au mois de mars. Cette année, son anniversaire n’aura pas été fêté. Je n’ai pas été présente non plus pour les fêtes de Noël qui traditionnellement étaient pour nous un moment important, où nous allions voir le Père Noël et décorions la maison.

 

Mes enfants espéraient retrouver leurs copains et leur institutrice pour cette rentrée. Ils espéraient retourner faire du judo et du cheval. Il en sera autrement.

 

Ils vont partir, je vais donc les rhabiller avec les vêtements qu’ils avaient lors de leur arrivée : pour Elodie, une jupe avec des trous et des chaussures taille 27 alors qu’elle chausse du 29 et, pour Alexis, des chaussures taille 30 alors qu’il chausse du 32. Heureusement, ils ne portent plus de pull en laine. L’éducateur a heureusement fait comprendre à leur père qu’une telle tenue n’était pas adaptée en été.

Dans la voiture, sur le chemin les ramenant vers leur père, Alexis me demande : « Maman, tu sais les prisons pour les enfants, ça va bientôt exister ». Je lui ai expliqué qu’en France, aucun enfant ne va en prison.

Ce week-end, Elodie a dit à ma mère les choses qu’Alexis m’avaient déjà dites : « Tu sais mamie, papa, il m’a dit de te dire des mensonges, comme ça on va rentrer plus vite chez maman » et ensuite « Mamie, tu crois que c’est bientôt fini ? »

 

Trois semaines plus tard, je récupère mes enfants le samedi midi à la sortie de l’école. Quelle joie de les revoir ! Alexis est en pull à fleurs, les cheveux pas coiffés, descendant jusqu’aux oreilles. Il me dit que  « les grands du CM2 » se sont moqués de lui. Pour sa fête d’anniversaire fin août , il a reçu « un cartable, une trousse et un livre pour apprendre les mots » ! C’est la mort dans l’âme que le lendemain, dimanche, ils repartent.

 

D’après le juge des enfants, Alexis et Elodie se seraient adaptés à leur nouvelle vie. Comment une juge qui ne nous connaît pas se permet-elle d’écrire cela, sur son ordonnance, alors même que mon fils n’a pas pris un seul gramme en neuf mois ? Pourquoi quand Alexis comprend qu’il ne fait plus un « gros dodo chez maman », il se met à trembler et salit sa culotte ?

Tous les professionnels s’accordent à dire que mes enfants se sont fait agresser et qu’ils sont heureux et équilibrés chez moi. Malheureusement, sans me connaître, en occultant mes pièces et certificats médicaux, les juges ont une autre opinion. Je me tais, je ne dis rien. Malgré tout, je ne parviens plus à supporter toutes ces violences, ces humiliations.

 

Malgré la situation à laquelle mes enfants sont confrontés, je recommence à reprendre un peu de punch et à retrouver un certain équilibre, précaire certes mais je reprends doucement espoir, car un nouvel avocat devrait venir en renfort dans mon dossier.

 

Un coup de téléphone me fait toutefois replonger. Il provient d’un éducateur de la sauvegarde de l’enfance. Mesure aemo Selon lui, je serais trop pointilleuse sur la santé de mes enfants. Malgré mes courriers, ma fille n’est toujours pas suivie par l’ophtalmo, mon fils a des crises d’asthme non soignées et ses dents repoussent à l’intérieur de la gencive car les autres dents n’étaient pas tombées. Pourtant, c’est moi qui suis considérée comme négligente par le dentiste car j’aurais dû amener Alexis avant.

 

En juin, l’éducateur m’avait déjà appelée pour me dire que mon fils avait des problèmes aux pieds et que j’aurais du le faire suivre. Mais Alexis, qui était auparavant suivi par un pédiatre, n’avait pas ce genre de problème. Mes enfants ne sont plus à ma charge depuis un an et pourtant, c’est à moi que l’on reproche qu’il n’est pas suivi ! Une podologue consultée après ce coup de fil, en juillet 2005 – rappelons que l’on m’a enlevé la garde en novembre 2004 – m’a dit que les muscles arrière des pieds d’Alexis n’étaient pas assez développés et qu’il ne pouvait donc pas marcher correctement. Je me demande néanmoins si le fait qu’il n’ait pas pris un gramme depuis son départ de la maison n’a pas un lien avec ce problème de développement.

 

Je profite donc de ce nouvel entretien téléphonique avec l’éducateur pour avoir des précisions sur ce suivi. Vaguement, il me répond qu’il va se faire. En fait, l’éducateur souhaite me rencontrer pour me parler de la façon d’éduquer mes enfants. En effet, il m’indique que mes enfants grandissent et qu’ils ont maintenant des besoins différents. Je lui fais toutefois remarquer que je n’ai pas besoin de lui pour élever mes enfants.

 

Il ajoute ensuite vouloir savoir comment vont mes enfants pour  qu’il puisse travailler dans de meilleures conditions. Mais les éducateurs ne les voient que quinze minutes tous les quinze jours chez leur père après l’avoir prévenu de leur visite. Ce dernier refusant de faire appeler mes enfants ou qu’ils reçoivent le moindre coup de téléphone de ma part, la présence des éducateurs permet tout de même de garder un lien.

 

Les éducateurs ont indiqué au juge des enfants que le désir d’Alexis et d’Elodie était de rentrer chez leur maman. Toutefois, ils ne l’ont pas écrit. Comme ils m’ont dit : « On ne sait jamais, il y a l’instruction »….

 

Mais alors, à quoi servent-ils et que veulent-ils ? Ils ont pris le parti du père et je ne veux plus de leur intervention ni qu’ils me donnent des « conseils pour élever mes enfants », alors même qu’ils ne les connaissent pas.

 

Dans le cadre du suivi de mes enfants, un rendez-vous est pris ce jour, 26 septembre 2005 avec Madame R. psychologue du centre Médico Psychologique Enfant et Adolescent (CMPE) de Bergin et Monsieur B. pédopsychiatre. Je suis heureuse d’avoir obtenu ce rendez-vous un lundi matin après mon week-end de garde. Cela m’aura permis de rester avec mes enfants un peu plus longtemps.

 

J’ai expliqué que je souhaitais un bon soutien psychologique surtout pour mon fils dont la maitresse m’avait dit : Alexis a passé les tests, il ne se trouve pas dans les enfants en difficulté scolaire mais il fait par moment des crises, dit des gros mots, se couche sur son bureau ou se met par terre sans raison ». Face à ce constat, je souhaitais de l’aide pour le soutenir dans sa scolarité.

 

Me faisant comprendre qu’il s’agissait d’un conflit parental, le pédopsychiatre s’est contenté de me conseiller une médiation avec CYRIL. Il m’a par ailleurs demandé si j’avais encore l’autorité parentale conjointe et a été étonné de ma réponse. J’ai ajouté que grâce à cet entretien, j’avais la chance de pouvoir passer une journée entière avec mes enfants. Ce à quoi il a rétorqué : « Non, ce n’est pas grâce à nous, c’était juste pour vous arranger. »

 

Il m’a ensuite questionné sur mon ami, pour savoir où l’on vivait, dans combien de mètres carrés, si les enfants avaient chacun leur chambre, s’ ils voyaient leurs copains. Je lui ai expliqué que les ayant du samedi 13 heures (le temps de rentrer) au dimanche 17 heures, ils avaient envie d’être dans leur chambre avec leurs jouets et de profiter de nous au maximum. Il a réagi : « Ah oui, je vois, c’est le vase clos. ».

 

Le cauchemar continue…

J’ai pu récupérer mes enfants ce samedi 19 décembre 2005. Ils sont avec moi jusqu’au lundi 26 décembre à 17heures. Alexis 5 ans et demi voulait hier se jeter « dans le vide », il m’a dit vouloir mourir pour ne plus retourner chez son père. Cela fait mal d’entendre une telle souffrance. Depuis hier soir, heureusement, il va mieux.-, le retour dans la « vraie vie » a été très difficile : des peurs, des angoisses, des craintes…… Là, cela va mieux. Quant à Elodie, elle m’explique que, quand elle ne voulait pas manger sa soupe, elle recevait une  gifle et devait aller au lit sans manger, ce qu’Alexis a confirmé.

Nous fêtons Noël le 23 au soir et les enfants reçoivent une partie de leurs cadeaux le 24 au matin afin qu’ils profitent de leurs jouets le plus tôt possible.

 

Voici un résumé de notre vie, de notre cauchemar à tous les trois, nous retrouvant les week-ends impairs et la moitié des vacances scolaires. Maintenant que tous les samedis ne sont plus travaillés, j’ai au moins la « chance » de passer du vendredi soir au dimanche soir avec eux. Auparavant, nous ne nous voyions que du samedi midi au dimanche soir, soit seulement deux soirées par mois.

 

Le jeudi, veille de nos retrouvailles, la nuit est, pour moi, difficile. Je m’inquiète et me pose mille questions. Vais-je les retrouver entiers ? Vais-je les revoir vivants ? Est-ce vraiment « mon » vendredi ?

 

Une fois, les enfants sortis de cette école aux couleurs grises, c’est la joie des bisous et nous reprenons la route dans l’autre sens pour pouvoir être enfin chez nous.

 

Pendant le trajet, ils sont heureux de pouvoir avoir des câlins et bisous, de me confier leurs secrets, de me dire comment se sont passés ces jours sans moi et de cracher toute leur misère. De mon côté, je sors de mon cauchemar, et la vie continue comme si rien ne s’était passé, comme si je les avais laissé chez leur mamie. Je me sens bien.

 

Durant ces précieux et rares moments, j’ai droit à beaucoup de questions. Je leur réponds du mieux que je peux, ils sont généralement très satisfaits d’avoir des réponses sur les questions de la vie en générale. J’essaie d’être très naturelle, me surpassant certains week-ends pour ne pas montrer mon angoisse du lendemain. L’occasion est aussi donnée de parler des amis, des fameuses questions : « Comment on fait les bébés ? », « Est-ce que la mort existe ? ».  Je leur donne des pistes de réflexion, et souvent, on en reparle ensemble la fois suivante. Ne les avoir que 3 jours par mois est très court mais, en même temps, très riche.

 

Alexis et moi sortons alors de notre cauchemar pour profiter pleinement de ces précieux instants. Elodie, quant à elle, se confie moins. Jusqu’il y a peu, elle attendait que son frère me pose une question sur les choses de la vie pour s’intéresser, sans s’interposer, à la réponse. Elle est maintenant beaucoup plus actrice de sa vie. Je pense qu’elle laissait faire son frère puisqu’elle ne vivait qu’à travers lui.

 

Il m’a fallu attendre cinq ans pour savoir qu’Elodie pleurait tous les soirs dans son lit. Aujourd’hui, elle me parle, me raconte un peu son mal-être quand elle est chez l’ « autre ». Auparavant, elle savait que j’étais triste et ne voulait pas rajouter ses problèmes aux miens. Je ne l’ai pas perçu tout de suite, ma fille souffrait mais je n’avais que peu de temps pour m’en apercevoir. Je savais qu’elle était d’un caractère fonceur, affirmé et je pensais simplement qu’elle vivait comme ça et qu’il fallait qu’elle s’en contente. Pour moi, cela a été plus simple de penser ainsi car je n’avais pas les moyens de l’aider davantage. Je n’avais en fait jamais osé entrer en contact avec elle sur les sujets qui nous faisaient mal. Elle les mettait à l’écart et je pensais injustement qu’elle s’en contentait. Elodie est une enfant précoce, elle vit solitaire, n’a pas de copines. Ce comportement un peu étrange pour moi fait que je n’ai pas su bien m’y prendre avec elle, on me l’a arrachée trop tôt.

 

Après ces instants magiques avec mes enfants, le dimanche, par contre, est beaucoup plus difficile à vivre, surtout une heure avant de se quitter. Les enfants se renferment et moi, je me remets dans ma bulle « cauchemar ». Je n’en ressors que le lundi lorsque j’ai le droit de les appeler, soit un lundi sur deux de 20 heures à 20 heures 20, heure à laquelle CYRIL vient couper la conversation téléphonique.

 

Les fins de week-end se passent de la même manière depuis ce que j’appelle leur « enlèvement » : des cris et des pleurs. Plus petits, je leur disais de penser à ce qu’ils avaient fait durant le week-end (piscine, patin à glace, pique-nique), de penser à ce qu’ils allaient faire à l’école. Je faisais en sorte de leur montrer que, si la situation n’était pas facile, on ne pouvait malheureusement rien y faire et que l’amour entre nous comptait plus que tout. Parfois néanmoins, les départs sont vraiment difficiles à vivre : Alexis, sous son lit, est accroché aux barreaux et Elodie est en pleurs. J’espère qu’en grandissant, ils se défendront de mieux en mieux.

 

Heureusement, les enfants vivent ce calvaire à deux. Alexis et Elodie sont unis comme les doigts d’une main et se soutiennent mutuellement : Alexis console sa petite sœur quand elle a un coup dur et Elodie ne vit que par et pour son grand frère. Pendant très longtemps, les psychologues m’ont dit que le lien qui unissait mes deux enfants était comparable à un lien gémellaire.

 

Elodie a maintenant un petit caractère bien affirmé. Alexis, quant à lui, est d’un naturel inquiet, il s’inquiète beaucoup pour sa sœur. Il se culpabilisait quand elle recevait des coups. Il m’a fallu longtemps pour comprendre la culpabilité qu’Alexis ressentait, pour lui expliquer qu’il n’était pas responsable du mal que pouvaient faire les adultes et qu’à quatre ans, il ne pouvait pas faire grand-chose pour éviter les coups que ramassait sa soeur. Il était simplement là et, grâce à sa présence, sa sœur ne se sentait pas seule.

 

Avec le temps, les enfants commencent à se rendre compte de leur situation. Ainsi, récemment, Alexis m’a demandé si son père était fou. Il m’a donné des situations précises par lesquelles il arrivait à cette conclusion. Deux solutions s’offraient alors à moi : lui dire non, et là Alexis n’aurait plus su si ce que CYRIL faisait était « normal » ou bien lui dire que oui, effectivement, il est fou. C’est pour cette dernière solution que j’ai opté et je ne le regrette pas. D’ailleurs, j’essaie de ne jamais rien regretter, j’ai tellement besoin d’énergie pour rester en forme pour eux que je ne veux pas m’encombrer de choses futiles.

 

Apprendre à faire face à leurs angoisses n’est pas de tout repos. Un jour, au téléphone, Alexis m’a dit avoir mal au ventre. Inquiète, je lui ai demandé quels étaient ses symptômes – en effet, ils sont rarement soignés. Il avait la sensation d’avoir des piqûres dans le ventre. Après plusieurs minutes, il m’a dit : « Maman, tu sais, c’est comme quand les docteurs m’ont mis dans ton ventre. » Je lui ai indiqué qu’il n’avait pas été conçu au moyen d’une FIV. Il s’est alors écroulé, refusant le sang de son père. Je lui ai alors expliqué que c’était son père et qu’il ne pouvait rien y changer mais que, par contre, il avait sa vie à faire. J’ai alors utilisé la métaphore du château de sable : « Tu as le choix pour le construire, soit tu prends toutes les cochonneries sur la plage (capsules de bouteilles, mégots de cigarettes) et tu construis ton  château, soit tu évites tout cela et tu nous fais un joli château. Toi, c’est pareil, tu te construis avec des choses mauvaises et des choses bonnes. A toi de faire le  tri et de construire ta vie comme tu l’entends. » Depuis ce jour, les angoisses de mon fils ont disparu quasi complètement.

 

De même, les enfants parviennent parfois à trouver des solutions à certains problèmes rencontrés. Ainsi, Alexis porte des lunettes. Chaque année, il doit les changer pour une paire mieux adaptée à sa vue. Mais les nouvelles lunettes restent toujours dans leur étui parce que les anciennes ne sont pas totalement abîmées. Il a désormais trouvé la parade…. il les casse, tout simplement.

 

De même, maintenant qu’ils sont plus grands, les enfants sont capables de fermer la porte de la salle de bains lorsqu’ils se lavent, CYRIL n’assiste donc plus au spectacle des petits prenant une douche. Revers de la médaille, leur âge les rend aptes à réaliser beaucoup plus de travaux ménagers : petits, ils devaient juste laver la table, aspirer et laver par terre, maintenant Elodie est chargée de plier le linge tandis qu’Alexis doit faire la vaisselle.

 

Humiliation est un mot qui ne leur est plus inconnu : Elodie a été mise de côté à l’école car elle avait 6 verrues dans les mains, ses petits camarades ne voulaient donc plus qu’elle s’approche d’eux ; elle est mal habillée, « comme un garçon » et, surtout, porte des vêtements trop petits.

 

Enfin, ils connaissent aussi l’humiliation de ne pas manger correctement. Seule de la soupe leur est servie le soir. Et comme Elodie n’aime pas cela, elle part au lit avec une claque. J’ai connu ma fille avec la peau sur les os, mon fils n’ayant pas pris un gramme en neuf mois….. je leur ai donc appris à prendre de la nourriture lorsque « l’autre » - comme l’appellent mes enfants – était aux toilettes et à la cacher sous leur lit.

 

Récemment, j’ai glissé un téléphone portable dans les mains d’Alexis, un téléphone de base, juste pour savoir s’il lui est possible de le cacher pendant 15 jours. Ce n’était pas gagné car CYRIL jette tout ce qui appartient aux enfants, même le doudou d’Elodie. Alexis a réussi, je lui en ai donc acheté un « vrai » afin d’envoyer des textos à mes enfants et qu’ils puissent, eux aussi me faire un bisou…

 

Alexis m’a raconté hier, l’éducatrice est venue les chercher pour les emmener à la ludothèque, elle leur a lu un livre sur le divorce. D’après Alexis, elle essaie de leur expliquer le fameux conflit de loyauté et a indiqué aux enfants que c’est à l’âge de 13 ans qu’ils pourront décider de retourner vivre avec moi, que pour le moment elle pensait que les enfants n’étaient pas dans la vérité en lui disant qu’ils étaient maltraités….

 

Pourtant, Alexis a reparlé de l’histoire de la plaque de gaz, elle a dit aux enfants qu’elle en avait discuté avec leur papa et que cela ne se reproduirait plus…

 

La vie continue, pareille depuis des années.

 

5 – Recherche d’aide psy pour tenir le coup

 

Sur les conseils d’une amie de l’Aide Sociale à l’Enfance, j’ai décidé, depuis que l’on m’a retiré la garde d’Alexis et d’Elodie, de prendre contact avec un psychologue, un professionnel qui pourra m’aider à extérioriser mes cauchemars, à supporter au mieux ma vie, à rester dans une bonne position vis-à-vis de mes enfants.

 

Ce « psy », très réputé et expert auprès des tribunaux, m’a reçue pendant une heure. Il m’avoue qu’il lui semble également que je souhaite rompre le lien avec le père. Après deux heures d’entretien, toutefois, il me dit s’être complètement trompé à mon sujet. Depuis cinq ans, bientôt six, à raison d’une heure toutes les semaines, je lui raconte tout de ma peur de ne pas être à la hauteur. Au début, mon travail a consisté à ne plus être manipulée  par la partie adverse. Ensuite, il s’est agi de retrouver la confiance en moi. Je suis un repère pour eux. Ils grandissent et comprendront d’eux-mêmes que leur père est fou.

 

Depuis que je vis l’horreur, je suis au courant des abus  et autres maltraitances (coups et négligences physiques, privations de repas…) que les enfants continuent de me raconter. Un week-end sur deux, je fais de mon mieux pour qu’ils sentent que leur maman les soutient de son affection et de son amour. Lorsqu’ils sont privés de ma présence, je fais en sorte de tenir bon car ils ont leur vie à faire. Je leur dis que je garde espoir et qu’ils peuvent, eux aussi, en avoir. Je profite du temps que nous passons ensemble pour m’occuper d’eux, tout en leur fixant aussi les limites.  Bref, je me comporte le mieux possible dans leur intérêt. C’est ce qu’attesteront les divers courriers envoyés au juge émanant de mon psychologue et selon lesquels je suis dans une bonne position éducative vis-vis-vis de mes enfants.

 

Malheureusement, je n’ai pas d’autre choix que de continuer à regarder mes enfants souffrir. La justice en a décidé ainsi. Je dois donc attendre une année encore pour renouveler une demande de garde.

 

En attendant, mon ami, mon frère et mon père se chargent d’amener mes deux enfants chez leur agresseur. Je n’en ai pas la force. Malheureusement, au bout d’un moment, mon ami, que j’aimais et qui aimait les enfants à la folie, a craqué et nous nous sommes séparés. La souffrance des enfants ainsi que leurs confidences, mon attitude de souffrance intense ont fait qu’il a préféré nous quitter. Il revient voir les enfants mais rien n’est plus comme avant. Quant à mon père, garagiste depuis l’âge de 15 ans, il s’est retrouvé tétraplégique le lendemain de sa retraite à 61 ans. Il a glissé sur une plaque de verglas. Une coïncidence ?

Bref, seul mon frère est là pour cette corvée, il se sent être un assassin mais il le fait pour moi.

 

Face à cette situation insupportable, la stratégie de mon avocat est de ne rien faire, de ne rien dire. Il ne faut pas non plus que les enfants parlent. Ils doivent taire leur vérité pour que nous ayons une chance de nous retrouver. J’espérais que la volonté de mes enfants soit respectée. Malheureusement, c’est un échec Mon avocat me dit tout de même de rester les bras croisés, de regarder mes enfants souffrir, et de tenter une nouvelle demande de garde l’année prochaine. J’en suis incapable.

 

J’avais toujours gardé l’espoir que la justice me rende mes enfants. Aujourd’hui, cet espoir s’est envolé, tout comme ma volonté de tenir le coup. Ma douleur de mère est devenue insupportable, et je n’en peux plus d’être témoin de la souffrance de mes enfants. Eux aussi vivent un calvaire et ne voient plus d’issue possible. Il y a beaucoup trop de souffrance de la part de toute la famille qui ne vit plus mais essaie de survivre. Beaucoup trop de souffrance pour deux enfants victimes qui ne sont pas entendus.

 

Mes enfants étaient calmes, polis et bien élevés. Je les récupère désormais nerveux, grossiers avec des attitudes insupportables : ils crachent, se tapent et me répondent mal. Je n’en peux plus de les voir se dégrader sous mes yeux. Comment supporter leur crise quand ils repartent ? Comment se contenter de 3 jours par mois en sachant que les 28 autres jours, ils souffrent ? je ne veux plus de tout cela, je ne veux plus redémarrer une année avec l’attente  de coups de fils ou d’une décision judiciaire me traitant de folle, je ne veux plus entendre mes enfants me dire : « Papa m’a tapé car je ne voulais pas manger ou il a essayé de m’étrangler », en me montrant les gestes qui accompagnent les paroles. Que faire à part me détruire en les regardant se détruire ou bien fuir, tout oublier et faire le deuil de mes enfants ? Que faire quand il n’y a plus aucune solution ?

 

Je refuse de m’apitoyer sur mon sort mais j’essaie de continuer à m’occuper de mes enfants en leur disant, face à leur maltraitance, que leur père n’a pas le droit de faire ce qu’il fait, que la loi l’interdit. Pour autant, je n’ai jamais dégradé l’image de leur père, aussi peu valeureux soit-il.

 

Les révélations de maltraitances sont pourtant nombreuses. Alexis bégaie mais heureusement, il se confie à moi. Je l’écoute et lui répète sans cesse que son père n’a pas le droit de faire tout cela. Elodie, elle est imprévisible. Ses révélations se produisent à n’importe quel moment. Je ne suis pas préparée à entendre ces monstruosités mais il ne faut pas que je sombre, je n’ai pas le droit, je souffre mais je dois être debout pour eux. Il est difficile de leur expliquer ce qui est interdit alors qu’un adulte le fait. Souvent, après avoir beaucoup pleuré, je parviens à nouveau à faire barrage de toutes les horreurs qu’ils me racontent pour continuer du mieux que je peux. Contradictoirement, pendant la semaine, je tente de faire le deuil de mes enfants, j’essaie d’oublier qu’ils existent afin de continuer à survivre au mieux, je me noie dans le travail.

 

Personne ne connaissant mon histoire, peu de gens sont capables de m’accepter sans me juger. Beaucoup pensent que, n’ayant pas la garde de mes enfants, je suis une mauvaise mère. Cette crainte d’être jugée en raison de cette situation anormale m’a fait perdre tout contact avec la vie sociale. En effet, aux questions habituelles « Avez vous des enfants ? Où vont-ils à l’école ? » que puis-je répondre ? Que je n’ai jamais pu emmener mes enfants à l’école primaire, que je ne connais pas la joie de me lever le matin et de les emmener ? Que je ne connais pas la joie de les récupérer le soir pour leur goûter et leurs devoirs ? Comment faire comprendre ce qu’est un manipulateur ? Et comment comprendre une victime de manipulateur ?

 

J’évite donc les sorties d’école qui m’amèneraient à rencontrer d’anciens copains ou copines de mes enfants. Je me cache. Les instituteurs ne daignent même pas me donner les résultats scolaires de mes enfants, je n’ai même pas été convoquée. Mais je ne cherche pas non plus à l’être : CYRIL leur avait dit devant les enfants « Faites attention, elle est folle, elle risque de venir les kidnapper. »

 

J’ai honte de dire que la justice m’a enlevé mes enfants. Comment sortir de chez moi et ne pas penser à chaque recoin où j’emmenais mes enfants ? Comment prendre ma voiture en  regardant les deux sièges auto vides ? Comment rentrer dans leur chambre pour la ranger après les dimanches soirs ? Comment faire mon ménage chez moi en ne pensant pas à un moment de joie ou à une douleur de mes enfants à cet endroit précis de la maison ? Comment faire des courses sans acheter leurs céréales préférées ou leurs plats favoris ? Comment dormir puisque les cauchemars sont là ? Comment avoir la santé physique lorsque des vertèbres sont déplacées en raison du stress selon les médecins ? Comment travailler alors que j’ai besoin d’être libre pour mes rendez-vous pour sauver mes petits ?

Pour toutes ces raisons, je ne sors plus, je m’efface. Pour dire vrai, cela m’arrange.

 

A 36 ans, j’espérais juste avoir une vie « normale », mais je n’ai rien. Je n’ai même plus l’espoir de récupérer mes enfants. Dans ces conditions, je me demande souvent à quoi il sert encore de vivre. N’ayant plus d’objectif de vie, je sombre. J’ai de plus en plus mal dans l’estomac, un sentiment de haine, jamais ressenti jusqu’alors, s’empare désormais de moi. Jusqu’il y a peu, je l’évitais : pourquoi donc s’encombrer de ce sentiment juste bon à prendre le peu de l’énergie dont je dispose encore.

 

Mais j’ai le cœur déchiré par une haine féroce, une haine qui m’empêche de vivre depuis le  jour de leur transfert de résidence. J’ai envie de crier ma colère contre cette justice qui fait que j’élève mes enfants à distance, que je passe pour une folle aux yeux de tous. L’avocat de CYRIL ne se lasse pas de le crier au travers des audiences : « Madame est folle, elle est dangereuse pour ses enfants. Et de rajouter « Mais les enfants ont besoin de voir leur mère, donc on les lui laisse …. » Pourquoi dans ce cas, ne pas m’interner ? N’y a-t-il pas des milieux protégés pour les fous ?

 

J’ai la haine vis-à-vis des éducateurs de l’AEMO et des maîtresses qui, parce que CYRIL nie toute maltraitance, traitent mes enfants de menteurs lorsqu’ils s’en plaignent.

 

Alexis aussi me dit qu’il a la haine. Jusqu’à maintenant, les enfants n’employaient pas ce mot là, ils vivaient dans cet univers et n’avaient quasiment jamais connu autre chose. Pourtant, Alexis me disait lorsqu’il avait entre 4 et 8 ans qu’il n’aimait pas son père, ce que m’avait d’ailleurs confirmé la psychologue. J’avais du mal à entendre cela car il fallait qu’il puisse l’aimer un peu pour vivre mieux, mais je me suis faite à cette idée. Et grâce à Elodie, Alexis s’en sort, il compte sur sa petite sœur. L’inverse est vrai également. J’ai de la chance d’avoir deux enfants !

Le besoin de le tuer, ils me racontent aussi, Elodie lui ayant demandé dans la voiture : « Quand est-ce que tu crèves ? » Et l’autre de répondre : « Je suis increvable ».

 

Face à cette situation, je sens bien que je déraille, je me vois sombrer, sans courage. Ne sachant plus si ce que je fais est bien, je suis désormais incapable de faire les choses seules, ayant même des difficultés pour éplucher une carotte. Je suis véritablement détruite par les experts et les juges : si je dis blanc, je suis folle, si je dis noir, je suis folle dingue et si je dis vert, je suis tarée.

 

Aujourd’hui, je survis grâce à ma mère chez qui j’habite désormais, dans un autre département. La justice ne le sait pas encore, il faudra que je le dise mais que se passera-t-il ?

J’habite à plus de 150 kilomètres du domicile de CYRIL. Vont-ils, pour cette raison, me retirer mon droit de visite et d’hébergement ? Vont-ils dire que je suis une instable ? Pourtant, je suis incapable de me retrouver seule, j’angoisse, j’ai peur de ce que je peux faire. Il faut que je retrouve du travail mais je n’ai pas la force de lier de nouveaux liens avec des personnes tellement j’ai honte.

 

Le pire est que mes enfants me voient dans cet état là et sont très inquiets pour moi. C’est le monde à l’envers. J’ai laissé paraître le minimum durant toute cette épreuve, ils l’ont sûrement ressenti, mais là, je ne peux plus. J’essaie de temps en temps de faire un projet pour et avec eux comme préparer des vacances, mais je n’ai plus goût à rien, je ne sais plus qui je suis. Ma vie s’est arrêtée à 28 ans, j’en ai aujourd’hui 37. Je suis écoeurée. Ma vie de maman est foutue et ma vie de femme inexistante.

 

Cette destruction a fait naître en moi un nouveau sentiment, celui de se sentir coupable d’exister, coupable de vivre et d’infliger ce cauchemar à mes enfants. Le corps humain a un seuil de tolérance au-delà duquel il crève. Aujourd’hui, j’ai l’impression de mourir à petit feu. Pourquoi donc tant de souffrances, de déchirements ? Parfois je me demande pourquoi, au lieu de m’enlever mes enfants, les juges ne m’ont simplement pas tuée pour de vrai.

 

L’on dit que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Aujourd’hui, je n’ai plus aucun espoir, je n’ai plus envie de vivre. Les juges m’ont tout pris : mes enfants, mon argent, mon moral, ma dignité, ma personnalité, mon ami. Je n’attends plus rien. Messieurs et Mesdames les Juges, je vous annonce que vous avez gagné, vous m’avez eue à l’usure.

 

6 –

 

Je pense que mon état psychologique a réellement changé en novembre 2009.

 

Depuis le début de cette histoire, j’avais en effet toujours gardé en moi l’espoir que ce cauchemar allait avoir une fin. J’encaissais avec beaucoup de difficulté les coups que l’on m’assénait, la violence verbale et psychologique que l’on me faisait subir. Je n’ai jamais laissé cette violence s’installer au fond de moi et je vivais pour mes enfants, dans une sorte de monde irréel, n’en sortant que les week-ends où je les voyais. Cette protection, j’ai pu la garder longtemps, pour eux.

 

Bien sûr, par moments la réalité me revenait de plein fouet, mais jamais je n’ai laissé mes sentiments négatifs prendre le dessus, je me raccrochais à un espoir, aussi maigre soit-il.

 

Cet espoir avait plusieurs formes. Il pouvait s’agir d’une aide d’une autorité, d’un mot gentil d’une personne qui me faisait penser que je n’étais pas une bête féroce à enfermer ; de mon travail qui me permettait également de me sentir utile.

 

Il y avait également mes amies et notamment Emmanuelle, qui m’a considérée comme une personne à part entière et m’a reconnue comme maman. Elle m’a vraiment aidée à garder la tête hors de l’eau. Quand elle me voyait avec mes enfants, j’attendais son jugement. En tant que médecin qui me voyait vivre (puisqu’elle habitait au dessus de chez moi), son avis était important : je voulais savoir si, finalement, la justice avait eu raison de me traiter de mauvaise mère.

 

Une autre personne m’a beaucoup soutenue : mon psychologue, lui qui, le temps de la première visite, et après avoir lu les résultats des expertises réalisées sur moi, m’a dit qu’effectivement il lui semblait que je voulais rompre le lien avec le père, lui qui finalement, après deux heures de suivi, m’a dit s’être complètement trompé sur moi.

 

J’ai pu tout lui dire, mes petits travers, comme mes erreurs parfois, tout. J’espérais secrètement qu’il finisse au bout du compte, par changer d’avis, qu’il aille dans le sens de la justice car il me fallait une raison à ce déchirement. Mais non, il m’a aidé à me maintenir en vie quand je ne comprenais pas pourquoi je devais continuer à vivre puisque l’on m’arrachait mes enfants.

J’ai eu la sensation que jamais, je ne pourrais leur apporter tout ce dont ils avaient besoin. Et au fil du temps, et grâce à lui, j’ai compris que mes enfants avaient besoin de moi, que ces enfants-là ont également pris le parti de mettre leur vie entre parenthèses pour vivre pleinement les fameux week-ends généreusement accordés par la justice. J’ai compris que, si je ne suis pas une maman parfaite, je suis une maman aimante, qui apporte à ses enfants tout ce dont ils ont besoin pour se construire malgré tout.

 

Pour eux, je n’ai jamais cessé de me battre et ce, depuis ce 9 décembre 2003, date à laquelle j’ai reçu la première convocation pour le tribunal qui m’interdisait de rompre le lien d’un père avec ses enfants. Mon avocate m’avait prévenue : « Madame, tant qu’il n’a pas fait de mal physiquement aux enfants, on n’arrivera pas à prouver qu’il est dangereux. » Elle avait raison…

 

Je me suis alors tournée vers une première association, qui m’a tenu le même discours que l’avocate. La France accepte donc de laisser des enfants avec un psychopathe ? Il semble que oui. Cette présidente d’association me livrera même que des mamans ont vu leurs enfants arrachés et confiés au père maltraitant. Au fond de moi, je me disais que ces mères-là, avaient certainement dû faire quelque chose de mal, que c’était impossible autrement.

 

Depuis, j’ai contacté diverses associations. A chaque fois, je réitérais mon histoire à chaque fois, cette sensation de coup de poing à l’estomac.

 

Accompagnée d’une présidente d’association et d’autres mamans et papas victimes de la justice, je suis montée à Paris, j’ai été reçue dans différents ministères, j’ai rencontré des gens des Nations Unies. Un univers que je ne connaissais pas, mais où j’avais espoir que quelqu’un puisse faire quelque chose. Malheureusement, tout le monde est resté impuissant.

 

J’ai alors adhéré à une association où j’ai pu rencontrer d’autres mamans. Un avocat était présent, me disant : « Dans trois mois je récupère vos enfants. » J’ai pris contact avec lui, lui ai envoyé 2000 euros, mais il n’a rien fait….. au total, j’ai dépensé 65000 euros dans cette affaire de fous, entre psychologues, voyages à Paris, avocat, dommages et intérêts, remboursement d’avocat de la partie adverse, sans compter la perte de mon emploi.

 

Malgré cela, j’ai toujours gardé espoir, d’autant que le juge des enfants vu en avril 2009 avait bien voulu noter que les enfants désiraient rentrer chez leur maman. J’attendais donc sereinement l’audience d’octobre, me disant que l’année 2010 serait l’année de la renaissance, m’inquiétant même de savoir si, après tout ce temps, je n’allais pas m’écrouler, m’inquiétant sur le fait qu’il allait falloir apprendre à regarder la vérité en face et accepter toutes les injustices, toutes les violences subies par mes enfants pour pouvoir les aider au mieux dès qu’ils ne seraient plus en résilience.

 

Qu’importe, j’étais prête à affronter les nouveaux défis qui s’annonçaient et avais décidé de réorganiser ma vie. J’ai quitté l’Isère où, chaque endroit me rappelait de mauvais souvenirs, pour partir m’installer en Auvergne, où je pourrais compter sur les miens si toutefois j’en avais besoin. Quelle joie déjà de pouvoir voir leur future école, de s’imaginer chercher un emploi me permettant d’acheter un petit appartement rien que pour nous trois, de continuer notre vie malgré cette douloureuse parenthèse. Mon vœu le plus secret était de récupérer mes enfants avant l’entrée en sixième d’Alexis. Elodie est surdouée, elle a sauté une classe et a de très bons résultats sans beaucoup se fatiguer à l’école. Mais Alexis, lui, a besoin que je sois présente pour lui faire réciter ses leçons.

 

Mais voilà, le 13 novembre 2009, tous mes espoirs se sont effondrés, la juge ayant finalement décidé que les enfants étaient bien chez leur père et y resteraient.

 

Quand l’avocat m’a appelée pour me l’annoncer, j’ai cru mourir. Ma vie était finie, tant la douleur était insoutenable, et l’injustice terrible. Je ne pouvais pas et ne voulais pas continuer ce cauchemar. Même pour mes enfants, je n’arrivais plus à tenir le coup, ne pensant qu’à moi, à tout ce que j’avais subi, à toute la honte que j’avais pu ressentir quand il a fallu dire que je n’avais plus mes enfants. Je réalisais tout le mal que l’on m’avait fait, tout ce que j’avais perdu, tous les moments précieux que j’aurais pu vivre avec mes enfants, tous les moments qui font que mes enfants auraient dû connaître les joies d’une préparation de fête, d’aller les chercher à l’école pour passer une soirée ensemble, les joies d’avoir une maman à côté d’eux lorsqu’ils sont malades, lorsqu’ils sont contents, se réjouir ensemble. Je repensais beaucoup trop à tous ces moments perdus. Je n’avais pas le droit de m’autoriser ce luxe, mais toutes mes protections se sont écroulées avec l’espoir définitivement perdu.

 

Je me suis replongée dans mes papiers de justice et ai désormais vu l’injustice en face, celle que je n’avais pas voulu aborder pendant tout ce temps car il fallait que je tienne le coup. J’ai visualisé les plaintes abusives pour non représentations d’enfants, je n’en ai plus dormi, ai craqué et ai fini sous antidépresseurs.

J’ai cherché un journaliste pour faire éclater cette histoire et que le doigt soit mis sur cette injustice, mais en vain.

 

 

Alors que j’étais au fond du gouffre, mon psychologue m’a parlé d’écrire, de raconter mon cauchemar, mais je ne souhaitais pas jeter ma souffrance sans objectifs. A quoi bon « vomir » tout ce que j’avais sur le cœur si ce n’est pour me sentir encore plus mal une fois mon histoire notée noir sur blanc ? J’ai donc refusé dans un premier temps, mais mon psychologue a insisté, indiquant qu’il m’aiderait en corrigeant mes textes. Cette idée m’a plu. Au moins, je me sentirais soutenue et ne me retrouverais pas seule face à la page blanche ; Et, finalement, qui de mieux placé que moi pour raconter mon calvaire ?

 

Voilà, malgré mon immense désespoir, je suis heureuse d’avoir trouvé un nouvel objectif pour me maintenir en vie. J’ai retrouvé l’espoir d’être enfin crédibilisée de nouveau.

 

L’idée d’écrire ce livre est donc, pour moi, le seul moyen trouvé pour raconter mon histoire comme elle se déroule et non comme la justice voudrait qu’elle se passe. Cet écrit est pour mes enfants, lorsqu’ils seront en âge de comprendre ce que leur maman a vécu. Je tiens à leur dire encore et encore que je ne baisserai pas les bras, qu’ils peuvent avoir confiance en moi. Je suis très fière d’avoir deux petits bouts de chou qui, malgré leur jeune âge, ont connu beaucoup de difficulté mais ont toujours réussi à se relever.

 

Ce livre est aussi pour toutes les mamans et papas dans ma situation (malheureusement devenue classique) afin que ces personnes malheureuses, victimes d’une injustice, puissent se construire tout de même et avoir le sentiment d’être utile à leurs enfants même s’ils n’en ont pas la garde. J’espère ainsi véhiculer un message d’espoir face à une situation de souffrance extrême dans laquelle il est nécessaire de trouver tout de même du positif pour être fort pour ses enfants.

 

Cet écrit est aussi destiné à tout un chacun qui souhaite comprendre comment il est possible de sombrer rapidement, qui souhaite réaliser ce qu’est un pervers manipulateur, qui souhaite savoir comment, malgré tout, il est possible d’élever ses enfants.

 

Il est aussi pour toi Pascale, mon amie depuis 6 ans, amie qui vit la même chose que moi. Nous nous sommes soutenues et comprises plus que n’importe quelle autre personne. Pas besoin de se convaincre, nous parlons le même langage : celui des victimes de pervers manipulateurs.

 

Enfin, le but caché de cet ouvrage est aussi une grande cause pour une bonne femme insignifiante : que la justice change – vaste sujet J’imagine un lieu où les enfants puissent être accueillis dès lors que l’un des parents alerte une autorité. Un endroit où plusieurs professionnels se relaient et mettent en commun leurs observations, un lieu où ces enfants pourraient rester le temps qu’il faut afin de ne pas commettre d’impair.

 

Aujourd’hui, les juges n’ont pas le temps d’accorder à chaque famille le temps nécessaire à l’examen de toutes les pièces. Ils n’ont pas eu le recul suffisant dans mon histoire en raison d’un parti pris dès le départ, bien orchestré grâce à la mise en scène de CYRIL.

 

Je souhaite que l’on ne prenne plus jamais de décisions hâtives, que l’on examine consciencieusement les pièces du dossier, au besoin en interrogeant les  professionnels qui sont intervenus, que l’on arrête les expertises bâclées en dix minutes. Car des familles en sortent anéanties, des enfants malheureux et maltraités, des vies brisées.

 

Par ce livre, j’aimerais étalement remercier toutes les personnes que j’ai trouvées sur mon chemin, toutes ces personnes qui m’ont soutenues. Grâce à elles, je suis arrivée à tenir bon. Un merci particulier  à Emmanuelle qui, malgré 4 enfants, m’a emmenée au tribunal, m’a donné beaucoup de courage, m’a écoutée pendant des heures et m’a fait admettre que j’avais à faire à un pervers manipulateur.

 

Merci sincèrement à toutes les personnes qui, par juste un mot d’encouragement, m’ont aidée à tenir bon. Je préfère ne citer personne de peur d’oublier quelqu’un.

 

Merci aussi à tout le personnel médical et au docteur Brun. Un merci particulier à mon psychologue, qui m’a fait prendre conscience de l’importance que j’avais aux yeux de mes enfants, et grâce à qui aujourd’hui je suis capable d’écrire.

 

Enfin, merci à ma famille : mon frère, ma mère, Luc, Cathou.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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