"L’oubli offense, et la mémoire, quand elle est partagée, abolit cette offense" Edouard Glissant

Tous les jours de Mai .... ( Consulter : www.lesmemoiresdesesclavages.com"

Citation d'Edouard Glissant :

« Les mémoires des esclavages ne cherchent (…) pas à raviver les revendications ou les réclamations avant toutes choses. Dans le monde total qui nous est aujourd'hui imposé, la poétique du partage, de la différence consentie, de la solidarité des devenirs naturels et culturels (…) dans les diverses situations du monde, nous incline vers un rassemblement des mémoires, une convergence des générosités, une impétuosité de la connaissance, dont nous avons tous besoin, individus et communautés, d'où que nous soyons. Conjoindre les mémoires, les libérer les unes par les autres, c'est ouvrir les chemins de la Relation mondiale. » ( "Tous les jours de Mai")

“Vous ne pouvez pas haïr un peuple ou une communauté qui ont cessé de vous haïr, vous ne pouvez pas aimer vraiment un peuple ou une communauté qui vous haïssent encore, ou qui vous méprisent sourdement. C’est qu’en matière de relations entre communautés, l’oubli est une manière particulière et unilatérale d’établir des rapports avec les autres, mais que la mémoire, qui est non pas une médication de l’oubli mais à la lettre son éclat et son ouverture, ne peut être que commune à tous. L’oubli offense, et la mémoire, quand elle est partagée, abolit cette offense. Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre, parce qu’il n’y va pas d’une vertu de  compassion ni de charité, mais d’une lucidité nouvelle dans un processus de la Relation. Et si nous voulions partager la beauté du monde, si nous voulons être solidaires de ses souffrances, nous devons apprendre à nous souvenir ensemble”.

 « La mémoire est innombrable mais partagée, l’oubli est une arme sans grâce. » 

(Une nouvelle région du monde , Gallimard (2006))

« Fanon dit qu’il ne veut pas être esclave de l’esclavage. Cela sous-entend pour moi qu’on ne saurait se contenter d’ignorer le phénomène historique de l’esclavage ; qu’il faut ne pas en subir de manière pulsionnelle le trauma persistant. Le dépassement est exploration projective. L’esclave est d’abord celui qui ne sait pas. L’esclave de l’esclavage est celui qui ne veut pas savoir…" ( Discours Antillais)

« Ce qui pétrifie, dans l’expérience du déportement des Africains vers les Amériques, sans doute est-ce l’inconnu, affronté sans préparation ni défi. La première ténèbre fut de l’arrachement au pays quotidien, aux dieux protecteurs, à la communauté tutélaire. Mais cela n’est rien encore. L’exil se supporte, même quand il foudroie. La deuxième nuit fut de tortures, de la dégénérescence d’être, provenue de tant d’incroyables géhennes. Supposez deux cent personnes entassées dans un espace qui à peine en eût pu contenir le tiers. Supposez le vomi, les chairs à vif, les poux en sarabande, les morts affalés, les agonisants croupis. Supposez, si vous le pouvez, l’ivresse rouge des montées sur le pont, la rampe à gravir, le soleil noir sur l’horizon, le vertige, cet éblouissement du ciel plaqué sur les vagues. Vingt, trente millions, déportés pendant deux siècles et plus. L’usure, plus sempiternelle qu’une apocalypse. Mais cela n’est rien encore. Le terrifiant est du gouffre, trois fois noué à l’inconnu. Une fois donc, inaugurale, quand tu tombes dans le ventre de la barque. Une barque, selon ta poétique, n’a pas de ventre, une barque n’engloutit pas, ne dévore pas, une barque se dirige à plein ciel. Le ventre de cette barque-ci te dissout, te précipite dans un non-monde où tu cries. Cette barque est une matrice, le gouffre-matrice. Génératrice de ta clameur. Productrice aussi de toute unanimité à venir. Car si tu es seul dans cette souffrance, tu partages l’inconnu avec quelques-uns, que tu ne connais pas encore. Cette barque est ta matrice, un moule qui t’expulse pourtant. Enceinte d’autant de morts que de vivants en sursis. » (poétique de la Relationp. 17-18) 

 


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